28 février 1986, 23 h 21

Le 28 février 1986, à 23 h. 21, le premier ministre suédois, Olof Palme a été abattu au coin de Sveavägen et de Tunnellgatan à Stockholm. Au bout de la rue, il y a une butte au sommet de laquelle on accède par deux escaliers. C’est par là que s’est enfui l’assassin. On ne l’a jamais retrouvé. Le crime impuni laissera autant de cicatrices, d’interrogations, de doutes dans la société suédoise que celui des tueurs du Brabant wallon chez nous. L’homme arrêté par la police et qui a toujours nié sa participation sera acquitté. Comme « notre » bande « des Borains » après un procès d’assises mort-né. Et, comme pour les tueurs du Brabant wallon, on soupçonne l’extrême droite d’être liée au meurtre de Palme. (Lire la suite…)

Au-delà des clichés

Albert Camus, solitaire et solidaire, Catherine Camus, Paris : Michel Lafon, 2010. 205 p. 40 €

Difficile d’imaginer ce que Camus aurait pensé des commémorations qui fleurissent aujourd’hui, cinquante ans après sa disparition prématurée et tragique. Ce qui est sûr, c’est qu’il aurait trouvé la question… absurde. Seule comptait pour lui la vie, la lutte et le bonheur qu’elle offrait. (Lire la suite…)

L’Italie de la corruption

On se croirait dans « Romanzo Criminale », le roman de Giancarlo De Cataldo, porté à l’écran par Michele Placido. La dernière vague de scandales en rassemble tous les ingrédients : fraude fiscale gigantesque, recyclage des fonds de la criminalité organisée où l’on retrouve pêle-mêle maffieux, vieilles connaissances du fascisme subversif, affairistes et hommes politiques corrompus. Et comme toujours dans ces cas-là, la réalité risque de dépasser la fiction. Les affaires qui ont éclaté à Rome cette semaine sont énormes. Les magistrats ont inculpé 56 personnes. Deux sociétés de Teléphonie, la Fastweb et une filiale de Telecom Italie sont soupçonnées d’une fraude fiscale colossale  de 400 millions d’euros et de recyclage d’argent sale pour plus de 2 milliards d’euros. Le tout avec ramification internationale et le concours de la ‘ndrangheta, la maffia calabraise qui aurait récupéré une partie de ces fonds. Une maffia qui, par ailleurs, aurait utilisé cet argent pour organiser l’élection de Nicola di Girolamo, comme sénateur du parti de la liberté de Silvio Berlusconi. (Lire la suite…)

Atlantide

L’Atlantide est-elle autre qu’une triple question jamais posée ?
Sur la scène de l’Atlas, devant l’abîme d’ombre où s’offrent les décombres, malgré moi je grimace.
Rouge est l’écume de la mer des boues déversées par les oueds après le déluge des derniers jours.
On dirait un sang rameuté depuis l’autre rive par les sorcelleries d’Haïti.
Plus loin que l’horizon se cache quelque chose qui est là, devant mes yeux aveugles. Invisible autant que les antipodes. C’est l’Atlantide quotidien. Ce geste, ce mot, ce foulard de femme à chaque instant parlent d’un insondable continent comme d’une musique engloutie. D’où vient-il que mes pas aient pu s’égarer jusqu’ici ? Je veux dire, quelques centaines de mètres en surplomb d’Agadir, face à l’Atlantique, sur ce qui demeure de l’ancienne casbah ravagée par un tremblement de terre il y a – presque jour pour jour – cinquante ans.
Il s’en fallut d’un vaste mouvement de charité internationale, en ce mois de février 1960, pour que les cinquante mille morts fussent rassasiés en vivres, boissons fraîches, vêtements propres, ainsi qu’en bonnes intentions idéologiques…
Surtout, ne pouvait pas être envisagée la question : c’est quoi l’Afrique ? (Lire la suite…)

À propos de toupet et de larmes séchées

Les morts de Buizingen n’étaient pas encore complètement comptés et voici que le pilier de notre VRT nationale exige durant le journal de 8 heures, de manière aggressive et non nuancée, que Inge Vervotte donne les noms des responsables. Comment est-ce possible qu’un journalisme de basse investigation puisse avoir sa chance sur la VRT ? Inge Vervotte, malgré sa colère devant un tel manque de respect et de savoir-vivre, se comporta comme une grande dame. Elle continua à le faire dans toutes les émissions suivantes où les vedettes de Canvas fulminaient encore.  Au diable De Vilder et compagnie, chapeau, petite Inge. Une nouvelle preuve que les gens de petite taille peuvent être grands. (Lire la suite…)

Plus près de toi…

Pascal Verbeken a quasiment mon âge. Il est né à Gand. Il vient de publier un livre, La terre promise (Flamands en Wallonie), où il explique qu’il s’en est fallu de peu pour qu’il soit wallon, et pas flamand ; il aurait suffi que ses grands-parents, à Grammont, suivent le mouvement dominant de migration qui était alors celui des Flamands pauvres vers la Wallonie riche. Raconté comme ça à des jeunes wallons et flamands, cela semblerait surréaliste (un art très belge). Pourquoi pas des Israéliens pacifistes et des Palestiniens ouverts au dialogue ?

