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    la petite bête immonde, immonde

    Connaissez-vous la romancière britannique (d’origine bangladeshi) Monica Ali ? Lisez donc « En cuisine » (Belfond). Vous me remercierez. Le roman dresse un portrait de l’Angleterre d’aujourd’hui, vue depuis la cuisine très cosmopolite d’un grand restaurant de Londres. Une Angleterre qui ressemble à un waterzooi indigeste mitonné par Margaret Thatcher, recuit par Tony Blair, qu’un David Cameron doit servir, les fesses serrées, à un représentant du guide Michelin. (Lire la suite…)

    L’archéologie des sentiments

    Le tombeau du guerrier, Marie-Ève Sténuit, Paris : Serge Safran, 2012. 189 p. 17 €

    J’ai toujours eu un faible pour les récits d’archéologie – et pas seulement Indiana Jones… “L’archéologue” de Beaussant, par exemple, est un livre mémorable –, et j’ai toujours été convaincu que la première histoire de l’humanité a été inventée au-dessus d’une tombe plutôt que d’un berceau.
    Marie-Ève Sténuit, avec son “tombeau du guerrier”, montre à merveille que l’archéologie est autant une lecture du présent qu’une plongée dans le passé le plus lointain. Elle illustre aussi ce qui est sans doute au coeur de toute imagination : construire un monde sur trois fois rien. Quelques os, quelques vestiges, une poussière d’argent… de l’infini silence des tombes montent les récits des vivants.
    Et au-delà de ces récits, peut-on, sur la mort, bâtir de la vie, un amour ? C’est ce que Margaux et son archéologue, Howard Lejeune, vont chercher à découvrir, dans cette Syrie qui fut un des berceaux de notre civilisation – ne faut-il pas le rappeler en ces heures sombres ?

    L’esprit de l’Archiduc, l’art de vivre de Lew Tabackin

    Il y a, rue Dansaert, à Bruxelles, un bel endroit, un bar de style art déco ouvert dans les années 30 par une certaine Madame Alice, fréquenté à l’époque par les courtiers de la Bourse et leurs secrétaires, et dans lequel se trouvait, et se trouve toujours, un piano à queue. Pionnier du jazz belge, le pianiste Stan Brenders, musicien dans le prestigieux orchestre de l’INR, place Flagey, et fondateur de l’orchestre de jazz de la même maison, s’y produisit presque tous les soirs. Le piano est toujours là, ainsi qu’une photo de Stan Brenders. Et l’esprit d’une époque, oui, un esprit qui survit en ce lieu un peu décalé, proche d’une Bourse désertée par les êtres vivants qui y travaillaient, et qui allaient boire leur gueuze et fumer leur cigare au Falstaff, au Cirio, ou dans ce lieu plus petit, plus discret, dont vous avez peut-être deviné le nom : L’Archiduc. (Lire la suite…)

    August (seconde partie)

    Source WikiPediaLes choses de la vie ne sont pas limitées à celles que nous évoquions dans notre précédente chronique. Bien entendu, il est essentiel que nous ne restions pas insensibles aux dérives politiques et sociales.  Et nous devons bien nous en convaincre, notre sensibilité n’est finalement guère affectée par ce qui se passe autour de nous en ces matières; l’humanisme reste souvent de façade. Et si l’humanisme n’est pas un gros mot, mais il reste ce qu’il est, une attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême[i]. La partie passe avant le tout, mais la partie oublie qu’elle n’est pas tout. (Lire la suite…)

la petite bête immonde, immonde

Connaissez-vous la romancière britannique (d’origine bangladeshi) Monica Ali ? Lisez donc « En cuisine » (Belfond). Vous me remercierez. Le roman dresse un portrait de l’Angleterre d’aujourd’hui, vue depuis la cuisine très cosmopolite d’un grand restaurant de Londres. Une Angleterre qui ressemble à un waterzooi indigeste mitonné par Margaret Thatcher, recuit par Tony Blair, qu’un David Cameron doit servir, les fesses serrées, à un représentant du guide Michelin. (Lire la suite…)

L’archéologie des sentiments

Le tombeau du guerrier, Marie-Ève Sténuit, Paris : Serge Safran, 2012. 189 p. 17 €

J’ai toujours eu un faible pour les récits d’archéologie – et pas seulement Indiana Jones… “L’archéologue” de Beaussant, par exemple, est un livre mémorable –, et j’ai toujours été convaincu que la première histoire de l’humanité a été inventée au-dessus d’une tombe plutôt que d’un berceau.
Marie-Ève Sténuit, avec son “tombeau du guerrier”, montre à merveille que l’archéologie est autant une lecture du présent qu’une plongée dans le passé le plus lointain. Elle illustre aussi ce qui est sans doute au coeur de toute imagination : construire un monde sur trois fois rien. Quelques os, quelques vestiges, une poussière d’argent… de l’infini silence des tombes montent les récits des vivants.
Et au-delà de ces récits, peut-on, sur la mort, bâtir de la vie, un amour ? C’est ce que Margaux et son archéologue, Howard Lejeune, vont chercher à découvrir, dans cette Syrie qui fut un des berceaux de notre civilisation – ne faut-il pas le rappeler en ces heures sombres ?

