J'irai cracher sur vos tombes

Tous les media célèbrent en chœur cette semaine le génie de Boris Vian. N’en jetez plus ! De son vivant, il n’était connu que d’un cercle d’amateurs et son seul succès de librairie, « J’irai cracher sur vos tombes », était un canular pastichant la série noire, publié par un éditeur confidentiel qui l’avait lancé comme un roman américain. Et le voilà bientôt dans la Pléiade, où Gallimard publiera, cinquante ans après sa mort, les romans refusés de son vivant…

Paraphrasant le général Custer, un bon auteur est un auteur mort. Pour beaucoup de folliculaires, il faut un anniversaire pour découvrir le talent. Françoise Sagan, si contestée jadis par les critiques littéraires sérieux, est devenue « la » grande dame des lettres françaises depuis qu’elle a passé la larme à gauche. Simenon, traité de « romancier de gare », a dû lui aussi attendre la mort pour entrer dans la Pléiade et le programme scolaire. (Lire la suite…)

La politique, les noms et les mots

Pour cette dernière chronique de la saison, je reviens, en guise de méditation estivale, à ce qui traverse cet exercice hebdomadaire d’une manière quasi obsessionnelle : à savoir la politique, les mots et les symboles. L’actualité, ici en France le suggère, mais cela vaut pour tous. Dans le brouillage des pistes qui caractérise cette période de crises, l’imposture des mots est essentielle. Voyez la question de  réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Obligé de présenter un programme pour espérer sa réélection, Barroso affirme qu’il veut placer au cœur  d’un éventuel nouveau mandat « une économie sociale de marché » faite « de régulation financière accrue, d’environnement, de développement industriel et agricole ». Bref tout ce que lui-même et les gouvernements de l’Union européenne n’ont pas fait durant son premier mandat. Tout cela, nous dit-on, sous la pression  du président français et de la chancelière allemande dont la politique nationale n’a pas plus été inspirée par ses principes. (Lire la suite…)

Lettre de France: les mots des socialistes

Les socialistes français ne savent à quel saint se vouer pour entamer cette rénovation, cette refondation, Martine Aubry a même utilisé le mot de renaissance, bref pour amorcer cette révolution indispensable après l’accumulation des défaites depuis le funeste mois d’avril 2002 qui vit Lionel Jospin éliminé du 2ème tour de l’élection présidentielle par Jean-Marie Le Pen. Depuis lors autant, de rénovations promises et autant de paralysie intellectuelle et de blocage d’appareils en proie aux rivalités personnelles assassines.

Avec une nuance cependant, et elle est de taille, au niveau local et régional le PS est plus que jamais le parti dominant qui gouverne la majorité des villes d’importance grande ou petite et qui exerce le pouvoir dans la quasi-totalité des régions. (Lire la suite…)

Féroce et facétieux roman

powellUne époque exquise… Le titre a de quoi faire sourire ou grincer des dents quand on sait que le roman de Dawn Powell est paru pour la première fois en 1942. L’histoire se déroule à New York au début des années quarante juste avant l’entrée des Etats-Unis dans le conflit. Si en arrière-plan la guerre sévit dans la lointaine Europe, il est surtout question, dans le roman, de la haute société new-yorkaise, de ses rites et hypocrisies.
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D-Day et après

C’était il y a soixante-cinq ans : Omaha Beach, Utah Beach et les autres plages sur les côtes de Normandie.  Et maintenant, l’immense cimentière de Colleville, des milliers de croix blanches au garde-à-vous pour une dernière parade.  Sans ceux dont elles portent les noms, je ne serais sans doute pas occupé à écrire cette chronique pour un journal dont le titre comme par « libre ».  La liberté dont on peut écrire le nom, ils nous l’ont rendue.  A l’autre bout de l’Europe, il y avait eu Stalingrad, l’extraordinaire sursaut des peuples dits alors soviétiques.  Mais les fleurs de la liberté, en ces temps-là, ne poussaient pas sur les rives de la Volga (et maintenant ?).
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Faisons-nous du sur place ? (2)

Je parlais dans ma précédente chronique Faisons-nous du sur place ? (1) de Home, le 1.500 tonnes de CO² de monsieur Arthus-Bertrand.

