Derrière les fausses apparences

Il faut se remettre de cette dernière rentrée littéraire… D’abord, l’avalanche de sujets dominants : des couples qui se croisent, se décroisent, se font, se défont, trois p’tits tours et puis s’en vont ; des nombrils et des sexes égotiques, encore et toujours ; des trois fois rien sur pas grand-chose, promus à renfort de copinages et de relations…
Avec l’apothéose du n’importe quoi : la promotion par tribunaux interposés (un classique depuis quelques années, et certains diront même que c’est Flaubert et Baudelaire qui ont inventé le concept, lorsque “Madame Bovary” et “Les fleurs du mal” furent condamnés pour pornographie) du dernier opus de Beigbeder, et celle par presse pipole (et autre) du dernier délire d’un ancien président qui nous impose de prendre ses délires pour des œuvres d’art et sa prostate pour une lanterne de la littérature moderne – avec tout ça, ajoutons que VGE siège à l’Académie, ce qui n’est pas pour raviver le “prestige” d’une institution où, comme le disait l’autre, ils sont quarante à penser comme un. On parle donc d’un roman pour un chapitre qui ne s’y est trouvé, brièvement, que pour susciter la polémique (et quelle polémique ! Un voyou doré qui se jette une ligne de coke et se retrouve au commissariat, l’horreur intégrale, la honte de la démocratie…); et d’un autre, pour des amours qui n’ont pas existé. (Lire la suite…)

De la Dame de fer à la Dame en Plavsic

En d’autres circonstances, j’aurais pu la croiser au GB. On aurait parlé de petits pois ou d’épinards. Vous avez essayé la nouvelle préparation avec de la mascarpone ? Formidable ! Fer plus mascarpone, on se sent plus fort que Popeye ! Justement, on l’avait surnommée la dame de fer, cette bonne dame, Biljana Plavsic, à l’époque où elle était l’homme de main de Radovan Karadzic avant de lui succéder à la présidence, sur la pression des Occidentaux. En récompense de quoi ? Entre 1992 et 1995 la guerre civile de Bosnie Herzégovine a laissé cent mille morts sur le carreau.
A l’époque, madame Plavsic disait que le « nettoyage ethnique des non Serbes est un phénomène naturel et non un crime de guerre ». Elle disait aussi que si six millions de Serbes doivent succomber dans cette lutte, il en restera toujours six millions pour cueillir les fruits de la lutte. En entendant ça, Milosevic s’était écrié que madame Plavsic « est bonne pour l’hôpital ». Un fin connaisseur, cet homme-là. (Lire la suite…)

L’identité nationale selon Sarkozy

Le procédé n’est pas nouveau. Durant la campagne présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy avait largement et efficacement instrumentalisé le concept d’identité nationale à la fois pour attirer les voix du Front National et pour embarrasser une gauche divisée sur la question. Le futur président avait alors annoncé la création d’un ministère de l’identité nationale et de l’immigration. Car il s’agit bien pour la droite sarkozienne, comme pour l’extrême-droite, d’opposer les deux termes. Et aujourd’hui, c’est donc Eric Besson, le transfuge socialiste qui est le titulaire de ce ministère. C’est donc lui qui a annoncé la relance du débat sur l’identité nationale. (Lire la suite…)

Les chroniqueurs, ces braves types

BERTRAND_Sales_ptLes autres, c’est rien que des sales types, Jacques A. Bertrand, Paris : Julliard, 2009. 134 p. 15 €

L’art de la chronique est un art difficile. Jacques Bertrand l’illustre avec panache dans le cadre de l’émission de France Culture des « Papous dans la tête ». J’aime bien Jacques Bertrand. Il pratique la brièveté, l’humour noir, l’émotion pudique et la justesse de l’analyse avec cette aisance derrière laquelle se cache un grand travail.
Quels sont ces autres qui, à en croire le chroniqueur, ne seraient que des sales types ? (Lire la suite…)

