Oufti ! Tof !

L’excellent Christian Laporte commentait, dans ces pages, le 16 avril dernier, l’initiative « De Weik van ‘t Brussels », trois semaines consacrées par l’ASBL Ara à la défense et illustration, comme dirait l’autre (quel autre ?) du dialecte bruxellois (non, cher Christian, je n’ai pas trouvé d’explication sociologique au port de la moustache par les « echte Brusseleirs » mâles).

A première vue, cette entreprise que de nos jours l’on dira culturelle, et ce sera avec davantage de raison, du reste, que bien d’autres « événements » qui se parent de cette qualification, a tout pour susciter ma sympathie. Les dialectes, de quelque part du monde qu’ils viennent, me semblent mériter d’être conservés. Ils font en effet partie du patrimoine immatériel de l’humanité. Et cela vaut tant pour le sicilien de Camilleri que pour le yiddish, pour le joual de Montréal que pour le ch’ti.

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Le trésor de mémé

Le sauvetage de Fortis et de Dexia a donné des idées. On croyait les caisses de l’état vides. Erreur. Mémé avait caché dans un placard, sous plusieurs couches de vieux pulls troués par les mites, derrière la pile de journaux qu’elle avait gardés de l’époque où la Belgique était heureuse (la première victoire de Merckx, le mariage de Baudouin et de Fabiola, la visite du pape, la demande de naturalisation de Johnny Hallyday) quelques lingots d’or. Ce trésor, qui avait échappé aux Allemands et à tous les gouvernements dépensiers qui les ont suivis, mémé avait décidé cette fois de le sortir de sa planque. Pour une juste cause. L’effondrement des mines, de la sidérurgie ou de la Sabena, c’était pas gai mais tant pis. Mais la Banque qui vacille, c’est la Belgique qui disparaît.

Ainsi donc, l’état avait des économies… C’était le neveu de mémé, monsieur Didier, qui gère ses finances en bon père de famille, qui s’est souvenu de l’or, sous les pulls et les journaux. Naïvement, monsieur Didier croyait que la famille allait se réjouir d’avoir retrouvé le coffre et d’en avoir généreusement distribué le contenu. (Lire la suite…)

Le vacarme du monde

9782879296722 Le dernier roman de Belinda Cannone nous ouvre les portes d’un univers étrange et fascinant : celui de l’hyperacousie. Jodel souffre de cette étonnante maladie : il entend des sons infimes avec une précision inouïe. Il perçoit sans mal le pas saccadé des fourmis ou le chuintement des couleuvres. Le moindre vrombissement de mobylette lui vrille les tympans. Si Jodel est assailli par la brutalité sonore du monde, il a mis son handicap au service de la recherche scientifique puisqu’il est ingénieur en physique des sons. Il passe ses journées dans un local insonorisé à analyser des enregistrements pour la sûreté nationale. Sa vie privée est à l’image de sa vie professionnelle : réglée comme du papier à musique, solitaire et étriquée. (Lire la suite…)

L'anti campagne électorale

Morne campagne, triste campagne ! A moins de cinquante jours du double scrutin régional et européen, on peut même se demander, s’il y aura une véritable campagne électorale, si ce moment qui est théoriquement le sommet de la démocratie représentative permettra au citoyen de se prononcer sur des idées des programmes, des enjeux, si nous pourrons en connaissance de cause contribuer au façonnement de notre propre avenir collectif et individuel. On peut éprouver les plus grand doutes alors que précisément face aux multiples crises que nous vivons jamais les choix idéologiques et politiques n’auront été aussi importants quels que soient les niveaux de pouvoir. Pendant près de deux semaines notre horizon aura été bouché sinon maculé par un interminable affrontement entre les cyniques et les hypocrites, entre ceux qui assumaient leur arrogance habituelle et ceux qui se trainaient dans l’autoflagellation tardive à propos des petits arrangements avec l’éthique. (Lire la suite…)

L'âme du Graal

couvertureLe maître et le violoncelle, Anne Tallec, Paris : Lattès, 2009. 301 p. 20 €