Pour les passages que j’en ai vu, le photographe a réussi à rendre belles des choses affreuses. Il a touché le monde, lisait-on dans la presse. Une nouvelle prise de conscience écologique. Un film porte-drapeau. Nos concitoyens sont-ils à ce point obtus qu’il faille filmer une cuvette pour qu’ils se rendent compte qu’ils vont à selle. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles pour se rendre compte de la m…. que nous laissons, ne serait-ce que sur les accotements de nos routes. Peut-être faut-il cela à une population qui pense que la protection de l’environnement s’arrête au tri des déchets (qu’il eût fallu ne pas produire). (Lire la suite…)

L'Histoire à travers la BD

enfants sauvés
La bande dessinée se penche régulièrement sur notre Histoire, politique ou guerrière, et rend parfois compte de notre présent. Voici quelques exemples récents.
Tardi, référence obligée pour la Première Guerre mondiale, raconte dans Putain de guerre! (Casterman) les années 1914, 1915 et 1916 à travers le témoignage d’un poilu envoyé comme des millions d’autres au casse-pipe. Le dessin est, comme d’hab’, magistral et est complété par un dossier de 22 pages écrit par l’historien Jean-Pierre Verney et illustré de photos d’époque. (Lire la suite…)

Un talent royal

BERENBOOM_Roi_ptLe roi du Congo, Alain Berenboom, Paris : Bernard Pascuito, 2009. 390 p. 20 €

Michel Van Loo, le détective plutôt médiocre inventé par Alain Berenboom, est en train de devenir non seulement une figure de la littérature du genre, mais aussi de l’histoire fantasmée de notre pays. Grâce à lui, Berenboom déploie son exceptionnelle connaissance de la Belgique des années d’après-guerre et nous la transmet l’air de rien, par la grâce d’une fiction – ce genre de mensonge qui, comme le rappelait Aragon, est le mieux à même de faire passer quelques vérités essentielles. (Lire la suite…)

Oulipo vélo

Mise en page 1Courbatures, Paul Fournel, Paris : Seuil, 2009. 168 p. 15 €

Paul Fournel est un marathonien doublé d’un sprinter. Cet oulipien fidèle a pratiqué tous les genres et a un talent rare pour celui de la nouvelle. Il est aussi un fou de sport, de vélo particulièrement, ce qui lui offre un sujet de prédilection pour ses histoires. 16 nouvelles pour des jeux olympiques littéraires où se multiplient les points de vue, les pratiques, l’ironie, la tendresse. Et le talent.

A toute chose…

Caracteres sexuels.inddLes caractères sexuels secondaires, Tania de Montaigne, Paris : Flammarion, 2009. 238 p. 17 €

Une femme quittée part sur les traces de son père, mort quand elle avait un an dans un accident d’avion au Japon. Puis revient chez elle, pour son anniversaire et Noël lesquels, pas de chance, tombent le même jour. Et pas de chance, dans l’ascenseur, la panne. Et pas de chance, Nicole, l’amie dépressive et alcoolique. Et pas de chance, la voisine… Et le fils de Nicole dans la cabine, pas de chance vraiment ?
Un livre étonnant, drôle, original, où chaque chapitre débute par la définition d’un mot et où les pensées de la narratrice voguent du présent au passé, en musardant dans des réflexions sur la vie de tout le monde, de tous les jours, de tous les tracas, de toutes les petites joies, en égratignant les proverbes et les idées reçues. Rafraîchissant sans être idiot, ce qui ne gâche rien.

