Oufti ! Tof !
L’excellent Christian Laporte commentait, dans ces pages, le 16 avril dernier, l’initiative « De Weik van ‘t Brussels », trois semaines consacrées par l’ASBL Ara à la défense et illustration, comme dirait l’autre (quel autre ?) du dialecte bruxellois (non, cher Christian, je n’ai pas trouvé d’explication sociologique au port de la moustache par les « echte Brusseleirs » mâles).
A première vue, cette entreprise que de nos jours l’on dira culturelle, et ce sera avec davantage de raison, du reste, que bien d’autres « événements » qui se parent de cette qualification, a tout pour susciter ma sympathie. Les dialectes, de quelque part du monde qu’ils viennent, me semblent mériter d’être conservés. Ils font en effet partie du patrimoine immatériel de l’humanité. Et cela vaut tant pour le sicilien de Camilleri que pour le yiddish, pour le joual de Montréal que pour le ch’ti.

Le dernier roman de Belinda Cannone nous ouvre les portes d’un univers étrange et fascinant : celui de l’hyperacousie. Jodel souffre de cette étonnante maladie : il entend des sons infimes avec une précision inouïe. Il perçoit sans mal le pas saccadé des fourmis ou le chuintement des couleuvres. Le moindre vrombissement de mobylette lui vrille les tympans. Si Jodel est assailli par la brutalité sonore du monde, il a mis son handicap au service de la recherche scientifique puisqu’il est ingénieur en physique des sons. Il passe ses journées dans un local insonorisé à analyser des enregistrements pour la sûreté nationale. Sa vie privée est à l’image de sa vie professionnelle : réglée comme du papier à musique, solitaire et étriquée.
Le maître et le violoncelle, Anne Tallec, Paris : Lattès, 2009. 301 p. 20 €
Fantaisie, vivacité et lucidité donnent le ton du nouveau recueil de Stefano Benni. Auteur d’une dizaine de livres traduits en français – dont le délicieux Margherita Dolcevita -, Benni compose ici en virtuose une partition à plusieurs voix réunissant 25 nouvelles déjantées et pétillantes. Chaque personnage chante la vie à sa manière (déchante parfois aussi) et nous convie à une drôle de danse où le cocasse côtoie l’immonde.
Qui l’eût cru, on peut s’amuser en lisant un précis de grammaire ! C’est le pari (réussi !) auquel se sont attelés les Français Olivier Houdart et Sylvie Prioul. Les deux compères nous entraînent avec enthousiasme et drôlerie sur les pentes escarpées de quelques grandes règles grammaticales dont ils explorent les zones d’ombre, parvenant à rendre le fastidieux accord du participe passé des verbes pronominaux aussi ludique qu’agréable. Ils démystifient et donnent quelques trucs et astuces très utiles pour ne plus achopper sur les écueils habituels.
Point de côté, Josyane Savigneau, Paris : Stock, 2008. 254 p. 18 €
Il est difficile de résumer en quelques phrases les 21 récits du livre de Daniel Karlin tant le propos est dense et varié. Réalisateur pendant plus de trente ans d’émissions sur la folie, l’hôpital, l’inceste, l’autisme ou la prison dont les fameux La raison du plus fou (1970), Justice en France (1991), Des enfants abusés (2000) et le controversé Et si on parlait d’amour (2002) – qui l’a d’ailleurs décidé à arrêter la réalisation audiovisuelle -, Daniel Karlin revient sur son parcours de documentariste et sur les rencontres qui l’ont émaillé.