Pinacle

Pina BauschEn guise de première contribution à ce blog (et avant d’en venir inévitablement à l’énumération, au fil des prochaines, des symptômes toujours plus lourds du manque d’élégance et de substance de la période actuelle (encore plus si on la mesure en termes d’enjeux), je souhaite mettre en exergue un fait qui, sous les dehors d’une simple anecdote liée à la création d’un spectacle, en dit long sur l’humanité prise par le bout de la réconciliation.
Il y a quelques mois, une grande dame, Pina Bausch, est décédée. Si cette annonce n’est pas passée totalement inaperçue, les échos en ont été fort atténués par la disparition (autrement plus importante pour la société des apparences) à peu près concomitante d’un vague (selon mon point de vue) chanteur dont on nous rebat les oreilles depuis lors – comme s’il fallait lui assurer une postérité à grands coups d’opérations de marketing et de révélations calibrées sur les différents stades de sa dégénérescence. (Lire la suite…)

Le prince et le dindon

« I do not want a victory stained by doubt », Sarkozy said. Quel haut fait méritait que le président se trouve à la Une du New York Times électronique ? Il fallait lire plus avant pour se rendre compte que le Sarkozy cité par le prestigieux journal était Jean Sarkozy. Dans la dynastie de la Première famille, ils avaient trouvé le fils plus intéressant que le père. Ils ne se trompaient pas.
Ramené à la raison par les conseillers du Château, la sollicitation de son père et surtout son propre raisonnement et son propre quant à soi, Jean Sarkozy, sorte de Lucky Luke encore pied-tendre, prince Jean pour les non intimes, avait renoncé à briguer la charge de président de la Défense lors d’une déclaration surprise à la télévision. (Lire la suite…)

Ces grands malades

Elle a quarante-deux ans, est mère de deux adolescents, habite dans une banlieue lointaine un appartement semblable à tous les autres dans une barre appelée grand ensemble, que son mari a déserté il y a quelques années pour rejoindre une jeunette. Elle ne l’a pas remplacé, faute de temps disponible. Et d’ailleurs, elle est déjà un peu trop enrobée, un peu trop fanée, pas un vrai canon. Quand elle avait vingt ans, tous les mecs lui tournaient autour. Et puis la vraie vie est arrivée, pas d’un coup, mais insidieusement, et elle s’est retrouvée hors du coup.

Elle est caissière dans une grande surface, comme on dit, à l’autre bout ou presque de l’agglomération. Pour s’y rendre, elle prend un bus puis le métro. (Lire la suite…)

La bibine comédie

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On ne boit pas les rats-kangourous, Estelle Nollet, Paris : Albin Michel, 2009. 328 p. 20 €

Voilà un premier roman extraordinaire qui tranche par sa qualité et son originalité dans cette rentrée plutôt médiocre ! Une fable, une parabole. Dans un trou perdu, des hommes et des femmes, tous arrivés là à cause d’une sourde culpabilité, et incapables de quitter ce qui ressemble à l’Enfer de Dante. Leur seule divinité : la (pas dive) bouteille. Bourrés du matin au soir pour tromper l’ennui et l’angoisse. (Lire la suite…)

Big Bande

Oufti, Didgé ! Quelle semaine ! Sur la photo, tu assures, je le reconnais. Mais, faut avouer que t’es un peu figé. Genre le mec qui peut pas sourire parce que ses lèvres sont gercées. Faut te détendre, mon vieux ! Tiens, tu connais celle du fou qui repeint son plafond en bleu ?
Quoi la lettre ouverte ? Ne te fais donc pas tant de soucis. Tu te demandes pourquoi elle était ouverte leur lettre ? Réfléchis, toi qui comptes tes sous toute la journée : l’envoyer en pli fermé était plus cher. Ca devrait te rassurer si tes ennemis en sont à mégotter sur le prix du timbre. A propos de timbré, écoute un peu l’histoire du fou qui repeint son plafond … (Lire la suite…)

Optimisme malgré tout

Laferrière-c+bandeCe qui est étrange, dans le nouveau roman de Dany Laferrière, L’énigme du retour, c’est l’image que donne l’écrivain de son île natale: malgré la violence, le chômage, la misère, il y règne une énergie incroyable, notamment artistique. Ce qui ne manque pas de l’étonner lui-même, lui qui a dû s’exiler et vit désormais à Montréal: «Les Haïtiens devraient être désespérés et ils ne le sont pas. Au lieu de montrer la réalité désolante, les peintres décrivent une nature luxuriante, des couleurs éclatantes, un pays vivable et vivant. C’est parce que, m’a expliqué l’un d’eux, jamais les gens n’accepteraient de mettre dans leur salon ce qu’ils peuvent voir par la fenêtre.» (Lire la suite…)

