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Aaa


Depuis quelques mois, le A occupe une place essentielle dans l’actualité. La perte par la Belgique de la petite queue de son double A a permis de boucler en quelques jours un gouvernement qui ahanait depuis plus d’un an et demi.
« Si la France perd son triple A, je suis mort ! » a lâché Nicolas Sarkozy. Diable ! La lettre ou le néant…
Et la position d’Obamaaa est rendue de plus en plus précaire par le déclassement de son pays par une agence de notation. Les USA sans A restent sans voix.
D’où vient donc la magie de la première lettre de l’alphabet ?
Une lettre qui s’écrit de la même manière, Ah !, qu’elle exprime le plaisir, la stupéfaction ou la douleur.
Ah ! a soupiré Obama quand les Etats-Unis ont été réduits à AA. Bien loin de son « Ah ! » un peu plus tôt quand ses commandos sont entrés dans le salon télé de Oussama Ben Laden.
Ah ! s’est écrié Elio Di Rupo nommé premier ministre grâce à la dégradation de la Belgique en AA.
Ah ! diront les observateurs quand la Grèce affichera soudain une note AA.
Tandis que la Castafiore imperturbable : « Ah ! Je me sens si belle en ce miroir ! »
On n’aurait pas dû être aussi surpris de l’importance accordée au A. La science-fiction américaine avait déjà découvert ses vertus il y a plus de soixante ans dans « Le Monde des A » sous la plume d’un des maîtres du genre, A.E. Van Vogt (dont la traduction par Boris Vian n’est pas étrangère au charme de l’œuvre en français même si elle trahit le titre original qui est « Le Monde des non-A »).
Un roman qui raconte une gigantesque partie d’échecs cosmique. C’est dire le poids accordé à A par Van Vogt. Mais la Bible elle-même n’avait-elle pas déjà annoncé toute l’importance mais aussi l’ambigüité du A ?
On traduit généralement en français la première phrase de la Genèse de la façon suivante : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
Or, le texte hébreu est plus bizarre : au lieu de commencer par la lettre A, le premier mot de l’ancien testament a pour première lettre B –on sait toute l’importance symbolique de chaque lettre du Livre, ce ne peut donc être un hasard. Les commentateurs en tirent pour conclusion qu’avant notre monde, il en existait un autre, le monde des A en quelque sorte.
Ce qui devrait rassurer tous ceux que la volée de A laisse pétrifiés. Demain, lorsque les agences de notation auront définitivement rogné la note de tous nos pays, de AA à A puis à rien, s’ouvrira un nouveau monde, celui des B ou des zéros, peu importe, qui gouvernera notre vie comme celle des A aujourd’hui. Mais la perspective de vivre les yeux fixés sur le maintien du B ou du 0 sera peut-être à la longue moins éprouvante.
Ah ! (de soulagement).

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Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…