Derrière les fausses apparences
Il faut se remettre de cette dernière rentrée littéraire… D’abord, l’avalanche de sujets dominants : des couples qui se croisent, se décroisent, se font, se défont, trois p’tits tours et puis s’en vont ; des nombrils et des sexes égotiques, encore et toujours ; des trois fois rien sur pas grand-chose, promus à renfort de copinages et de relations…
Avec l’apothéose du n’importe quoi : la promotion par tribunaux interposés (un classique depuis quelques années, et certains diront même que c’est Flaubert et Baudelaire qui ont inventé le concept, lorsque “Madame Bovary” et “Les fleurs du mal” furent condamnés pour pornographie) du dernier opus de Beigbeder, et celle par presse pipole (et autre) du dernier délire d’un ancien président qui nous impose de prendre ses délires pour des œuvres d’art et sa prostate pour une lanterne de la littérature moderne – avec tout ça, ajoutons que VGE siège à l’Académie, ce qui n’est pas pour raviver le “prestige” d’une institution où, comme le disait l’autre, ils sont quarante à penser comme un. On parle donc d’un roman pour un chapitre qui ne s’y est trouvé, brièvement, que pour susciter la polémique (et quelle polémique ! Un voyou doré qui se jette une ligne de coke et se retrouve au commissariat, l’horreur intégrale, la honte de la démocratie…); et d’un autre, pour des amours qui n’ont pas existé. (Lire la suite…)




Ce qui est étrange, dans le nouveau roman de Dany Laferrière, L’énigme du retour, c’est l’image que donne l’écrivain de son île natale: malgré la violence, le chômage, la misère, il y règne une énergie incroyable, notamment artistique. Ce qui ne manque pas de l’étonner lui-même, lui qui a dû s’exiler et vit désormais à Montréal: «Les Haïtiens devraient être désespérés et ils ne le sont pas. Au lieu de montrer la réalité désolante, les peintres décrivent une nature luxuriante, des couleurs éclatantes, un pays vivable et vivant. C’est parce que, m’a expliqué l’un d’eux, jamais les gens n’accepteraient de mettre dans leur salon ce qu’ils peuvent voir par la fenêtre.» 




Il faut lire Benoît Peeters qui est le prototype même du «bon» intellectuel. Il a la réflexion vive, pointue, pertinente, rigoureuse, traduite dans un style fluide, limpide mais jamais creux, et qui ne se regarde écrire comme nombre d’écrivains français illisibles à force de considérations ronflantes, ce qui rend ses textes tout à fait passionnants. Les trois pages qu’il consacre ce mois-ci à Roland Barthes, dont il fut proche, dans le numéro du Carnets & les Instants (la revue de la Promotion des Lettres belges) sont à ce titre exemplaires. Avec un constant humour sous-jacent, il ressuscite avec tendresse et émotion ce personnage emblématique d’une époque. Comme il le fait également au début d’Ecrire l’image, ouvrage paru il y a quelques mois aux Impressions Nouvelles, maison d’édition qu’il a fondée avec deux amis en 1985 et qu’il continue à diriger.