Le meilleur ami de l’Homme
François Fillon est vraiment le meilleur ami de l’Homme. S’indignant de ce que M. de Villepin osât s’indigner que son Maître et Président eût parlé de lui comme «coupable» et non comme «accusé présumé innocent», le Premier Ministre de Nicoland et Sarkozie a répondu : «dans cette affaire, il y a une victime principale, le président de la République. Et on ne doit pas transformer les victimes en coupables.»
Il a tout à fait raison. Toute la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a surfé sur la vague de la victimisation. Ce n’était plus Sarko, c’était Caliméro. Trop injuste…
Parce qu’aujourd’hui, comme le rappellent à merveille Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière dans leur essai Le temps des victimes, il y a deux manières pour faire parler de soi : être sportif ou être victime. Nicolas Sarkozy est sans doute le premier à avoir réussi cette remarquable synthèse : il a fait de l’auto-victimisation un sport de haut niveau, et il a décoché la médaille d’or. Personne ne l’aime, c’est pour ça que les Français l’adorent. Tout le monde veut sa perte, grâce à quoi il triomphe.
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La vérité, elles mentent
Une députée à l’Assemblée nationale dont l’histoire retiendra peut-être le nom si sa loi passe, eut alors une idée : il s’agirait d’obliger à indiquer en dessous de chaque image de mannequin publiée « photo retouchée » quand c’est le cas.
Comme souvent, tout cela partait d’un bon sentiment : il s’agissait d’empêcher dames et damoiselles de souffrir de la comparaison entre leur miroir et les couvertures de leurs magazines qui vendent l’illusion de corps parfaits. Elle affirmait sans en apporter la moindre preuve que cela conduisait aux régimes forcenés, aux plus grosses désillusions, aux anorexies, bref une catastrophe nationale de plus. Or la députée avait elle-même usé sur ses affiches électorales du stratagème avec gommage photoshopique et peau lisse électronique, et elle se portait comme un charme, chacun pouvait s’en rendre compte en la voyant à la télé présenter son projet de loi.
Dans un premier temps, la proposition fit ricaner dans les chaumières de France, de Navarre et d’ailleurs. (Lire la suite…)
Y a qu’ça qui intéresse

Assez parlé d’amour, Hervé Le Tellier, Paris : Lattès, 2009. 280 p. 18 €
Des couples qui se font, se défont, se refont, des êtres qui se croisent, se décroisent, se recroisent… Sans doute un sujet éternel, particulièrement à la mode ses dernières années, et plus encore pour cette rentrée de l’automne 2009. L’amour, le désamour, les raisons du désir, les soupirs de la raison… Un sujet bateau, galvaudé, mais qui se régénère sans cesse.
Des livres qui, dès lors, ne tiennent que par la forme et la qualité de l’écriture, tel le dernier roman d’Hervé Le Tellier, cet “oulipiste” qui sait combien il est important de faire jouer la langue. (Lire la suite…)
Le Hollandais volant
La crise bancaire, un an après. G20, F.M.I., tous ceux qui ont une responsabilité dans la gestion des affaires publiques s’attellent au redressement économique et financier. Oubliant les dégâts que laissera la crise sur les gens, leurs comportements, leur imaginaire, leur conception du monde.
Même si l’époque que nous vivons ne peut être comparée aux années d’apocalypse qui ont suivi 1929 (raccourci facile dont certains media ont abusé), elles ont en commun de remettre en cause certains fondements de la société. De bousculer les valeurs. Et de laisser le citoyen moralement désemparé. Les dégâts touchent nos institutions les plus stables qui ressemblent de plus en plus au Hollandais volant, ce vaisseau fantôme qui errait sur les océans avant de disparaître dans les profondeurs mystérieuses de la mer des Sargasses. (Lire la suite…)
Mostar brûle-t-il ?
