Chine, croissance surréaliste

© P. Pellizzari, Sichuan

Durant mes divers reportages photographiques en Chine, il m’était impossible de ne pas penser au système politique. J’étais impressionné par l’efficacité avec laquelle certains projets d’intérêt commun étaient réalisés, et j’étais néanmoins troublé par le traitement de la liberté et du bonheur. Hier soir en écoutant et voyant une rétrospective sur Satie, mon trouble a pris une autre dimension. À l’époque du compositeur, l’Europe, forte de sa croissance, explosait de joie ( malgré les guerres). Les surréalistes rivalisaient d’ingéniosité pour être drôles, des projets artistiques en tous genres naissaient, l’aisance de la croissance donnait à certains des ailes.
Aujourd’hui, la Chine jouit de la même croissance économique, mais absolument rien de joyeux, de créatif et surtout de léger n’en sort. Certains vous diront que c’est leur passé qui pèse; je pense au contraire que c’est le présent, voire l’avenir qui les attristent.
C’est peut-être aussi cela la liberté: pouvoir être surréaliste.

Mouvement de foule

Ça bougeait. Dans le parti majoritaire, on commençait à broncher à l’approche des « échéances » comme on disait pour figurer ce moment où les citoyens pouvaient se croire du pouvoir avec un petit bout de papier plié dans une enveloppe décachetée jetée dans une urne scellée. C’est que la fameuse « machine à perdre » était relancée grâce à la « haine », le mot avait été prononcé, que se vouaient désormais le petit roi et l’échalas argenté ancien (et peut-être futur) prétendant au trône.
On en faisait des gorges chaudes. C’était devenu une fable. Guillon, le chroniqueur en pointe (acérée) du moment, avait versé du vitriol sur France Inter où il sévissait, comparant Sarkozy à Al Pacino en plus agité des épaules, et croquant Villepin en vieux beau de la Croisière s’amuse. (Lire la suite…)

Masques (2)

© Ph. Joannès

Beaux les masques !

Magnifiques leçons de vie

Socrate Jésus Bouddha, Frédéric Lenoir, Editions Audiolib, 5h, 19 €. Lu par Laurent Jacquet.

L’historien des religions Frédéric Lenoir, également directeur du Monde des Religions et romancier, a récemment consacré un ouvrage limpide et passionnant à Socrate, Jésus, Bouddha, aujourd’hui mis en voix par Laurent Jacquet dans un album de la collection Audiolib. «Qui sont-ils?» et «Que nous disent-ils?» sont les deux vastes questions auxquelles il répond avec une rare intelligence. (Lire la suite…)

Au coeur des ténèbres

Jours de tremblement, François Emmanuel, Paris : Seuil, 2010. 180 p. 16 €

Il y a du Joseph Conrad dans le dernier roman de François Emmanuel, un Conrad qui plongerait dans les ténèbres africains de ce début de XXIe siècle, et non plus aux heures enténébrées de la colonisation. Les Européens pris en otages sur un yacht de plaisance, dans un pays en plein coup d’État, découvrent l’Afrique telle qu’ils ne pensaient pas la visiter – celle des querelles de pouvoir, des guerres fratricides, des relations complexes et parfois sordides avec les anciennes puissances coloniales. (Lire la suite…)

Ano ou homo ?

Ainsi, Jean-Michel Javaux vient de l’avouer au « Soir »: il est anorexique ! Jésus, Marie, Joseph, quelle confession !

Ce qui frappe d’emblée, c’est la facilité avec laquelle il est tombé dans le panneau tendu par son chef de troupe, Mutien Léonard (totem : ogre tranquille): le monde est divisé en deux, mon p’tit gars, les homos et les anos. Il faut choisir ! avait dit le retord de Namur en devenant patron. Et, sans réfléchir, Javaux a choisi. Ano, sans hésiter, mon père ! Sans prendre le temps de peser les conséquences comme il le fait si bien quand on l’interroge sur Elio, les ventes d’armes, BHV ou les Flamands. Où il est toujours parfait, nuancé, prenant aux uns et aux autres, évacuant avec adresse tout jugement définitif, évitant toute position tranchée, le piège binaire, le bien et le mal, le ying et le yang. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 8

Le jour même (jeudi 28 janvier) de la première à Gand, De Standaard consacre une page entière (la dernière) de son édition nationale au spectacle. Rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Le Soir, cet article, plutôt que d’en donner une grille de lecture ou de répondre à la question de son titre («Zijn er nog Belgen ? – Y a-t-il encore des Belges ?») s’attache à faire parler les acteurs et la metteure en scène, soulignant ainsi, par l’observation et la description de scènes de répétitions, certains aspects de la méthode de travail de Frédérique. Kija, qui a fui la Bosnie, n’est pas convaincue que les problèmes, ici, trouveront toujours une solution, comme cela a été le cas jusqu’ici, car «dans mon pays aussi, tout a commencé dans les média ». Milo, d’origine serbe, est plus direct : «Les problèmes commencent quand les gens vous demandent d’où vous venez…». (Lire la suite…)

Les Caliméro flamands et la stratégie walonne de Bart Maddens

Sous le titre « Bye Bye BHV », (De Standaard) Alain Gerlache, journaliste à la RTBF, écrit dan sa rubrique que BHV doit être scindé. Il ne précise pas le prix la Flandre doit payer ; Il écrit cependant : Les Flamands devraient enfin rompre avec le passé et reconnaître que les Wallons et les Bruxellois de 2010 ne sont pas responsables de la tentative de la classe gouvernante du 19ème siècle de faire de la Belgique un pays unilingue francophone.