De tels Israéliens et Palestiniens existent. Et on peut supputer qu’il y a encore en Belgique quelques citoyens avertis de l’histoire leur « pays » et de son évolution. Comme Pascal Verbeken et Luckas Vander Taelen, lequel a réalisé l’adaptation cinématographique du livre de Verbeken. (Lire la suite…)

Le triomphe de l’énergie pulsionnelle

L’Aquila, dans les Abbruzes, la nuit du 6 au 7 avril 2009, la terre tremble, se lézarde. Bilan : 300 morts, 2000 blessés, 20 000 maisons et immeubles détruits. Une région entière dévastée. Au même moment, à moins de cent kilomètres de là, deux entrepreneurs romains, les sieurs Piscicelli et Gagliardi, rient. Ils rient parce qu’ils savent que plus la terre tremble, plus ils ont de probabilité de s’enrichir. Grâce aux écoutes téléphoniques décidées par le parquet de Florence, voici un extrait de leur conversation de ce matin-là : Piscicelli (P) : Il faut que l’on contacte de suite ceux de la Ferratella, on doit démarrer au quart de tour, c’est pas comme s’il y avait un tremblement de terre par jour (rires) – Gagliardi (G) : T’as raison… – P : Tout de même, pauvres gens… – G : Ok, ça va, ça va… – P : En tout cas, moi, ce matin à trois heures j’étais dans mon lit et je riais, oui, je riais… – G : Oui, moi aussi je riais (rires)… (Lire la suite…)

Indigeste expresso !

Nous vivions une dictature. Faite sur mesure pour celui qui nous dirigeait. La dictature du chrono. Soit faire rentrer le maximum de paroles et d’actions dans un minimum de temps. Haïti, premier voyage d’un président français, parfait. Mais c’était du concentré : quatre heures et demi chrono sur place, charité, tour en hélicoptère (les Français survolaient très bien les catastrophes, ils avaient déjà été les premiers au-dessus du 11 Septembre), et discours compris. Les habitants du Beau pays s’étaient habitués. Leur président ne faisait que des voyages express, confondant la diplomatie avec les guerres éclair ; autant l’audace foudroyante payait dans celles-ci, autant l’agitation était contre productive dans celle-là.

Cette dictature avait des complices, au premier rang desquels les journalistes. A la radio, il n’était pas rare d’entendre  à la fin d’une interview (Lire la suite…)

Les histoires d’amour finissent mal

Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik, Paris : Flammarion, 2010. 188 p. 19 €

Evidemment, avec un titre pareil, même si on ne connaît pas le destin de Stefan Zweig, on se dit qu’on ne va pas lire un roman drôle… Mais le destin d’un des plus grands romanciers du XXe siècle méritait à son tour l’hommage d’une fiction. Fidèle à son sujet, Laurent Seksik se livre à l’exercice périlleux de la biographie qui — de la manière dont l’a remarquablement pratiquée Zweig – livre autant sur le personnage choisi que sur l’auteur. (Lire la suite…)

Masques (4)

© Ph. Joannès

Bas les masques, cette fois ! La fête est finie…

Ou bien… Ou bien…

Dans La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt imagine ce qu’aurait pu devenir Hitler s’il n’avait pas été recalé aux beaux-arts. Dans Smoking / No Smoking, Alain Resnais, adaptant une pièce de l’Anglais Peter Ayckbourn, proposent six fins différentes à partir d’un point de départ commun selon que telle ou telle chose se produise ou non. Viennent de paraître chez Glénat deux très bonnes bandes dessinées reposant sur le même principe, L’alternative et Destins. (Lire la suite…)

Au cœur des ténèbres

Jours de tremblement, François Emmanuel, Paris : Seuil, 2010. 180 p. 16 €

Il y a du Joseph Conrad dans le dernier roman de François Emmanuel, un Conrad qui plongerait dans les ténèbres africains de ce début de XXIe siècle, et non plus aux heures enténébrées de la colonisation. Les Européens pris en otages sur un yacht de plaisance, dans un pays en plein coup d’État, découvrent l’Afrique telle qu’ils ne pensaient pas la visiter – celle des querelles de pouvoir, des guerres fratricides, des relations complexes et parfois sordides avec les anciennes puissances coloniales. (Lire la suite…)

