L’histoire vraie de Silvio B., Francesca P. et Nicole M.

Il se dit que lorsque Francesca B. prit connaissance de la composition des listes électorales pour les prochaines élections régionales, elle hurla son mécontentement d’une manière telle que l’immense colonne de Marc Aurèle, trônant à l’entrée de Palazzo Chigi, la somptueuse résidence professionnelle de Silvio B., tressaillit sur son socle de marbre blanc. Le petit personnel, dit-on, massé derrière une immense porte de chêne s’écria d’une voix médusée : Quel spectacle ! (Lire la suite…)

Nic et ses amis

« Une des fraudes les plus colossales dans l’histoire de notre pays. » Moins de dix jours après le scandale sur l’attribution des fonds destinés à la reconstruction des zones frappées par le tremblement de terre des Abruzzes (voir mon article), c’est en ces termes que le parquet de Rome a qualifié la nouvelle affaire politico-judiciaire qui défraye la chronique transalpine.

Tout commence presque banalement : Vito Tommasino, entrepreneur romain, dépose plainte au parquet contre Luca Berriola, fonctionnaire. Motif : Depuis de nombreuses années, le dénommé Luca Berriola, carabinier major dans le service antifraude, prêtait de l’argent à Vito Tommasino à un taux usurier, lui demandant par la même occasion d’adresser de fausses factures à des sociétés étrangères dans le but de rapatrier de l’argent sale. Le parquet enquête et découvre le pot au rose : Luca Berriola fait partie d’une association de malfaiteurs qui utilise deux sociétés cotées en bourse, dont une filiale de Telecom Italia, pour frauder le fisc. Le chiffre d’affaire de l’association est faramineux : 2,5 milliards d’euros. (Lire la suite…)

Le triomphe de l’énergie pulsionnelle

L’Aquila, dans les Abbruzes, la nuit du 6 au 7 avril 2009, la terre tremble, se lézarde. Bilan : 300 morts, 2000 blessés, 20 000 maisons et immeubles détruits. Une région entière dévastée. Au même moment, à moins de cent kilomètres de là, deux entrepreneurs romains, les sieurs Piscicelli et Gagliardi, rient. Ils rient parce qu’ils savent que plus la terre tremble, plus ils ont de probabilité de s’enrichir. Grâce aux écoutes téléphoniques décidées par le parquet de Florence, voici un extrait de leur conversation de ce matin-là : Piscicelli (P) : Il faut que l’on contacte de suite ceux de la Ferratella, on doit démarrer au quart de tour, c’est pas comme s’il y avait un tremblement de terre par jour (rires) – Gagliardi (G) : T’as raison… – P : Tout de même, pauvres gens… – G : Ok, ça va, ça va… – P : En tout cas, moi, ce matin à trois heures j’étais dans mon lit et je riais, oui, je riais… – G : Oui, moi aussi je riais (rires)… (Lire la suite…)

Hommage à un résistant

Je voudrais vous parler de résistance. Mieux : d’un résistant : Gerardo Vacana, poète, essayiste et traducteur, homme de cœur et de convictions, même s’il est probable que son nom ne vous dise rien. Pour le rencontrer, vous devriez en effet vous rendre sur ses terres, rouges et ensoleillées de janvier en décembre, vous perdre dans son potager, son ami et confident, tendre le regard bien au-delà des étendues de pieds de vigne, de figuiers, de chênes et d’oliveraies. C’est probablement là, confiant ses peines à un compagnon de basse-cour, farfouillant dans un sentier abrupt et herbeux que vous le trouveriez. Et sans doute ne croiriez-vous pas que notre homme est un héros, un héros des temps modernes. (Lire la suite…)

La filosofia dei distinti, ou la philosophie de la distinction

La Chambre des représentants du Parlement italien a donc adopté, ce 2 février 2010, la loi dite de l’« empêchement légitime », permettant au Président du Conseil et à ses ministres de ne pas comparaître aux audiences pénales qui les voient impliqués aux titres d’accusé ou de témoin. Le texte passera au Sénat dans les prochains jours, où il sera adopté par une très large majorité de ses membres.

