Salut Gaston

On ne devrait jamais mourir en été. D’abord, parce que ça jure avec le soleil, ou parce que, comme dans notre pays, cela ne fait qu’accroître la mélancolie que suscite une pluie malvenue. Ensuite, parce que vos amis en errance estivale n’en sauront rien et vous pleureront en automne, quand le vent du nord emporte nos amis et les feuilles mortes.
Ainsi de Gaston Compère, le compère, l’ami discret. C’est au premier jour de l’automne qu’un autre ami m’apprend sa disparition, survenue le 14 juillet, ultime pied de nez à la République des lettres. Il disait fuir les honneurs (il le disait et il l’a fait) et préférer le silence. C’est étonnant de songer que le silence est ce que j’associe le plus à Gaston, lui qui fut certainement l’auteur le plus prolixe de nos contrées. Un des rares silences difficiles à supporter, et qu’il pratiquait en tête à tête avec son sourire bonhomme. Ce fou de musique, qui en a composé presque autant que de littérature, n’hésitait pas à se taire de longues minutes lorsque vous lui rendiez visite. (Lire la suite…)

L'affront du front

Un beau jour, sans avoir rien demandé, vous recevez dans votre boîte aux lettres électroniques un communiqué du Front National belge. Là, vous lisez la complainte habituelle de ces éternels victimes du totalitarisme démocratique et des ces infatigables pourfendeurs des innombrables déviances et errances d’un système parlementaire pourri. Comme vous n’avez rien demandé, comme vous êtes résolument du côté des salauds qui veulent la disparition de ce genre de parti, vous cliquez sur le bouton demandant de vous désinscrire. Vous êtes comme ça : s’ils ont le droit d’exprimer des opinions même qui sont en totale opposition avec les droits de l’homme, vous n’avez pas le devoir d’en prendre connaissance. (Lire la suite…)

Le nouveau prophète

Mesurera-t-on assez le courage qu’il a fallu à Avraham Burg pour écrire ce livre à contre-courant de la pensée dominante en Israël ? Le courage de dire des vérités qui ont fait bondir, à commencer par celle-ci : Israël ne se définit plus qu’en fonction de la Shoah. Ce faisant, ce pays, auquel Burg appartient et au sein duquel il a exercé des responsabilités de premier plan, est en train non seulement de sombrer dans un nationalisme étriqué et criminel, mais aussi (et peut-être surtout) de pervertir ce qui, pour Burg et quelques autres dont je suis, est l’essence du judaïsme. (Lire la suite…)