Aucun instrument n’est aussi magique et envoûtant que le violoncelle. Masculin et féminin, le plus proche de la voix humaine, parfait de forme… sans parler de son histoire et de celle des luthiers de légende – Stradivarius, Guarneri, Vuillaume – et des insondables secrets d’un art aussi mystérieux que l’alchimie.
“Le maître et le violoncelle” est l’histoire troublante et passionnante de Thomas, un luthier vosgien installé à Mirecourt, cité des Vuillaume. Il est l’héritier de ces secrets, et déterminé à faire surgir de ses doigts l’instrument parfait, absolu. Chantier d’un instrument enchanté. Pour cela, Thomas est prêt à tout : le meilleur comme le pire. Prêt à forcer les êtres, prêt à souffrir et faire souffrir, prêt à se faire haïr de ceux qu’il voudrait, en vain, aimer. Et la question demeure : qu’est-ce qu’un violoncelle ? Une boîte de bois ou un être vivant ? De toute manière, il ne vit que lorsque le luthier l’abandonne et que, comme le chantait Léo Ferré, il prend son sexe de l’archet qui le touche.

Pour qui sonne le glas ?

Tout est aujourd’hui source d’angoisse. Même ces bonnes fêtes de Pâques, image jadis du bonheur bon enfant et sans arrière pensée. A l’idée que le Vatican nous envoie ses cloches, maintenant, la planète tremble. Cardinaux, évêques et curés implorent le ciel. Que nous réserve cette année Benoît XVI, le Gérald Ford des temps modernes ?

Après ses propos désolants sur les musulmans, la réintégration d’un évêque illuminé révisionniste, le découragement du préservatif et le silence sur l’excommunication d’un médecin qui a sauvé la vie d’une gamine au Brésil, de quoi va-t-il farcir les œufs ?

Jaloux du succès médiatique du G 20 et de la réunion de l’OTAN, on peut lui suggérer, pour revenir à l’avant-plan de l’actualité, quelques idées susceptibles de lui rendre un peu de popularité : l’excommunication d’Obama pour avoir critiqué le très saint et très pieux Georges Bush, la conversion à titre honorifique du nouveau ministre israélien des affaires étrangères pour ses aimables propos sur les Arabes, histoire d’annoncer joyeusement son voyage en terre sainte, la béatification de Rudolf Hess pour avoir voulu empêcher les Alliés de vaincre la pauvre Allemagne (Lire la suite…)

Aux urnes, citoyens !

L’autre premier d’avril, le poisson de la Première de la chaîne radiophonique publique a consisté à annoncer la possibilité désormais accordée de voter par SMS (en français d’aujourd’hui : « short message service »). A y regarder de plus près, l’annonce aurait pu ne pas être un canular, car elle ne laisse pas d’être assez plausible. Je parie que des petits malins y ont déjà pensé (comme ils ont sans doute pensé à utiliser à cette fin Internet, ce dispositif que tout citoyen sera bientôt obligé de posséder au bénéfice de sociétés privées échappant à tout contrôle, ou presque) : finies les longues attentes dans les bureaux de vote, finie la corvée d’un dimanche tous les combiens, fini le chipotage devant des écrans mal embouchés. On me rétorquera qu’ainsi le vote devient payant, et qu’il risque de perdre toute confidentialité. Qu’à cela ne tienne : l’Etat pourrait très bien décider de faire figurer la dépense engagée sur la déclaration d’impôts (à envoyer aussi par SMS, pourquoi pas ?) et le citoyen consciencieux pourrait envisager de remplacer l’isoloir par son cabinet d’aisances. Pas besoin de loi pour cela, une charte d’éthique, c’est dans l’air du temps, suffirait.

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Allegro et sotto voce

9782742780884 Fantaisie, vivacité et lucidité donnent le ton du nouveau recueil de Stefano Benni. Auteur d’une dizaine de livres traduits en français – dont le délicieux Margherita Dolcevita -, Benni compose ici en virtuose une partition à plusieurs voix réunissant 25 nouvelles déjantées et pétillantes. Chaque personnage chante la vie à sa manière (déchante parfois aussi) et nous convie à une drôle de danse où le cocasse côtoie l’immonde. (Lire la suite…)

Je grammaire, tu grammaires, nous grammairons

9782020960601 Qui l’eût cru, on peut s’amuser en lisant un précis de grammaire ! C’est le pari (réussi !) auquel se sont attelés les Français Olivier Houdart et Sylvie Prioul. Les deux compères nous entraînent avec enthousiasme et drôlerie sur les pentes escarpées de quelques grandes règles grammaticales dont ils explorent les zones d’ombre, parvenant à rendre le fastidieux accord du participe passé des verbes pronominaux aussi ludique qu’agréable. Ils démystifient et donnent quelques trucs et astuces très utiles pour ne plus achopper sur les écueils habituels. (Lire la suite…)