Pour comprendre le dispositif de la loi, il nous faut revenir  au 8 octobre 2009. Ce jour-là, la Cour constitutionnelle italienne déclarait contraire aux prescrits de la Constitution la loi garantissant l’immunité pénale aux quatre plus hautes fonctions de l’Etat.  Sans remettre en cause la nécessité de « protéger » les autorités républicaines dans l’exercice de leurs fonctions, la Cour affirmait cependant que le principe de l’immunité pénale constitue une rupture manifeste de l’égalité des citoyens devant la loi. Il ne pouvait dès lors être introduit en droit italien que par une modification de la Constitution. (Lire la suite…)

L’équivalence des valeurs

Crée et lancé le 21 janvier dernier, l’iMussolini est aujourd’hui l’application payante la plus vendue parmi celles disponibles sur l’iTunes, la boutique digitale d’Apple. Selon les derniers chiffres disponibles, chaque jour, plus d’un millier d’Italiens chargent ce dispositif permettant, pour la somme de 0,79 centimes d’euro, de lire, regarder et écouter l’ensemble des discours du Duce sur leur iPhone. Le résultat est considérable, inattendu, commercialement inexpliqué – aucun professionnel n’aurait en effet pu prévoir des chiffres de vente de loin supérieurs à ceux des jeux vidéos les plus courus, comme par exemple l’Avatar Game, tiré du film à succès de James Cameron. (Lire la suite…)

Appel à M. le Premier Ministre

Ainsi, notre Premier ministre a changé. Il procède désormais par priorités. Fini les tâtonnements, l’agenda brouillon. Avant toute chose, a-t-il déclaré, il s’agira de tout mettre en œuvre pour lutter contre les effets désastreux de la crise économique. Excellente idée ! L’emploi, le pouvoir d’achat, la sécurité, une juste redistribution des richesses nous paraissent en effet des thématiques importantes.
Mais, parallèlement à cette résolution, M. Leterme s’est aussi montré soucieux, ces derniers jours, d’œuvrer à l’apaisement communautaire. Il faudra y venir, a-t-il rappelé, mais chaque chose en son temps. (Lire la suite…)

Du sacrifice de la conscience

« Le silence de Dieu et notre incapacité à entendre Sa voix face aux maux du monde sont un mystère impénétrable. Mais le silence de l’Homme se situe sur un autre plan. Il nous interroge, nous défie, il n’échappe pas à notre jugement. » C’est par ces mots forts que le Grand Rabbin de la Synagogue de Rome, Riccardo Di Segni, a conclu son discours d’accueil au Pape Benoît XVI (Lire la suite…)

Pourquoi ?

Pourquoi un pays dont les enfants ont échappé de justesse, à l’aube du vingtième siècle, à un pogrom raciste sur les rives du Zurichsee accepte-il sans sourciller que, sous ses fenêtres, l’on tire à l’arme à feu sur l’Autre uniquement parce qu’il a la peau sombre ?
Pourquoi un peuple dont on pouvait lire il y a cinquante ans, à propos de ses exilés, qu’ils constituaient un exemple pernicieux pour la jeunesse de leurs pays d’accueil, qu’ils étaient sales, sournois, farouches et jaloux, banalise-t-il ainsi l’injure à l’égard de celui qui, venu d’ailleurs, foule sa terre ? (Lire la suite…)

Sur un air de Samba !

© Corriere della Sera

Comme chacun le sait, la musique napolitaine a contribué à donner ses lettres de noblesse à la variété transalpine. Avec, par exemple, la célébrissime Tarantella. Avec des chansons qui ont fait le tour du monde comme Te voglio bene assaie, ‘O sole mio. Avec des auteurs de l’envergure du Maestro Enrico Caruso, de Peppino di Capri, de Renato Carosone, de Pino Daniele. Ces noms, ces titres sont connus de tout le monde ou presque. Mais il y en d’autres dont le succès, pourtant considérable à l’intérieur de la péninsule, n’a pas encore passé les frontières italiennes. (Lire la suite…)