Sarkozy : l’activisme, les privilèges et les inégalités

« La conversation nationale commence à nous échapper un peu », la jolie phrase est de l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Vous vous souvenez, celui qui avait opposé « La France d’en haut » à la « La France d’en bas », sans en tirer vraiment les conséquences d’ailleurs. Mais donc, dit Raffarin « la conversation nationale commence à nous échapper un peu » : traduisez Nicolas Sarkozy qui depuis le début de son mandat a imposé à marches forcés son propre agenda politique est en train de perdre la main. En tous cas, la superbe de son hyperactivisme qui lui tient lieu de ligne politique prend des coups. (Lire la suite…)

Sulfureux Weegee

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Drôle de bonhomme que cet Arthur Fellig, alias Weegee !

Né en Autriche en 1899 et immigré aux Etats-Unis à l’âge de dix ans, le jeune Arthur a tôt fait de se passionner pour la photographie. Très rapidement, il hante le QG de la police de Manhattan d’où il couvre les faits divers les plus sordides pour différentes feuilles de chou new-yorkaises. Il se fait un nom dans le photojournalisme, et est bientôt reconnu comme LE photographe du crime en ces temps de dépression. (Lire la suite…)

La magie des livres audio

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J’ai déjà expliqué combien j’appréciais les livres audio. J’ai découvert ceux-ci d’abord avec Harry Potter, magnifiquement lu par Bernard Giraudeau (mais hélas, pourquoi reste-t-on bloqué au 4e volume ?). Puis, ce fut, aux éditions belges Autrement dit, la découverte du magnifique Trois Mousquetaires, magistralement lu par Carré. Mais jusqu’à il y a peu, ce type de publication restait marginal et, pour la plupart des gens, destiné aux malvoyants. (Lire la suite…)

BHV : vivement les soldes (le retour) !

Il y a presque 5 ans déjà, j’écrivais dans les colonnes du Soir : « BHV, vivement les soldes ! » En cette année anniversaire (les 175 ans de la Belgique, les 25 des institutions fédérées), je m’étais amusé de ce que les couloirs du métro parisien, à travers une publicité, offrent une déclinaison insolite à ce qui était en train de devenir un des problèmes majeurs de notre petit pays.
Du grand magasin parisien à la kermesse belge, BHV permet en français quelques jeux de mots bilingues significatifs, grâce au « h » central – une lettre, une hache. Pour les francophones, à rebours de l’acronyme, c’est bien VHB : Vlanderen hache la Belgique. Et l’inverse semble prévaloir pour les néerlandophones. Brader un pays ou solder une querelle, il faut trancher… (Lire la suite…)

Le paysage est une partie de moi et comme moi, il peut changer

Chaque Partie s’engage :

à reconnaître juridiquement le paysage en tant que composante essentielle du cadre de vie des populations, expression de la diversité de leur patrimoine commun culturel et naturel, et fondement de leur identité ;
à définir et à mettre en œuvre des politiques du paysage visant la protection, la gestion et l’aménagement des paysages par l’adoption des mesures particulières visées à l’article 6 ;
à mettre en place des procédures de participation du public, des autorités locales et régionales, et des autres acteurs concernés par la conception et la réalisation des politiques du paysage mentionnées à l’alinéa b ci-dessus ;
à intégrer le paysage dans les politiques d’aménagement du territoire, d’urbanisme et dans les politiques culturelle, environnementale, agricole, sociale et économique, ainsi que dans les autres politiques pouvant avoir un effet direct ou indirect sur le paysage. (Lire la suite…)

Maladies honteuses

Le Beau pays se croyait très fort : la pandémie ? Une incantation ministérielle, quelques mandarins à la radio, et on apprenait finalement un mercredi que la peste A, c’était fini. Quoi ? avant même d’avoir commencé ? Oui, alors même que le personnel médical commençait de s’auto-seringuer, la France se croyait immunisée.
Elle s’était bien fait peur aussi avec la « crise » mondiale. Heureusement Lider minimo avait fait le maximum, et quelques mois à peine après l’alerte, c’était fini aussi ; les pauvres de plus en plus pauvres, les chômeurs avec de moins en moins de travail, et les riches s’enrichissaient à nouveau de façon éhontée et sans complexe. Les bonus des traders atteignaient de nouveau des sommets tandis que les statistiques révélaient qu’1 milliard d’humains avaient faim dans le monde. La France, elle, se portait bien. (Lire la suite…)