Va, je ne te hais point

untitledAvec enfant, Bruno Gibert, Paris : Stock, 2009. 109 p. 13 €

Un condensé de férocité et d’amour, cette longue lettre d’un père à sa fille, à l’âge où celle-ci s’aventure dans l’âge adulte et quitte le cocon pas toujours rose de la famille. Pourtant une famille standard : un père et une mère, pas d’autre enfant ; la moyenne. Un accroc du père au contrat de mariage, dénoncé à la fille par la mère, début d’une colère filiale qui n’a pas décru. Et pourtant le couple qui résiste et survit à la crise. Un père qui plaide et dénonce avec l’humour d’un Desproges, et sa tendresse aussi, cachée sous l’ironie. (Lire la suite…)

Tu m’as manqué bien des fois

SOUCHON_Chanson_ptLa chanson de Nell, Patrick Souchon, Paris : Grasset, 2009. 230 p. 19 €

Il aura fallu la lecture de ce roman de deuil pour que je comprenne enfin à qui Alain Souchon s’adresse dans “18 ans que j’t’ai à l’œil”. A Bagneux, dans les feuilles, ce n’est pas une jeune fille qui l’attend, mais la tombe de son père. Et la “petite boule blonde qui s’appelle comme lui” n’est autre que son fils Pierre, né 18 ans après l’accident tragique qui, dans la voiture qui ramenait la famille Souchon de vacances, tua le père. (Lire la suite…)

Une détresse de notre temps

BATISTA_Envers_ptL’envers amoureux, Carlos Batista, Paris : Albin Michel, 2009. 240 p. 17 €

Un roman à trois voix pour dire les impasses de notre temps, où le sexe est devenu le leurre obsédant, la quête vaine derrière laquelle, sous prétexte de liberté et de découverte personnelle, se masquent le vide de nos existences et la perte de repères. Un garçon coiffeur, une femme, son mari homosexuel. Des amants, des amis. De parfaits étrangers dont la nudité est le plus terrible travestissement.

Sur un air de Modiano

LESBRE_Sable_ptSur le sable, Michèle Lesbre, Paris : Sabine Wespieser, 2009. 160 p. 17 €

Michèle Lesbre, comme Pascale Roze, sont des écrivains de la justesse et de la pudeur. De la densité. Leurs romans ont la brièveté des fulgurances, et leur profondeur abyssale sur laquelle on ne cesse, ensuite, de revenir. Des livres qui laissent des traces, alors qu’ils ont la légèreté aristocratique d’un regard de détresse aussitôt recouvert par l’élégance d’un sourire.
Ici, une femme rencontre un homme sur une plage. Il vient de mettre le feu à une maison, à son passé. Dans les éclats de ce bûcher absurde, deux mémoires vont se croiser sans jamais vraiment se rencontrer. Elle vit sa vie comme une variation sur les romans de Modiano, qu’elle adore et connaît par cœur. Lui, comme la répétition d’une rencontre manquée et d’une noyade injuste. Et pour les relier, Bologne l’Italienne et ses fantômes revenus des années de plomb. Comme dans “Le canapé rouge”, son précédent roman, Lesbre nous dit qu’on ne comprend vraiment ce qui nous lie aux autres que lorsque nous les avons perdus.

Cabinet de curiosités

SIJIE_Acrobatie_ptL’acrobatie aérienne de Confucius, Dai Sijie, Paris : Flammarion, 2009. 251 p. €

Rares sont, aujourd’hui, les romans plus baroques que celui-ci. D’abord pour la période : le XVIe siècle. Mais pas le nôtre : tout se passe chez Sa Majesté empereur de Chine, Quinte Souveraine qui non content d’être le plus puissant, se veut multiple grâce à 4 sosies parfaits. Baroque encore, car par un effet d’écriture kaléidoscopique, Sijie fait tourbillonner son récit et le démultiplie à son tour, nous entraîne de Chine en Europe, où Rabelais s’interroge sur mes mystères érotiques d’une porcelaine chinoise, et en Afrique, qui crée la stupeur de l’Empereur chinois par la taille de certain attribut du premier Noir à mettre les pieds dans l’Empire du milieu, pour son malheur. Le monde découvre le monde, stupeur et tremblement, effroi, émoi, fascination.
C’est fou, c’est drôle, c’est intelligent. Et on ne peut s’empêcher de s’interroger, à la fin du livre, sur les véritables priorités de ceux qui sont sensés gouverner le monde…