Je ne pense pas que ce soit le problème. Les Flamands ne perdent pas le sommeil en raison de ce qui a été fait à leurs lointains ancêtres, pour la simple raison que la grande majorité ne le sait même pas. Les leçons d’histoire se taisent à ce propos, tout comme elles le font pour les pratiques humainement humiliantes au Congo belge. (Lire la suite…)

Eloge du noir et blanc

A la fin des années 1970, le mensuel (A Suivre) a voulu rompre avec la norme de l’album couleur de 48 planches en publiant de longs et ambitieux romans graphiques noir et blanc. Au sommaire de son premier numéro daté de février 1978, exclusivement noir et blanc, figuraient Sokal, F’Murr, Auclair, Cabanes ou Pétillon. Ainsi que, sur près de vingt pages, les premiers chapitres de deux œuvres majeures, Ici Même de Tardi et Forest et Corto Maltese en Sibérie d’Hugo Pratt. (Lire la suite…)

L’équivalence des valeurs

Crée et lancé le 21 janvier dernier, l’iMussolini est aujourd’hui l’application payante la plus vendue parmi celles disponibles sur l’iTunes, la boutique digitale d’Apple. Selon les derniers chiffres disponibles, chaque jour, plus d’un millier d’Italiens chargent ce dispositif permettant, pour la somme de 0,79 centimes d’euro, de lire, regarder et écouter l’ensemble des discours du Duce sur leur iPhone. Le résultat est considérable, inattendu, commercialement inexpliqué – aucun professionnel n’aurait en effet pu prévoir des chiffres de vente de loin supérieurs à ceux des jeux vidéos les plus courus, comme par exemple l’Avatar Game, tiré du film à succès de James Cameron. (Lire la suite…)

L’air du soupçon

Le problème était le même pour les deux frères ennemis. On ne pouvait pas prouver qu’on n’avait pas fait quelque chose. Villepin ne pouvait pas prouver qu’il n’était intervenu d’aucune façon, ni active ni passive, dans le dossier Clearstream pour accrocher une casserole à Sarkozy. De même aujourd’hui, le Château ne pouvait pas prouver qu’il n’avait pas demandé au Parquet d’interjeter appel pour renvoyer Villepin devant ses juges et ainsi l’amener exsangue à la présidentielle suivante, au cas où il voudrait toujours se présenter… On avait d’abord comme d’habitude envoyé un second couteau, Lefebvre en l’espèce, pour jurer ses grands dieux de la non-intervention de l’Elysée. L’effet du faux-jeton fut si désastreux que tout le monde dut s’y coller, jusqu’à la Garde des Sceaux qui, à son tour, mit son crédit dans la balance.

Mais tel était la limite du pouvoir du Lider Minimo : il faisait si peur à ses amis – alors que ses ennemis ne le craignaient plus tant – que leur parole était toujours entachée. N’avait–on pas vu récemment ministres et barons défendre l’indéfendable, l’accession du jeune prince Jean à un illégitime fauteuil de la Défense ? (Lire la suite…)

Lettre ouverte à M. Dominique de Villepin

Sait-on que le nom de la plus célèbre prison du monde – Alcatraz – désigne en arabe l’albatros ?
Ainsi vous trouvez-vous portraituré dans un texte qui devrait être publié sous peu par la revue belge Marginales.
Veuillez considérer comme dictées par un albatros les notes hâtives que je vous adresse depuis un bled berbère situé entre les derniers contreforts de l’Atlas et l’océan atlantique, ce dimanche 31 janvier 2010. Il vient de loin, l’oiseau des mers dont se narre la fable chaque dimanche aux enfants de Toug-Amen, dans les locaux de l’association locale ouverte à l’expérience de Coopérative Traversière. (Lire la suite…)

Masques (1)

© Ph. Joannès

Je dois vous dire quelque chose : (Lire la suite…)

La liberté s’effiloche… La toile perd ses fils.

