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Abus de pouvoir et autres corruptions


On connaît mal la littérature haïtienne. Pourtant l’île a vu naître de grandes plumes : Dany Laferrière, Lyonel Trouillot, René Depestre, Louis-Philippe Dalembert, Stanley Péan, Frankétienne… et le plus lu peut-être d’entre eux, Gary Victor. Agronome de formation, il publie un très beau roman, Le Sang et la mer. Une fiction tendre et violente qui met en lumière, sans la moindre complaisance, les corruptions de la société haïtienne. Sur l’île, si on a le pouvoir, on s’en met plein les poches. Et pour ceux qui n’ont pas la chance d’occuper une position dominante, il y a peu d’avenir : les femmes se prostituent, les hommes trouvent des petits boulots. Au milieu de cette jungle urbaine, un bidonville de Port-au-Prince appelé surréalistement « Paradi », deux personnages lumineux gardent la tête hors de l’eau: Hérodiane et son frère Estevèl. La jeune fille éduquée dans un collège catholique où elle est initiée aux lectures à l’eau de rose, rêve du prince charmant. Une Emma Bovary en herbe ? Sauf qu’elle n’aura pas le temps de se marier. Elle rencontre Yvan, un riche mulâtre aux yeux bleus qui pourrait la sortir de l’indigence mais la fait plonger rapidement dans l’enfer. Que devient l’amour innocent et probe à Haïti ?   

Gary Victor instille dans son texte une ambiance contrastée où se mêlent superstitions, croyances, merveilleux et réel sordide. Le lecteur est aspiré dans un monde injuste où le pire côtoie le meilleur.  

 Le Sang et la mer, Gary Victor, Vents d’ailleurs

5 réactions sur “Abus de pouvoir et autres corruptions”

  1. DuthoitPauline dit :

    Dans la littérature haïtienne, je vous conseille « Amour, Colère, Folie » de Marie Vieux-Chauvet, un petit bijou écrit pendant la dictature de Duvalier, soutenu par Simone de Beauvoir et caché par le mari de l’auteur, par peur des représailles. Le livre n’a été réédité que dans les années 90… Je vous le conseille vivement, livre féministe, écrit par une dame de la bourgeoisie de l’époque vilipendée par la dictature…

  2. John dit :

    Ne pas parler de Jacques Roumain ni d’Alexis quand on fait un billet sur la littérature haïtienne est assez incroyable. Je vous conseille vivement « Gouverneur de la rosée » du premier et « Compère général soleil » du second.
    Peut-être que l’absence de ces deux auteurs majeurs est due à leurs convictions politiques? Jacques Roumain ayant fondé le premier parti communiste du pays…

  3. annick Dor dit :

    Chère Pauline, Cher Jean,

    Je suis ravie de voir que mon article suscite les réactions. Je prends bonne note de votre conseil de lecture, Pauline. Pour vous répondre, Jean, je dirais simplement que mon article ne se voulait pas exhaustif. J’ai nommé quelques écrivains haïtiens que j’ai eu le bonheur de lire. N’ayant pas lu Jacques Roumain et Alexis, je ne les ai pas mentionnés, nulle raison politique à cela…

    Au plaisir d’encore échanger de idées avec vous,
    Annick Dor.

  4. John dit :

    Chère Pauline,

    D’abord, petite précision:c’est John et non Jean;-)
    Si j’ai réagi de la sorte, c’est parce que j’ai vécu en Haïti et que je fréquentais un centre culturel jeune et engagé, ARAKA (qui a souffert du séisme, évidemment, se trouvant à côté du stade de P-au-P). Les jeunes d’ARAKA m’ont présenté leurs trois plus grands auteurs : Roumain, Alexis et Etienne. J’ai pu remarquer par après leur influence dans la « rue haïtienne ». Et, de fait, Roumain et Alexis (surtout le premier) sont considérés comme des héros nationaux…
    Je vous recommande donc « Gouverneur de la rosée » qui est, pour moi et toutes littératures confondues, un de mes livres préférés.
    Bon w-e,

    John

  5. annick Dor dit :

    Bonjour John. Petite précision à mon tour: moi c’est Annick et pas Pauline :-) .
    Je retiens votre conseil concernant le « Gouverneur de la rosée » (très beau titre déjà). Je me réjouis de le découvrir.
    Excellente journée,
    Annick.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…