En détruisant le pont de Mostar et son vieux quartier Musulman, les Croates ont rendu un grand service à la ville de Mostar. Cet évènement a fait le tour du monde, Les généraux Croates de Bosnie Herzegovine sont actuellement jugés pour ces actes (en plus d’autres) par le TPI . A l’époque, le monde a pris fait et cause pour la ville, sans même comprendre les enjeux. Aujourd’hui, tout a été reconstruit à l’identique avec des subsides internationaux, cette partie de la ville est devenue une vraie attraction touristique et, en juillet 2005, l’UNESCO a inscrit Mostar dans le patrimoine mondial.
Comme quoi, les généraux pensaient montrer leur domination ou la manifestation passagère d’une victoire en détruisant le pont et tout le quartier dont ils voulaient éjecter les musulmans, alors qu’un drapeau aurait suffi. Une défaite cuisante.
Clearstream : une image
L’image de la semaine n’est pas celle que vous croyiez : non ce n’est pas la course médiatique à la Justine ! Encore que cette image-là n’était pas sans signification sur l’état des priorités de l’information. Mais donc l’image de la semaine est celle d’un homme en colère. Colère feinte ou réelle ? Allez-savoir ! C’est en tous cas une image recherchée, fabriquée, mise en scène jusque dans les derniers détails malgré le désordre ambiant qui régnait en début de semaine dans les couloirs du Palais de Justice de Paris pour l’ouverture du procès Clearstream, cette sombre affaire de listes trafiquées de comptes bancaires à l’étranger. Cette image, donc : la crinière flamboyante, entouré de femme et enfants, l’ancien premier ministre et principal inculpé lançait telle une gasconnade son défi guerrier. « Je suis ici par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy et j’en sortirai libre et blanchi par le peuple français » s’écriait Dominique de Villepin. (Lire la suite…)
Des mal-aimés
Conteur doué d’origine turque et vivant à Genève, l’auteur Metin Arditi confirme son talent dans un roman fragile et bouleversant, « Loin des bras » publié chez Actes Sud. L’histoire se passe à la fin des années 50 au bord du lac Léman dans un luxueux pensionnat pour gosses de riches, l’Institut Alderson. L’école vit des moments difficiles et pourrait changer de propriétaire, ce qui inquiète plus d’un professeur. (Lire la suite…)
Titres bizarres et noms à retenir
L’Espagnol Alberto Torres-Blandina et l’Américain Brock Clarke se préparent un avenir littéraire radieux. Leurs premiers romans respectifs, Le Japon n’existe pas et Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre sont tout à fait savoureux.
Que dissimule le titre du roman de Torres-Blandina, Le Japon n’existe pas? Sans exagérer: une merveille. Le narrateur est balayeur dans un aéroport international à six mois de la retraite. Aux autres employés de ce lieu de transit, mais surtout aux passagers, dont certains sont des habitués, il raconte des histoires vécues, arrivées à ses connaissances ou entendues, qui sont autant de prétextes à des réflexions sur la condition humaine. (Lire la suite…)
Des nouvelles de Maître Berenboom
Auteur de huit romans, Alain Berenboom publie en ce mois de septembre un recueil de nouvelles aux éditions du Cri, Le Maître du savon. Des nouvelles anciennes et plus récentes – certaines avaient déjà fait l’objet d’une publication sous le titre de L’Auberge espagnole et autres histoires belges – qui offrent à voir un pan de l’histoire de sa famille à Schaerbeek où son père était pharmacien. (Lire la suite…)
Voix pudiques
Je ne sais pas si les livres de Pierre Charras et Michèle Lesbre tranchent parmi ceux de la rentrée, il y a de tout et il faudrait avoir tout lu, mais ces nouvelles pierres délicatement posées sur un chemin qu’ils tracent avec une obstination talentueuse depuis des années souffrent d’être ensevelies sous des rocs mal dégrossis mais autrement plus médiatiques.
