Abélard, le poussin qui rêvait d’ailleurs
Abélard, T1 La danse des petits papiers, Dillies & Hautière, Dargaud, 64 pages.
Le dessinateur tournaisien Renaud Dillies a créé, au fil d’albums publiés chez l’éditeur suisse Paquet, un univers tendre et charmant peuplé d’animaux à taille humaine. Il n’y déroge pas dans cette histoire réalisée avec Hautière dont vient de paraître, chez Dargaud, le premier des deux tomes. Abélard est un petit poussin qui vit en compagnie de quelques congénères au milieu des marais tout en rêvant de ce «là-bas» mystérieux et inconnu qu’il imagine tellement plus passionnant que cette vie tranquille mais désespérément immuable, faite des parties cartes, de cuites à la bière ou de journées de pêche peu fructueuses.
La rencontre avec des vacanciers de passage venus de la ville, et surtout avec une jeune fille dont il tombe éperdument amoureux, ne fait que renforcer son envie de départ, encouragé par les maximes qu’il découvre chaque matin dans son chapeau – «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles», «Avant d’admettre l’absurde, on épuise toutes les solutions». Parti le baluchon sur l’épaule, il est recueilli par des artistes d’un cirque itinérant avec qui il découvre le racisme et l’intolérance. Toujours mu par le désir d’aller chercher en Amérique un cadeau «digne» de la femme de ses pensées.
Le dessin, simple et directement lisible, sert subtilement cette histoire pleine de bonté, de générosité et… d’humanité. On ne peut qu’être touché par son petit héros, être ingénu et crédule propulsé dans un monde cynique et méchant. Une bien belle philosophie de vie à conseiller aux jeunes lecteurs.
