Nos proches si lointains (en poche)

L’homme barbelé, Béatrice Fontanel, Paris : LGF, 2010. 294 p. (Le livre de poche). 6 €

Comment écrire un roman sur un homme aussi antipathique, aussi dur envers les siens que ce Ferdinand, héros en 14-18 et mort à Mathausen en 1944 ? Mission apparemment impossible à laquelle s’attelle pourtant la narratrice, à travers une enquête méticuleuse auprès des enfants de Ferdinand – enfants devenus vieillards –, et sur les lieux des guerres menées par ce disparu toujours si lourdement présent, ce “monstre familier” qu’il faudrait comprendre à défaut de pouvoir l’aimer. Un homme prêt à tout pour ses camarades, pour des inconnus ; prêt à rien, sinon la haine, pour sa famille. Un fou de guerre que les combats et les ensevelissements de copains morts ont vidé de son âme. Ferdinand, plus fidèle aux morts qu’aux vivants. (Lire la suite…)

On nous cache tout

Quelle bonne idée a eu Jacques Dutronc de remonter en scène avec les bijoux que lui avait ciselés jadis Jacques Lanzmann ! Indémodables ! Reprenez donc en chœur « On nous cache tout, on ne nous dit rien » et c’est l’actualité de la semaine qui défile et passe à la moulinette. Le réchauffement climatique, par exemple. Avec l’acquittement de Villepin, c’est sûr que la planète va encore gagner quelques degrés. Entre le président Sarkozy et l’ex mentor de Chirac, le thermomètre risque même d’exploser.
Nicolas Sarkozy l’avait pourtant annoncé dans son interview télévisé de septembre dernier : les « coupables » de l’affaire Clearstream seront traînés devant le tribunal correctionnel. Le spectre de la peine de mort n’était pas loin. Résultat, patatras ! Les coupables du président sont les innocents des magistrats. (Lire la suite…)

En souvenir de Camus

La France a la fibre commémoratrice (d’autres pays aussi sans doute) et on ne devrait jamais s’en plaindre, c’est à chaque fois l’occasion de remettre en lumière un écrivain et donc de rééditer ses livres ou d’en publier de nouveau à son sujet. Albert Camus, mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, ne pouvait évidemment pas y échapper (célébration d’ailleurs anticipée par Sarkozy avec l’histoire du transfert de ses cendres au Panthéon). Donc: réédition de romans, essais, pièces, nouvelles mais aussi Carnets. Plus quelques livres hommages et hors-série fort bien faits (notamment ceux de Télérama et du Magazine littéraire). (Lire la suite…)

Proche Orient : que fait Obama ?

Un an après son accession au pouvoir, les bilans de la présidence Obama sont souvent à la mesure des espoirs que sa victoire avait suscités. Ils sont donc normalement et parfois injustement sévères. Mais s’il est un domaine où les critiques se justifient, c’est bien celui du Proche Orient. Dès le début de son mandat Barack Obama avait insisté sur la centralité du conflit israélo-palestinien, l’importance du rôle américain et le caractère illégitime des colonies de peuplement. Douze mois plus tard, ces bonnes intentions sont restées sans effet. Et on peut même dire que la situation s’est aggravée : plus que jamais le gouvernement israélien poursuit sa politique expansionniste au mépris du droit international, maintient dans des conditions inhumaines les Palestiniens prisonniers sur leurs propres terres et cela sans que cela provoque une véritable réaction américaine. Cette impuissance et/ou manque de volonté inquiète aux Etats-Unis mêmes. Ces derniers jours deux voix américaines particulièrement autorisées se sont manifestées dans ce sens. (Lire la suite…)

Good news – 1

Notre vie peut devenir magique à tout moment!

Présomption d’innocence

Je n’éprouve aucune sympathie pour Monsieur Richard Fournaux, sénateur-bourgmestre de Dinant, ou plutôt pour son personnage, tel que les médias le donnent à voir, car je n’ai pas l’heur de le connaître personnellement. Ce personnage me déplaît, non pas parce que les idées politiques qu’il est censé défendre et illustrer ne sont le plus souvent pas les miennes, mais parce que je le trouve vulgaire. Je déteste la vulgarité, mais je ne vous raconterai pas aujourd’hui ce que j’entends par ce mot. Jugez sur pièces, le personnage passe souvent à la télé.