Pierre Charras, également comédien, est un écrivain précieux. Depuis 1984, il publie des livres porteurs d’une petite musique très personnelle. Le requiem de Franz, qui vient après Bonne nuit, doux prince et Quelques ombres, donne la parole à Schubert qui s’éteint à Vienne à la veille de ses trente-deux ans, frustré de n’être pas reconnu «en-dehors du cercle fort restreint de mes si cher amis qui ont essayé de me protéger du mal que pouvait me faire autrui». (Lire la suite…)
Que du bonheur !
Bien sûr les salopards continuaient à voler bas et désespéraient leurs salariés à France Télécom et ailleurs, bien sûr la grippe arrivait et les premiers petits morts s’égrenaient, bien sûr c’était la rentrée et les travailleurs comme les écoliers faisaient un peu la gueule. Pourtant les Français, peuple aussi dépressif que capable de joie, s’offrit une pause providentielle avant d’affronter les périls à venir.
D’abord, dans un rapport remis au Lider Minimo, le prix Nobel Joseph Stiglitz nous promettait de mesurer le Bonheur national brut et d’oublier un peu le sinistre PIB. La politique comme instrument de la recherche du bien-être, c’était bon de revenir à une idée révolutionnaire.
Ensuite, les Français se découvraient aimés de la fortune. Non seulement la crise était derrière nous comme le clamaient Les Echos, mais individuellement, de belles histoires donnaient de l’espoir à tous ceux qui tiraient encore le diable par la queue : des copains du sud se partageaient les 100 millions du loto européen, et une brave femme de Dieppe, Jeannine, morte sans héritier, avait dispersé ses 280.000 € d’économies à ses commerçants et chauffeurs de bus préférés. (Lire la suite…)
De là-haut à ici-bas
Tandis que Sylvain Estibal nous entraîne dans l’espace avec Eternel, Denis Lachaud nous ramène les pieds sur terre dans Prenez l’avion. Retour sur deux enthousiasmants voyages littéraires parus au printemps derniers chez Actes Sud.
C’est par le biais de Théodore Monod que Sylvain Estibal a faits ses premiers pas éditoriaux, signant successivement à la fin des années 1990 un beau-livre sur «l’arpenteur du désert» puis un livre d’entretien avec le vieil homme. Il est resté dans le Sahara en 2003 en faisant d’un aviateur disparu dans les années 1930 au cœur de cette immensité le héros de son premier roman, Le dernier vol du Lancaster, prochainement adapté au cinéma avec Marion Cotillard et Guillaume Canet. (Lire la suite…)
Cerveau littéraire
«Un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer.» Telle est l’étonnante sagesse à laquelle accède Meursault, le personnage solaire de L’étranger de Camus. C’est une autre manière de dire que le souvenir nourrit l’imagination et que celle-ci permet de tuer le temps ou d’écrire des livres. Ou encore, de rappeler cette évidence, qu’il n’y aurait aucune œuvre sans l’extraordinaire alchimie qui se produit dans notre cerveau. Des images parfois floues, des mots parfois déformés, des sons parfois brouillés, des souvenirs plus ou moins précis… tous les ingrédients qui permettent aux écrivains de construire une réalité ô combien plus cohérente que celle dans laquelle nous sommes contraints de vivre, mieux organisée, sans temps mort ni événements inutiles ou insignifiants ! (Lire la suite…)
La simplicité volontaire
« La simplicité est l’habit de la perfection. », a écrit Wladimir Wolf-Gozin.
Qu’est-ce que ça veut dire ? Et d’abord, c’est qui, ce type ? Avec un nom comme ça, on ferait bien de réfléchir à deux fois avant de parler de simplicité, vous ne trouvez pas ?