Toscane 12

Florence • Reflet dans une vitrine © Luc Teper

compote

Il a fallu attendre les derniers jours de la campagne présidentielle française pour découvrir enfin François Hollande. Le vrai. Pas cet ectoplasme raide, exhibé sur toutes les chaînes de télé depuis des mois, portant un costume gris dont il a oublié d’ôter le porte-manteau, une cravate sombre, une chemise sinistre, qui lui donnent l’allure de son double en cire sorti tout droit du musée Grévin.
Grâce à V.S.D. et à Voici, on sait maintenant ce que fait le nouveau président lorsqu’il est débarrassé de toutes contraintes, serrages de mains, réunions de travail, dîners protocolaires, interviews, apparitions en compagnie de ses amis politiques qui se sont foutus de sa tronche pendant des années et qu’il est obligé de traiter publiquement de potes, quand il ne doit pas se maquiller, sourire sur commande ou se forcer à rester de marbre. Oui. Que fait M. Hollande, seul, face à lui-même ? (Lire la suite…)

Un dernier combat

Ma mère dormait sur de la dynamite, Ignace Lapiower, Cuesmes : Le Cerisier, 2012. 248 p. 12,5 €

Un récit est-il un roman ? Les spécialistes diront que non. Enfin, certains spécialistes ; pour moi, oui. C’est-à-dire un texte bien écrit, prenant, qui donne envie à son lecteur d’aller jusqu’au bout, et qui transmet le témoignage, réel ou inventé, d’un événement définitivement hors de portée.
En l’occurrence, la Résistance en Belgique durant la deuxième guerre, à travers ce que l’auteur lui-même qualifie de “modestes mémoires d’un résistant juif partisan armé”. Un combat bien différent de ce que l’on peut imaginer après avoir vu certains films ou lu certains livres ; (Lire la suite…)

Toscane 11

Maison de la vallée de la Chiana © Luc Teper

L’esprit de l’Archiduc, l’art de vivre de Lew Tabackin

Il y a, rue Dansaert, à Bruxelles, un bel endroit, un bar de style art déco ouvert dans les années 30 par une certaine Madame Alice, fréquenté à l’époque par les courtiers de la Bourse et leurs secrétaires, et dans lequel se trouvait, et se trouve toujours, un piano à queue. Pionnier du jazz belge, le pianiste Stan Brenders, musicien dans le prestigieux orchestre de l’INR, place Flagey, et fondateur de l’orchestre de jazz de la même maison, s’y produisit presque tous les soirs. Le piano est toujours là, ainsi qu’une photo de Stan Brenders. Et l’esprit d’une époque, oui, un esprit qui survit en ce lieu un peu décalé, proche d’une Bourse désertée par les êtres vivants qui y travaillaient, et qui allaient boire leur gueuze et fumer leur cigare au Falstaff, au Cirio, ou dans ce lieu plus petit, plus discret, dont vous avez peut-être deviné le nom : L’Archiduc. (Lire la suite…)

la deuxième vie de nicolas s.

Nicolas Sarkozy n’ayant pas été réélu président ce dimanche, où vat-on le retrouver ?
Pendant la campagne, il avait annoncé la couleur : si je ne suis plus président, je laisse tomber la politique, a-t-il lancé crânement. Comme on dit : retenez-moi ou je fais un malheur ! Malgré cette terrible menace, un C4 en bonne et due forme l’attendait lundi matin dans sa boîte aux lettres.
Ayant reculé l’âge de la pension, pas question pour lui de prendre une retraite dorée aux côtés de ses prédécesseurs, Giscard et Chirac. (Lire la suite…)

Un classique populaire

Pierre Benoit, le romancier paradoxal, Gérard de Cortanze, Paris : Albin Michel, 2012. 560 p. 25 €

Après la réédition de plusieurs romans de Francis Carco, Albin Michel confirme son intérêt non seulement pour les auteurs populaires contemporains, mais aussi pour leurs illustres prédécesseurs, parmi lesquels c’est aujourd’hui Pierre Benoit, mort il y a 50 ans, qui profite de ce travail de réhabilitation.
Est-ce une des caractéristiques du “populaire”, que de tomber rapidement dans l’oubli ? Peut-être. Dans le cas de Benoit, il y a aussi le parcours politique, puisque l’homem a été accusé de collaboration en 1944 et emprisonné. Accusation que de Cortanze réfute, tout en offrant de l’homme un portrait digne d’un roman… populaire. (Lire la suite…)

super héros!

Depuis quelque temps, les super héros ont la cote. Ils cartonnent au hit parade des cinémas autant qu’à la veille de la deuxième guerre mondiale – juste une malheureuse coïncidence.
Dans « The Avengers », Thor, Hulk et quelques autres super vitaminés s’en donnent à cœur joie. Boum ! Bang ! Tchiouff !
Au milieu de ce déluge de feu, deux choses rassurent : d’abord, les bons parviennent à sauver le monde. Avis aux désespérés, sarkos, papandreou et autres errants de l’Europe à la dérive. A condition d’avoir un bon metteur en scène, il arrive que les histoires les plus mal engagées se terminent bien. Ensuite, ces super-héros américains ne sont pas américains pour un sou ! Tous étrangers ! Thor est scandinave, le verdâtre Hulk d’on ne sait où. Même Superman, à qui on donnerait les Mormons de l’Utah sans confession, vient, sans papiers, de la planète Krypton.
Ceci explique peut-être que les super-héros « de souche » qui essayent de pétarader ici et là sont promis à moins de gloire que la bande à Marvel. Que les souches en prennent de la graine… (Lire la suite…)

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…