M. Fournaux a maille à partir avec la justice, et vient de se faire renvoyer en correctionnelle pour une obscure (pour moi) histoire de casino remontant à une dizaine d’années. Coupable ou non coupable ? Seule la justice en décidera, éventuellement après appel. Jusqu’à ce moment de décision irrévocable, personne n’a le droit de se prononcer. On peut avoir son opinion sur la chose, mais cette chose relève des tribunaux, et nul autre lieu de décision. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 7

Jeudi soir, lors de la générale de Mons, tout est encore aléatoire. Marie-Jeanne est partie trois jours auparavant : la séquence des deux commères qu’elle formait avec Carla, qui revenait plusieurs fois dans le spectacle, doit être abandonnée – une variante avec Carla et Maman Marie, testée pour l’occasion pour achever le spectacle s’avèrera infructueuse. Ewoud apporte son énergie au rôle du meneur de jeu, pour remplacer Walid lors de la première ; Jean-Pierre, qui prend le relais de Marie-Jeanne, apporte sa stature. (Lire la suite…)

Tabou

Quels trésors de persuasion faudra-t-il dans le futur à une minorité ne créant rien mais possédant toutes les richesses, pour soustraire celles-ci aux convoitises des multitudes qui en sont spoliées par la ruse plus encore que par la force ? Il semble que l’Occident, tout occupé à ses tâches digestives, ne dispose plus même des facultés mentales nécessaires pour poser cette question.

Où en sont l’esprit, la pensée, les idées de l’androïde contemporain, lesté de ses prothèses intelligentes ? Pendant vingt siècles, il fit partie d’un troupeau n’ayant eu pour s’orienter que la Parole du berger. (Lire la suite…)

Appel à M. le Premier Ministre

Ainsi, notre Premier ministre a changé. Il procède désormais par priorités. Fini les tâtonnements, l’agenda brouillon. Avant toute chose, a-t-il déclaré, il s’agira de tout mettre en œuvre pour lutter contre les effets désastreux de la crise économique. Excellente idée ! L’emploi, le pouvoir d’achat, la sécurité, une juste redistribution des richesses nous paraissent en effet des thématiques importantes.
Mais, parallèlement à cette résolution, M. Leterme s’est aussi montré soucieux, ces derniers jours, d’œuvrer à l’apaisement communautaire. Il faudra y venir, a-t-il rappelé, mais chaque chose en son temps. (Lire la suite…)

Dans la vie, faut s’en faire

La France en avait fait assez pour demeurer à ses yeux sinon aux yeux du monde, une héroïne de la cause des peuples. Son dernier fait d’arme humanitaire pendant la dernière phase de sauvetage après le séisme de Haïti avait été repris partout : c’était ses secouristes à elle qui avaient sauvé le dernier survivant de la catastrophe monstre aux plus de 150.000 morts. Il s’appelait Wismond Exantus, il avait 24 ans, il était le 133ème et ultime rescapé, 11 jours après le Jour fatal. Enfin dégagé, il avait expliqué dans un souffle avoir dû sa survie au fait qu’il avait été enseveli dans une épicerie : pendant tout ce temps là, il avait bu du Coca cola (et non pas « une boisson gazeuse » anonyme comme le disaient les radios) et mangé des chips. Ces sacrés Américains, non contents de déployer une incroyable armada, il fallait encore qu’ils viennent gâcher nos victimes à nous en les sauvant par procuration.
Non, le Beau pays n’avait pas à rougir. Sans avoir eu besoin de hisser de grands drapeaux comme les Chinois pour montrer qu’ils étaient là, il avait présenté le visage fraternel, solidaire compétent et parfois charmant de ses femmes dont un sourire adoucissait les chagrins du désastre, de ses médecins, pompiers et secouristes dont le travail acharné faisait oublier qu’ils venaient du pays des 35 heures. (Lire la suite…)

Belgique, LE pays de la deuxième chance

Lorsque Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, écrivait que la communauté française ne voyait pas d’un bon œil Yves Leterme succéder à Herman Van Rompuy, une réaction se fit jour immédiatement en Flandre : une deuxième chance.

Et il n’a pas fallu longtemps pour que la Wallonie semble lui accorder une deuxième chance. Les Francophones auraient-ils ajusté leur opinion, ou Leterme a-t-il fait volte-face et renié tout ce qu’il préconisait ? Maintenant que la Wallonie ouvre ses bras en hésitant, en Flandre, les bras se sont croisés. Même avant que Dehaene ne chante trois fois, Leterme a renié ses engagements antérieurs. C’est quand même dommage qu’il ne puisse pas – et avec lui tout le CD&V – faire du bien aux deux en même temps. (Lire la suite…)

Errare humanum est, perseverare diabolicum

« Un lecteur de la rue Aviateur Huens a reçu deux P.-V. Il estime l’appareil « mal placé ou pas suffisamment indiqué pour faire de la répression loyale ou encore la vitesse n’est pas adaptée à cet endroit qui est en fait une route. » Il dénonce aussi les « 200 euros par infraction. » « Révoltant surtout en période de crise.» Chacun appréciera. » (Lire la suite…)

San José – Costarica

© Ph. Joannès, San José, Costarica

Rayonnement culturel.

