Ambitieuses adaptations littéraires
Cité d’argile, Milan Hulsing, Actes Sud/L’An 2, 134 pages, 19,50 €
L’Homme perdu dans le brouillard, Ramuz & Berthod, Les Impressions Nouvelles, 78 pages, 15 €
Depuis quelques années, les adaptations littéraires en bande dessinée sont légion. On ne peut que s’en réjouir, d’autant plus que le résultat est souvent de qualité, bien qu’assez conventionnel (comme les classiques proposés par la collection Ex Libris chez Delcourt). Ce n’est pas du tout le cas avec les transpositions enthousiasmantes d’un récit peu connu de l’Egyptien Mohammed El Bisatie, Al Khaldiyya, sous le titre Cité d’argile, et de quatre nouvelles de l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz, sous celui de l’une d’elle, L’Homme perdu dans le brouillard.
Signé Milan Hulsing, un dessinateur hollandais installé depuis cinq ans au Caire, Cité d’argile est un album magnifique qui sort de l’ordinaire tant par l’histoire contée que par son traitement graphique, extrêmement pictural. Pour se faire de l’argent, un fonctionnaire égyptien invente une ville, Khaldiya, au sujet de laquelle il multiplie les rapports afin d’abuser ses supérieurs et d’ainsi obtenir des financements. Pour la police, principalement, qui, confrontée à des manifestations, grèves et autres menaces terroristes imaginaires en a de plus en plus besoin. Pour encore accréditer l’existence de cette ville fictive, il va jusqu’à en construire la maquette en argile, donnant vie à ses habitants, et notamment au chef de sa police qui finit par devenir réel au point de terroriser son créateur. Le dessinateur joue admirablement, par l’alternance des tons, sur les deux niveaux du récit, le vécu du héros et son imaginaire. C’est fascinant, passionnant, superbement dessiné et, finalement, profondément troublant.
C’est dans la bibliothèque du chalet familial que l’illustrateur suisse Mathieu Berthod a découvert des livres de son compatriote Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947). Il s’est passionné pour quatre de ses nouvelles qu’il a choisies d’adapter graphiquement, L’Homme perdu dans le brouillard, La Grande Alice, Le Tout-vieux et La Paix du ciel, autant de récits intégrés dans le microcosme montagnard et rural romand. Son parti-pris est le respect du texte qui vient légender les cases noir et blanc poétiques et évocatrices d’un monde révolu parfois empreint de fantastique. Ce bel album, où il est question d’histoires anciennes, de personnages isolés de la communauté villageoise ou de… morts, permet de découvrir un écrivain au style sobre et riche en émotions contenues.