Je ne suis pas un sociologue ou un juriste de l’internet. Je ne crois pas que le réseau soit la panacée pour résoudre les problèmes du monde. Je ne crois pas qu’il soit innocent, on y voit tant de déviances, comme le Club de Couillon de Gouy-haut, et pire encore…, ni qu’il soit coupable, on y voit tant de bonnes initiatives, comme les Amis du Couillon de Gouy-bas. (Lire la suite…)

Nos proches si lointains (en poche)

L’homme barbelé, Béatrice Fontanel, Paris : LGF, 2010. 294 p. (Le livre de poche). 6 €

Comment écrire un roman sur un homme aussi antipathique, aussi dur envers les siens que ce Ferdinand, héros en 14-18 et mort à Mathausen en 1944 ? Mission apparemment impossible à laquelle s’attelle pourtant la narratrice, à travers une enquête méticuleuse auprès des enfants de Ferdinand – enfants devenus vieillards –, et sur les lieux des guerres menées par ce disparu toujours si lourdement présent, ce “monstre familier” qu’il faudrait comprendre à défaut de pouvoir l’aimer. Un homme prêt à tout pour ses camarades, pour des inconnus ; prêt à rien, sinon la haine, pour sa famille. Un fou de guerre que les combats et les ensevelissements de copains morts ont vidé de son âme. Ferdinand, plus fidèle aux morts qu’aux vivants. (Lire la suite…)

On nous cache tout

Quelle bonne idée a eu Jacques Dutronc de remonter en scène avec les bijoux que lui avait ciselés jadis Jacques Lanzmann ! Indémodables ! Reprenez donc en chœur « On nous cache tout, on ne nous dit rien » et c’est l’actualité de la semaine qui défile et passe à la moulinette. Le réchauffement climatique, par exemple. Avec l’acquittement de Villepin, c’est sûr que la planète va encore gagner quelques degrés. Entre le président Sarkozy et l’ex mentor de Chirac, le thermomètre risque même d’exploser.
Nicolas Sarkozy l’avait pourtant annoncé dans son interview télévisé de septembre dernier : les « coupables » de l’affaire Clearstream seront traînés devant le tribunal correctionnel. Le spectre de la peine de mort n’était pas loin. Résultat, patatras ! Les coupables du président sont les innocents des magistrats. (Lire la suite…)

En souvenir de Camus

La France a la fibre commémoratrice (d’autres pays aussi sans doute) et on ne devrait jamais s’en plaindre, c’est à chaque fois l’occasion de remettre en lumière un écrivain et donc de rééditer ses livres ou d’en publier de nouveau à son sujet. Albert Camus, mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, ne pouvait évidemment pas y échapper (célébration d’ailleurs anticipée par Sarkozy avec l’histoire du transfert de ses cendres au Panthéon). Donc: réédition de romans, essais, pièces, nouvelles mais aussi Carnets. Plus quelques livres hommages et hors-série fort bien faits (notamment ceux de Télérama et du Magazine littéraire). (Lire la suite…)

Proche Orient : que fait Obama ?

Un an après son accession au pouvoir, les bilans de la présidence Obama sont souvent à la mesure des espoirs que sa victoire avait suscités. Ils sont donc normalement et parfois injustement sévères. Mais s’il est un domaine où les critiques se justifient, c’est bien celui du Proche Orient. Dès le début de son mandat Barack Obama avait insisté sur la centralité du conflit israélo-palestinien, l’importance du rôle américain et le caractère illégitime des colonies de peuplement. Douze mois plus tard, ces bonnes intentions sont restées sans effet. Et on peut même dire que la situation s’est aggravée : plus que jamais le gouvernement israélien poursuit sa politique expansionniste au mépris du droit international, maintient dans des conditions inhumaines les Palestiniens prisonniers sur leurs propres terres et cela sans que cela provoque une véritable réaction américaine. Cette impuissance et/ou manque de volonté inquiète aux Etats-Unis mêmes. Ces derniers jours deux voix américaines particulièrement autorisées se sont manifestées dans ce sens. (Lire la suite…)

Good news – 1

Notre vie peut devenir magique à tout moment!

Présomption d’innocence

Je n’éprouve aucune sympathie pour Monsieur Richard Fournaux, sénateur-bourgmestre de Dinant, ou plutôt pour son personnage, tel que les médias le donnent à voir, car je n’ai pas l’heur de le connaître personnellement. Ce personnage me déplaît, non pas parce que les idées politiques qu’il est censé défendre et illustrer ne sont le plus souvent pas les miennes, mais parce que je le trouve vulgaire. Je déteste la vulgarité, mais je ne vous raconterai pas aujourd’hui ce que j’entends par ce mot. Jugez sur pièces, le personnage passe souvent à la télé.

M. Fournaux a maille à partir avec la justice, et vient de se faire renvoyer en correctionnelle pour une obscure (pour moi) histoire de casino remontant à une dizaine d’années. Coupable ou non coupable ? Seule la justice en décidera, éventuellement après appel. Jusqu’à ce moment de décision irrévocable, personne n’a le droit de se prononcer. On peut avoir son opinion sur la chose, mais cette chose relève des tribunaux, et nul autre lieu de décision. (Lire la suite…)