Le chroniqueur chroniqué

Avant de décéder en mai 2009, le belge Pol Vandromme a eu le temps de peaufiner Une famille d’écrivains : chroniques buissonnières, essai posthume publié en octobre de la même année. L’ouvrage rassemble plus de quatre-vingt chroniques consacrées à plusieurs grands écrivains. Comment rendre compte, sans le trahir, de l’esprit de celui qui reçut le Grand Prix de la Critique de l’Académie française (1982) et le Prix de la meilleure critique littéraire (1996) ? Lui qui fut salué pour son indépendance d’esprit, et que Bernard Clavel considérait comme « l’un des plus grands critiques de langue française ». (Lire la suite…)

Bastien Vivès, si jeune et déjà grand

Bastien Vivès, qui aura 26 ans dans quelques jours, crée des bandes dessinées qui ne ressemblent pas aux autres. «Crée», c’est vraiment le mot tant il fait preuve d’inventivité, comme le prouvent les deux albums publiés à quelques mois d’intervalles, Dans mes yeux et Amitiéétroite» (en un seul mot), ses quatre et cinquième dans la collection «djeun» de Casterman, KSTR, après notamment Le Goût du chlore qui l’a véritablement révélé en 2008.

Dans mes yeux est un album exceptionnel, au sens propre du terme, qui fait réellement exception. Et pourtant, l’histoire est bête comme chou: un jeune homme rencontre une jeune fille qui prépare son partiel dans une bibliothèque et en tombe amoureux. Ils mangent dans un snack (chinois), vont chez des copains à elle, il l’attend à la sortie du lycée, ils vont au cinéma voir un film noir et blanc (où ils s’embrassent), il va chez elle (et détaille son appartement), ils vont à une boum, au zoo, dans un autre restaurant (plus chic) et finissent par faire l’amour (même si elle n’est pas très sûre de vouloir). (Lire la suite…)

Y être ; le paradoxe de l’exclusivité

En mars 2010, la population du monde sera de 7 milliards. Cette masse croissante suscite des phénomènes d’une autre taille: des méga-films, des méga-concerts, des méga-événements sportifs etc…. Y participer sera difficile, en aura-t-on même envie ? Pourtant, le luxe, pour une série de gens, sera d’y être, mais comme VIP. Tout un marché dans cette masse de monde afin d’échanger le privilège de l’un contre l’argent de l’autre ! Le premium, le gold, le platine, le salon, le club, le coach… bref, l’équivalent des trains première, deuxième, troisième classe. Des cultes vont naître autour de lieux et de moments exclusifs.
D’accord, cela a toujours existé, j’étais à Woodstock, j’ai assisté à l’accident de Sena, j’étais à la cérémonie d’investiture d’Obama… mais tout de même, cela nous promets de beaux pièges en perspective !

Typiquement humain (voire canin)

Je l’avoue, je n’avais jamais lu de livres de Jacques A. Bertrand (c’est quoi ce «A»?), bien que ce romancier jouisse d’une petite notoriété grâce à ses romans, justement, il en a écrit une flopée depuis presque vingt ans, et notamment Les sales bêtes, Prix 30 millions d’amis, et J’aime pas les gens, prix Georges-Brassens (dont par ailleurs je ne sais rien). Mais aussi par sa participation à l’émission de France Culture «Les papous dans la tête». C’est donc assez distraitement (et avec retard, le livre est paru en septembre dernier, mais il y en a toujours qu’on oublie, on ne sait pourquoi) que j’ai ouvert Les autres, c’est rien que des sales types – décidemment, ses titres! – et je ne l’ai refermé qu’une fois terminé. (Lire la suite…)

Le point G

Beaucoup de concitoyens ont été surpris par les déclarations musclées de Laurette Onkelinx lors de l’accession de Mgr Léonard à l’archevêché de Bruxelles-Malines. Sa nomination pourrait « remettre en cause le compromis belge », a-t-elle proclamé. Ajoutant que le prélat « avait souvent remis en cause des décisions prises par le parlement belge. » (Lire la suite…)

L’urgence et la dette

C’est un constat cynique et un paradoxe criminel mais si on va au bout de la logique des rapports Nord/Sud et plus largement du capitalisme mondial, on pourrait aboutir à la conclusion que la totalité de l’aide d’urgence accordée à Haïti pourrait infine servir à payer la dette du pays à l’égard d’organismes internationaux comme le FMI ou la Banque Mondiale. Bien sûr il n’y a pas d’automatisme en la matière et les circuits sont plus complexes. Mais de fait, la situation est bien celle-là si l’on reste dans la logique du fonctionnement actuel. Et c’est bien pourquoi des voix s’élèvent aujourd’hui pour demander l’annulation de la dette d’Haïti. (Lire la suite…)

Faut qu’ça saigne !

L’arrache-cœur, Boris Vian, Paris : Audiolib, 2009. 6 h. 25′ 18 €. Lu par Fanny Cottençon

Je ne me rappelais pas combien Vian pouvait être cruel ! Dans la foulée de L’écume des jours, je lance l’audition de L’arrache-cœur dans la voiture, avec Arthur… qui réclame rapidement l’arrêt de cette histoire terrible ! (Lire la suite…)