Personnage ambivalent pour roman envoûtant

Sujet ô combien délicat, l’hermaphroditisme est traité avec finesse et bienveillance dans le très joli roman d’Eric Paradisi, Un baiser sous X. On a tous en mémoire le magnifique  Middlesex de Jeffrey Eugenides, on était là dans l’envergure anglo-saxonne avec ces 684 pages de saga polymorphe : récit d’apprentissage, roman épique, comédie. Un texte foisonnant et soutenu.  (Lire la suite…)

Ne dites pas à ma mère que je travaille dans un service public

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Difficile pourtant de ne pas songer avec un peu de regret à l’époque où le service public obéissait à d’autres lois qu’à celles du « marché » (lequel n’a paraît-il rien de commun avec le marché du Midi, sinon on n’en serait probablement pas là). Gestion parfois approximative, lourdeur, bureaucratie, nominations politiques, ce ne sont pas ces maux qui ont usé administrations et « parastataux » (Lire la suite…)

Francesca de Rimini

Auteur d’une dizaine d’ouvrages dont Le Dernier des Mozart, Jacques Tournier sort au Seuil un très beau roman sur l’Italie du 13ième siècle, en plein conflit entre Guelfes et Gibelins. Le podestat de Rimini, Malatesta, n’a de cesse d’envahir Ravenne gouverné par le sage Guido Polenta. Ce dernier comprend que le seul moyen d’empêcher la guerre est de conclure un mariage entre les deux familles ennemies. C’est ainsi qu’il offre sa fille, la ravissante Francesca de Rimini, à Giovanni, le fils aîné de Malatesta, un infirme de naissance terriblement brutal. (Lire la suite…)

Miles, encore et toujours

Est-ce en raison de la superbe exposition que la Cité de la Musique à Paris lui a consacrée durant trois mois, mais il me vient une merveilleuse envie – pour les rares personnes qui ne le connaîtraient pas encore – de proposer la découverte de celui qui immortalise le jazz dans toute sa définition de diversité, de liberté et de qualité; à savoir le trompettiste Miles Davis. (Lire la suite…)

Jusque là, tout va mal

Les heures souterraines, Delphine de Vigan, Paris : Lattès, 2010. 6 h p. (Audiolib ; lu par Marianne Epin). 15 €

Delphine de Vigan a eu un énorme succès avec No et moi, dont je vous avais parlé avec enthousiasme. Ce roman a d’ailleurs été adapté au cinéma. La voici avec Les heures souterraines, un roman sur le harcèlement au travail. Un roman toujours aussi bien mené. J’ai été moins convaincu, mais il faut croire que je me trompe, car l’accueil a été excellent et il s’est retrouvé dans le dernier carré pour le Prix Goncourt. (Lire la suite…)

Cita Verte, un exemple ? (2)

Il est de coutume de célébrer dans nos sociétés l’esprit d’équipe. Ce n’est pas pour rien que le « fouteballe » a autant de succès. Et une équipe gouvernementale, ce n’est pas autre chose qu’une équipe qui tend à vouloir marquer des buts, en favorisant le jeu, mais c’est toujours au dernier, celui qui a le ballon et qui est devant le « goal » d’envoyer au fond des filets. Là, il est seul, devant sa décision.

Cette métaphore « fouteballistique » en fera pleurer plus d’un par son indigence (Lire la suite…)

Hommage à un résistant

Je voudrais vous parler de résistance. Mieux : d’un résistant : Gerardo Vacana, poète, essayiste et traducteur, homme de cœur et de convictions, même s’il est probable que son nom ne vous dise rien. Pour le rencontrer, vous devriez en effet vous rendre sur ses terres, rouges et ensoleillées de janvier en décembre, vous perdre dans son potager, son ami et confident, tendre le regard bien au-delà des étendues de pieds de vigne, de figuiers, de chênes et d’oliveraies. C’est probablement là, confiant ses peines à un compagnon de basse-cour, farfouillant dans un sentier abrupt et herbeux que vous le trouveriez. Et sans doute ne croiriez-vous pas que notre homme est un héros, un héros des temps modernes. (Lire la suite…)

Direction du Sous-Équipement

Les plus grandes révolutions ne se lisaient plus sous les pas des chevaux, dans le sang des caniveaux ou sur le front des barricades. Elles étaient insidieuses et leurs soldats envahissaient nos têtes puis le Beau pays sans un coup de feu ni une protestation. Et d’ailleurs, qui avait parlé finalement de ce décret, à part quelques journaux trop occupés de leur survie entre leur « version papier » et leur site internet ?
Matricule : JO N° 2009-1393. Objet : disparition de la Direction du livre et de la lecture, fondue dans un ensemble plus large, la Direction générale des médias et des industries culturelles. Ces mots n’avaient l’air de rien et pourtant ils anticipaient un avenir : où les livres ne seraient plus qu’électroniques et les journaux informatiques. (Lire la suite…)