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Au-delà de Berlusconi, le changement


Lundi dernier les places d’Italie résonnaient de fêtes qui avaient un air de libération. Comme la respiration qui se libère après une longue période de suffocation. Il faut toujours être très prudent quant aux annonces mille fois claironnées de la fin de Berlusconi. Cette fois, pourtant, on peut parler de l’épuisement d’un cycle. Comme l’écrivait Ezio Mauro, le directeur de La Repubblica , « la flute enchantée s’est brisée », la musique berlusconienne est devenue inaudible et le Cavaliere qui ne jurait que par ce peuple qu’il opposait à toutes les institutions est désormais incapable d’entendre sa voix. Les referendums ont toujours joué un rôle crucial dans la succession des séquences historiques de l’Italie. Le désaveu référendaire sans faille opposé à Berlusconi succédant à la défaite du récent scrutin administratif est essentiel à plus d’un égard. Les Italiens qui boudaient les consultations populaires depuis 15 ans se sont, cette fois, massivement mobilisés non pas pour ou contre un homme ou un parti mais sur des questions de fond porteuses de valeurs fondamentales pour une démocratie et révélatrices de l’état culturel d’une société. En refusant la privatisation de l’eau, la majorité des Italiens a, en quelque sorte inversé le courant. Depuis 20 ans le berlusconisme avait imposé le secteur privé et l’individualisme absolu comme un modèle indépassable. Le refus de la privatisation de l’eau ne peut être que le fruit d’une lente maturation. Celui du nucléaire traduit le souci du temps long contre l’obsession des besoins immédiats. Le rejet de la loi qui assurait un bouclier judiciaire à Berlusconi et à ses ministres met à la première place la volonté d’un retour à la règle et à la normalité démocratique. Il y a dans ces trois affirmations un renversement du discours dominant. Mais la manière dont s’est construit ce changement est tout aussi importante. Depuis plusieurs mois se tisse en Italie un mouvement d’opposition multiforme : manifestation des femmes, réseaux de jeunes, mobilisation intense par le net avec pour corollaire le rejet d’une télévision entièrement aux mains du pouvoir et enfin des partis d’opposition plus ou moins volontairement en retrait ou, à tout le moins, en deuxième ligne. En quelque sorte, la politique horizontale plutôt que verticale. Un phénomène similaire s’était déjà manifesté lors de la désignation des candidats- vainqueurs- aux administratives. Tour cela ne suffit pas à assurer une alternance, Berlusconi conserve un pouvoir de nuisance même si sa majorité est bord de l’implosion mais, en tous cas, les conditions du changement se dessinent. Oui, désormais on respire mieux sur les rives du Tibre.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…