Rien de tel que la simplicité, me disait récemment le comte Aldo-Ladislas-Raymond-Marie de la Poudrière du Mont Joli en rentrant sa Rolls dans la cour de son château. Il venait de revendre sa Bentley, c’est vous dire combien il est simple, et il envisageait de louer pour un prix modique à sa bonne son petit appartement de 240 mètres carrés sur la promenade des Anglais. Laquelle est devenue, selon ses propres mots, beaucoup trop populaire, ce qui, sans doute, est le contraire de la vraie simplicité, quoi, non ? (Lire la suite…)
Le temps de l’innocence
Le lancement d’une (nouvelle) intégrale des Beatles en C.D. provoque un engouement que l’admirable orchestration de la campagne de pub ne suffit pas à expliquer. Ni la nostalgie de ceux qui ont aujourd’hui soixante-quatre ans, comme le chantait il y a peu un Paul Mc Cartney sexagénaire mi-pathétique, mi-ironique.
Bien sûr, les babas devenus papas cools écoutent une dernière fois leurs cheveux pousser au rythme de paroles qu’ils sont seuls à comprendre (« You don’t know how lucky you are boy/Back in the U.S. Back in the U.S. Back in U.S.S.R.”). Et les Bobos, se battent pour exhiber dans leur 4×4 la série limitée en mono. Bon, voilà pour les amateurs de collectors.
Mais, les filles et les gars de quinze, de vingt ans, pourquoi se passionnent-ils autant pour des mélodies d’un groupe dissous depuis quarante ans ? Plus que la plupart de leurs parents, à vrai dire. (Lire la suite…)
Rentabilité, souffrance et suicide au travail
L’ouverture d’une ligne verte où l’on trouvera des psy extérieurs à l’entreprise et la suspension jusqu’à la fin octobre des mutations : voilà la réponse du PDG de France Telecom à la vague de suicides – 24 en 18 mois- qui se multiplient dans son entreprise. On ne sait s’il faut évoquer le dérisoire ou le cynisme de la réponse qui survient après un long déni du drame qui se joue à France Telecom. Et en tous cas ce ne sera pas suffisant pour enrayer cette souffrance au travail portée jusqu’à l’extrême. Car ce sont les fondements mêmes de l’organisation du travail qui sont en cause. Depuis sa privatisation en 1996, France Telecom a supprimé 70.000 emplois – dont 22.000 dans les trois dernières années- et a modifié profondément le cadre de son organisation avec pour but exclusif une rentabilité maximale dans un contexte de concurrence forcenée. (Lire la suite…)
La musique de l’amour
La double vie d’Anna Song, Minh Tran Huy, Arles : Actes Sud, 2009. 188 p. 18 €
L’amour peut-il justifier les mensonges ? Tel pourrait être la question posée par ce beau roman, qui raconte l’ascension tardive d’une pianiste recluse, plus encore que Glenn Gould, luttant contre le cancer et enregistrant, pour la maison de disque de son mari, plus de 100 CD, tous salués par la critique. Jusqu’au jour où, après sa mort, on découvre la supercherie… (Lire la suite…)
À vos souhaits !
Un énorme « Atchaoum ! » comme dirait le capitaine Haddock en déchirant sa tente en plein blizzard dans Tintin au Tibet – cette citation minimale et approximative n’étant qu’un prétexte pour dire ma solidarité avec le reporter et avec le Congo au moment où l’on fait mine de découvrir qu’on pouvait être « raciste » en ce temps-là. Sans blague ? Eh oui, que voulez-vous, les grands classiques ont ceci de gênant qu’ils nous rappellent un temps où personne ne pensait comme nous aujourd’hui. « C’est même à ça qu’on les reconnaît », autre grand classique qui ressort en ce moment, et que je ne vous ferai pas l’injure de situer. (Lire la suite…)
Quatre livres (récents et plus anciens) à se mettre sous la dent…
Enfin de retour sur ce blog après deux mois d’absence! Un éloignement bénéfique : l’été fut riche en lectures diverses. Voici quatre livres à découvrir sans tarder: L’énigme du retour, Tu ne jugeras point, L’Homme qui valait 35 milliards et enfin un classique d’entre les classiques La Conjuration des imbéciles. (Lire la suite…)