Labyrinthe Rouaud

Jean Rouaud
Rarement image aura mieux collé à une oeuvre littéraire: depuis 1990 et Les Champs d’honneur, l’un de meilleurs prix Goncourt jamais décerné, Jean Rouaud invente un monde littéraire qui ressemble à un labyrinthe en constante expansion. Soit un tout cohérent formé de multiples galeries qui tantôt se croisent, tantôt se rapprochent ou s’éloignent. Il y a, dans sa lecture, quelque chose d’étrangement fascinant. (Lire la suite…)

Le président perse

… Et personne pour plaindre le président Mahmoud Ahmadinejad ?
Adversaires politiques, étudiants, femmes, tous, se prétendant victimes de son élection, crient et défilent. Et lui, alors ? N’est-il pas la première, la seule victime de ce tsunami qui balaye Téhéran, ébranle son pouvoir, son autorité, sa réputation ? Faut reconnaître qu’il était un peu naïf ce pauvre Mahmoud. Pourquoi organiser des élections ? Son principal concurrent, Hussein Mussavi aurait pu lui souffler que ça n’apporte que des ennuis. Premier ministre pendant près de neuf ans sous la présidence du boss, Ali Khamenei (devenu depuis guide suprême), il sait mieux que tout le monde que la démocratie iranienne ne fonctionne que quand on ne s’en sert pas. C’est sans doute ce qui surprend le plus Ahmadinejad : dans le scénario, il était écrit : Mussavi se couche dès la première reprise. Une fois les urnes dépouillées (on veut dire : dépouillées des bulletins qui portent son nom), il reconnaît la victoire du président en place et crie : vive Mahmoud ! Au lieu de quoi, le traître proteste ! (Lire la suite…)

Histoires de solitude

9782221112960 Personne n’avait beaucoup de respect pour le Labor Leader. Ne voyez pas dans cette phrase une allusion politique quelconque, puisqu’elle ouvre une des plus belles nouvelles du recueil de Richard Yates, Onze histoires de solitude. Considéré aux Etats-Unis comme un des grands romanciers des années 50 et 60, il a enfin acquis une certaine notoriété chez nous grâce au beau film, Les Noces rebelles, que Sam Mendès a tiré de son roman (également réédité) La Fenêtre panoramique. (Lire la suite…)

Adoption réussie

9782070124633 Récit d’une rare élégance, le dernier livre d’Eric Fottorino pose la question de la filiation. L’auteur rend hommage à son père adoptif qui débarque dans sa vie lorsqu’il a neuf ans, et lui donne son nom. Découverte pour le petit garçon de la lumière du Sud et du mode de vie tunisien mais surtout de l’amour attentif et discret de ce nouveau père. Il reçoit une éducation pudique et joyeuse où la meilleure manière d’être proche, c’est de partager la passion de la bicyclette, et où les silences disent plus que les longs discours. Le narrateur a ses mots éclairants à propos de son père : Toi tu restes silencieux, dense dans ton silence, dans ton regard enveloppant qui effleure sans toucher, qui touche sans posséder (p.119). (Lire la suite…)

Faisons-nous du sur place ? (1)

Les élections sont passées. Les sondages se sont (un peu) trompés. Les fiers à bras sont un peu moins fiers. Les presque décédés revivent un peu. Certains se maintiennent, d’autres progressent. Malgré les chiffres, quelques-uns se perdent dans des rodomontades. Il y a des pythies qui font pitié, prédisant le pire pour essayer de gagner une place dans l’autobus. Finis les échanges d’horions, on préfère les passages de pommade.

En France, certains attribuent à la diffusion du film « Home », la poussée des écologistes. En Belgique francophone, certains l’attribuent aux transfuges du MR qui veulent plus de gauche, mais point rouge. D’autres, aux déserteurs du PS qui ne sauraient se résoudre à bleuir ou à s’oranger. Don José croit lui que les chemises brunes se sont mises au vert. (Lire la suite…)