Parce que l’histoire est impuissante

TESSARECH_Sentinelles_ptLes sentinelles, Bruno Tessarech, Paris : Grasset, 2009. 378 p. 20 €

On croit tout savoir sur la Seconde Guerre et la Shoah, et pourtant, on se trompe. On ne saura jamais tout. Dans “Les Sentinelles”, l’auteur, un historien, recourt au roman pour essayer de comprendre l’impuissance de ceux qui ont été témoins de l’horreur et n’ont pas su modifier le cours des événements. Allemands, Français, Américains, Anglais. Et à travers Roosevelt, il apporte un élément crucial pour comprendre en quoi Hitler était bien le mal absolu : l’adoption d’une position morale – à savoir voler au secours des Juifs dans les camps – aurait conduit à une victoire militaire des nazis. La perversion hitlérienne est telle qu’elle a rendu ses adversaires complices de son pire crime. (Lire la suite…)

Un moment de grâce

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(Ma toute première livraison de cette chronique, le 11 mars 1999, s’intitulait « Un moment de bonheur ». Cette fois, c’est de grâce qu’il s’agit. On reste dans le même paradigme, comme disent les linguistes.)

En 1949, Willy Ronis, l’immense photographe qui vient de nous quitter à l’âge de 99 ans, bricolait ce jour d’été au grenier de la petite maison qu’il occupait à Gordes, en Haute-Provence, avec Marie-Anne, sa femme. Alors qu’il venait prendre une truelle restée au rez-de-chaussée, il la découvrit, nue, occupée à s’ébrouer dans une simple cuvette, les pieds posés sur une espèce de claie, face à un lavabo rudimentaire. Rien dans le décor n’évoquait le luxe. On pense à un Bonnard de campagne, par une belle après-midi de franc soleil. (Lire la suite…)

Paysage avec la chute d’Icare

« Paysage avec la chute d’Icare » est le titre d’un célèbre tableau de Breughel. (C’est aussi le titre sous lequel Pierre Mertens vient de regrouper en un seul volume ses deux premiers romans et ses nouvelles qui forment une étonnante et magique continuité.)
Rappelez-vous la scène immortalisée par Breughel. Tout semble d’une extraordinaire sérénité. Un cultivateur trace son sillon, penché sur sa charrue. Un gardien de moutons médite au milieu de ses bêtes. En contrebas, sur la mer, vogue joyeusement un navire. Il faut être très attentif pour repérer un détail minuscule, les jambes d’un type en train de couler. Les autres personnages lui tournent le dos. Personne n’a compris l’événement qui vient de se produire : la chute d’Icare. Un détail dans le paysage.
Comment ne pas penser à cette scène à propos de la mort du cycliste Frank Vandenbroucke ? Deux saisons de rêve l’ont fait planer (Liège-Bastogne-Liège, Paris-Nice) avant la chute, les ailes brûlées par le soleil. (Lire la suite…)

Lire Benoît Peeters

peetersIl faut lire Benoît Peeters qui est le prototype même du «bon» intellectuel. Il a la réflexion vive, pointue, pertinente, rigoureuse, traduite dans un style fluide, limpide mais jamais creux, et qui ne se regarde écrire comme nombre d’écrivains français illisibles à force de considérations ronflantes, ce qui rend ses textes tout à fait passionnants. Les trois pages qu’il consacre ce mois-ci à Roland Barthes, dont il fut proche, dans le numéro du Carnets & les Instants (la revue de la Promotion des Lettres belges) sont à ce titre exemplaires. Avec un constant humour sous-jacent, il ressuscite avec tendresse et émotion ce personnage emblématique d’une époque. Comme il le fait également au début d’Ecrire l’image, ouvrage paru il y a quelques mois aux Impressions Nouvelles, maison d’édition qu’il a fondée avec deux amis en 1985 et qu’il continue à diriger. (Lire la suite…)