La critique est difficile

untitledPoint de côté, Josyane Savigneau, Paris : Stock, 2008. 254 p. 18 €

Jusqu’à ma mort, je pense, j’en voudrais à ce professeur de néerlandais qui, alors qu’il était titulaire de la classe de 5e, m’avait dit à Noël que, quoi que je fasse, je doublerais mon année. Il était de ceux qui pensaient que je ne finirais jamais mes études secondaires. C’était compter sans mon père, qui avait sur cette question une tout autre opinion. J’ai donc présenté le jury central et l’ai réussi un an plus tard. De retour au collège pour annoncer cette petite victoire, le sinistre individu a eu le culot de me dire : « Tu vois, c’est grâce à moi. » (Lire la suite…)

L'honorable Mr. Omar

Monsieur Omar Al-Bachir était, jusqu’il y a peu, le calife, le boss (ou, comment appelle-t-on au juste un président qui s’est mis la couronne tout seul sur la tête ?) d’un pays appelé le Soudan. Principale curiosité, la moitié de sa population a passé des années à massacrer l’autre moitié. Quand la paix a finalement été signée, des centaines de milliers d’habitants de la région du Darfour (en tout cas ceux qui ont réussi à échapper aux milices du calife) se sont réfugiés dans les pays voisins où ils survivent au milieu du désert, sans rien, sinon l’aide internationale. De mâles résolutions ont été prises à l’ONU pour que les pays civilisés (et les autres, ceux qui fournissent le lot habituel de casques bleus) ramènent ces gens chez eux et que le gouvernement du Soudan redevienne un peu plus présentable. Opération difficile pour des dirigeants qui avaient jadis invité Oussama Ben Laden à y installer le centre de ses activités.

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Intimité et intelligence

9782020988018 Il est difficile de résumer en quelques phrases les 21 récits du livre de Daniel Karlin tant le propos est dense et varié. Réalisateur pendant plus de trente ans d’émissions sur la folie, l’hôpital, l’inceste, l’autisme ou la prison dont les fameux La raison du plus fou (1970), Justice en France (1991), Des enfants abusés (2000) et le controversé Et si on parlait d’amour (2002) – qui l’a d’ailleurs décidé à arrêter la réalisation audiovisuelle -, Daniel Karlin revient sur son parcours de documentariste et sur les rencontres qui l’ont émaillé. (Lire la suite…)

Les seniors rient

Avant la crise, la règle était : place aux jeunes ! Dehors, les anciens, les vieux birbes et les barbes mitées ! La culture de la consommation avait instillé ses réflexes jusqu’en politique et même en sport. C’était le bon temps où Yves Leterme, tout neuf sur la scène nationale, écrasait ses adversaires du haut de ses huit cent mille voix, où l’on redécouvrait un parti social chrétien « new look » peuplé d’inconnus aux figures poupines qui flirtaient avec le séparatisme, où l’on pariait sur l’équipe des « jeunes » du Standard, où l’on vantait le dynamisme de ces « nouvelles » banques qui avaient enterré à coups de milliards les vénérables institutions poussiéreuses, CGER, Crédit communal et autres dont on a oublié le nom pour imposer une gestion « audacieuse » de leurs investissements, en se moquant de la pusillanimité des établissements de jadis.

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Dix ans

Il y a dix ans qu’à la demande de ses dirigeants, j’ai commencé (les cuistres disent : initié) cette chronique. La première s’intitulait « Un moment de bonheur » et relatait l’audition attentive des « Variations Goldberg » interprétées par Rosalyn Tureck, par ma femme, une collègue et amie, et moi-même. Moment de bonheur et de grâce, on peut faire confiance aux grands compositeurs.

Il y a dix ans, les enfants ne naissaient pas encore avec un écouteur dans l’oreille et un téléphone portable dans la main. Les Twin Towers déchiraient encore le panorama new-yorkais, avec Sabena on y était déjà, La Libre Belgique se lisait sur un plan grand format, Didier Reynders ne se voyait pas encore déjà, personne ne savait qui était Nicolas Sarkozy, on pouvait encore fumer dans les lieux publics, Bruxelles n’était pas alors parcouru par des trams de quarante-trois mètres ne parlant ni anglais ni javanais et ne portant pas de chapeau sur la tête, Jean-Paul II globe-trottait, mais dans son ombre Ratzinger mettait au point ses plans pour resserrer les boulons, les universités n’étaient pas encore à l’insipide sauce bolognaise, le Standard n’était pas redevenu champion (Lire la suite…)