Lettre d’Italie : le centre-gauche ne s’est pas (encore) suicidé

« Un ex démocrate chrétien dirige désormais les ex-communistes », c’est la boutade qui avait le plus de succès au comité national du Parti Démocratique qui s’est déroulé à Rome ce samedi 21 février. Et il est vrai que Dario Franceschini qui a été élu secrétaire général du parti après la démission surprise de Walter Veltroni est un pur produit de la Démocratie chrétienne (tendance progressiste, tout de même). Mais cette élection est doublement significative. Vingt ans après sa disparition comme parti dans les scandales politico-financiers et l’opération « mains propres », la DC reste omniprésente dans l’ensemble du paysage politique italien. De plus, la crise que vient de vivre le Parti Démocratique (où l’on retrouve donc les anciens communistes et les anciens démocrates chrétiens de la « Marguerite ») rappelle la gestion politique de la « Baleine blanche », comme on appelait la DC, avec sa guerre des courants et des clans et sa « transversalité politique » . (Lire la suite…)

Libre-échange et protectionnisme : enjeu démocratique

L’extension du domaine de la crise a pour effet de remettre à l’ordre du jour un débat que l’on pensait enterré : libre échange ou protectionnisme. L’enjeu est de taille : il conditionne sans doute notre avenir démocratique. Depuis la construction de l’Europe, d’abord baptisé- il faut le rappeler- « marché commun », le libre échange était un crédo devenu inébranlable. Libre circulation, marché unique, concurrence et privatisation ont été les mamelles sacrées de la construction européenne. Il est vrai que durant les périodes de croissance et de développement quasi ininterrompu, elles ont porté leurs fruits et produit leurs richesses. Aujourd’hui que libéralisme et dérégulation nous ont conduits à la catastrophe que l’on connaît, des tabous se brisent. Le mot protectionnisme réapparaît. Et dans les faits, même les partisans les plus rigoureux de l’orthodoxie libre échangiste, sont pris en flagrant délit de pragmatisme peu ou prou protectionniste. C’est qu’il faut bien répondre aux craintes des peuples menacés ou déjà victimes du chômage et de la de la dépression. Un peu partout dans le monde, y compris en Europe, des gouvernements prennent des mesures qui visent à protéger les industries nationales. (Lire la suite…)

Je songeais à Julos

Je ne songeais à pas grand-chose, sinon à moi, dans les bois épais de l’adolescence où les monstres sont derrière tous les arbres et, pire encore, au plus profond de nous. C’était l’heure des dernières braises, déjà froides, de mai 1968. Le livre de la paix de Bernard Benson n’était pas encore une pièce rare qui faisait sourire, on glosait sur don Elder Camara et Carlos Castaneda m’offrait, à travers ses essais, des plaisirs hallucinogènes d’autant plus intenses qu’aucune autre substance n’en était responsable, sinon l’imagination.
Je ne songeais pas à Rose non plus, car je n’en connaissais pas. Celle d’alors s’appelait…, soit, n’y pensons plus. Mais j’écoutais Julos. Julos et quelques autres folkeux, flamands essentiellement, De Snaar et Rum, à l’heure où Leterme, peut-être, écoutait Aznavour en cachette. Julos qui, alors, connaissait son heure de gloire, jusqu’à Paris, madame, Paris qui découvrait, avec le ravissement si particulier des Parisiens, la belgitude enchantée. Si particulier, le ravissement, et si éphémère. (Lire la suite…)

Italie : la mort et la politique selon Berlusconi

On connait désormais l’histoire d’Eluana Englaro. L’histoire tragique d’une jeune femme de 37 ans dont vingt ans passés dans un coma végétatif suite à un accident de voiture. L’histoire dramatique de son père Beppino Englaro qui a lutté pendant dix ans pour obtenir une décision judiciaire permettant de mettre fin à l’acharnement thérapeutique. Finalement obtenue, on a permis à Eluana de s’éteindre lundi mais dans un climat de polémique détestable et d’une violence inouïe où les adversaires du libre choix n’ont respecté ni la jeune femme, ni son père, ni la mort, ni la vie.

Cet épisode en dit long sur l’état de la société italienne. On avait sans doute oublié plus de trente ans après les referendums sur le divorce et l’avortement, combien le poids de l’Eglise et l’interventionnisme du Vatican pèsent sur cette société même si plus de 60 % des Italiens approuvaient la décision d’arrêter la nutrition et l’hydratation artificielle d’Eluana. Au lendemain de sa mort, l’Avennire, le quotidien de la Conférence épiscopale titrait « Pas morte, tuée » et évoquait ses parents en termes de « juges et de bourreaux ». Mais il y a encore plus frappant. (Lire la suite…)

Darwin et nous

Comme il naît beaucoup plus d’individus de chaque espèce qu’il n’en peut survivre ; comme, en conséquence, la lutte pour l’existence se renouvelle à chaque instant, il s’ensuit que tout être qui varie quelque peu que ce soit de façon qui lui est profitable a une plus grande chance de survivre ; cet être est ainsi l’objet d’une sélection naturelle. En vertu du principe si puissant de l’hérédité, toute variété objet de la sélection tendra à propager sa nouvelle forme modifiée. (Source)

Nous « fêtons » cette année, mes agneaux, le deux centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin ? Le pauvre Charles, si profondément méconnu, dont le vulgum et ceux qui s’en croient supérieurs n’ont retenu de sa théorie de l’évolution que « le plus fort gagne » et « le monde appartient aux meilleurs », sans que personne ne sache ce qui les caractérise. (Lire la suite…)

NPA : nouvelle carte politique en France ?

Avatar de l’histoire mouvementée de la gauche française ou ébauche d’une nouvelle carte politique ? La question mérite d’être posée avec la naissance demain du NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste dirigé par Olivier Besancenot. En tous cas, le jeune facteur trotskyste a déjà réussi son premier pari de transformer la veille organisation d’extrême gauche en un parti qui a vocation à rassembler les contestataires de plus en plus nombreux d’un système en crise. Depuis ses succès aux élections présidentielles de 2002 et surtout de 2007, Olivier Besancenot s’est affirmé comme un leader populaire d’une gauche radicale dépoussiérée étendant son influence personnelle bien au-delà des frontières habituelles de l’extrême gauche traditionnelle. Il s’est forgé un style, un ton, un langage qui a redonné à beaucoup le goût de l’action politique, séduisant bon nombre de jeunes et de moins jeunes qui refusent et souffrent des inégalités croissantes de la dérégulation capitaliste. Quatre questions essentielles sont posées à Olivier Besancenot et à son NPA qui affirme une vocation de grand parti. Parviendra-t-il à transformer sa popularité personnelle en adhésion politique et idéologique ? (Lire la suite…)