Devoir d’empathie, obligation de vigilance

Silvio Berlusconi agresséComme tout acte de violence, l’agression subie par Silvio Berlusconi, ce dimanche 13 décembre à Milan, doit être fermement condamnée. Elle doit l’être aussi au regard de sa portée symbolique, parce qu’elle porte atteinte aux fondements même de la démocratie, qui est avant toute chose confrontation d’idées, débats d’opinions, respect du droit d’autrui à faire valoir ses convictions. Mais il faut raison garder. Certains croient d’ores et déjà percevoir une atmosphère politique semblable à celle des années de plomb, ils ravivent à grands cris le spectre des brigades rouges (Lire la suite…)

Quand Cosa Nostra décide de parler

Gaspare Spatuzza, © Il Giornale

Gaspare Spatuzza, © Il Giornale

La Cour d’Appel de Palerme a repris, au début de ce mois de novembre, les débats d’audience dans le cadre du procès du sénateur Marcello Dell’Utri. En première instance, M. Dell’Utri, associé en affaires de Silvio Berlusconi depuis plus de quarante ans et co-fondateur de Forza Italia, le parti politique du premier ministre italien, a été condamné à une peine de neuf ans pour collusion externe avec une association de type mafieux. (Lire la suite…)

De la nécessité de penser le « nous »

Le philosophe français Bernard-Henry Lévy déclarait cette semaine, dans le quotidien italien Il Corriere della Sera, qu’une sorte de fatwa avait été jetée, depuis la crise de novembre 2008, sur le mot « libéralisme ». Que celui-ci était presque devenu, pour un pan important de la société, un synonyme du terme « fascisme ». Selon lui, cette attitude était   non seulement injuste mais aussi privée d’un réel fondement objectif. Pourquoi ? Parce que contrairement aux idées reçues, le libéralisme est un effort constant pour inventer des normes et des règles qui permettent de surmonter la lutte entre les hommes. (Lire la suite…)

De Veronica à Roberta, en passant par Brenda et Noemi

Silvio Berlusconi, © Reuter

Silvio Berlusconi, © Reuter

En mai, il y eut Veronica, la cinquantaine bien liftée, ex mannequin, ex actrice. Elle annonça publiquement son intention de vouloir divorcer de Silvio, son mari premier ministre. Il est malade, disait-elle, il ne peut s’empêcher de fréquenter des mineures. Dont la jolie Noemi aux yeux en amande, aspirante mannequin, aspirante actrice. De son côté, Noemi jura qu’entre elle et Silvio il n’y avait rien d’autre qu’une belle et platonique amitié. Et même si personne ou presque ne la croyait, elle ne comprenait pas pourquoi Veronica inventait toute cette histoire, dont le seul objectif était de les salir, elle et Silvio. (Lire la suite…)

Chronique d’un déni de justice annoncé

Il l’avait promis, il l’a fait. Moins de trois de semaines après l’arrêt de la Cour constitutionnelle recalant la loi d’immunité pénale pour les plus hautes charges de l’Etat (voir mon article), le parti de Silvio Berlusconi, le Parti de la Liberté, a déposé ce jeudi 12 novembre 2009, sur les bancs du Sénat, un projet de loi visant à abréger le délai de prescription.
Le texte, signé par deux dévoués membres de la majorité parlementaire, prévoit l’extinction automatique des procès pénaux lorsque l’un des trois stades de la procédure judiciaire (première instance, appel, cassation) s’étend sur plus de deux ans. La norme concerne toutes les affaires pénales pour lesquelles une peine de moins de dix ans est requise. (Lire la suite…)

À l’ombre du crucifix

Lycée public Vittorino Da Feltre de Padoue, dans la plaine du Pô, à quarante kilomètres de Venise. Année scolaire 2002-2003. Le jeune Sami Albertin, douze ans, ne supporte plus de se sentir épié. Quel que soit le cours auquel il assiste, il sent posé sur lui le regard sévère, inquisiteur, d’un crucifix taillé dans le bois. Un regard qui le suit de classe en classe, qui le paralyse. Il s’en ouvre à son père, médecin à l’hôpital d’Abano, la commune qui a vu naître Tite Live. Massimo Albertin rassure son fils. Il lui dit que ce crucifix, symbole d’une religion dont il ne partage pas les croyances, n’a rien à faire dans un établissement public. Car depuis le Concordat de 1984, la religion catholique n’a plus le statut de religion d’Etat. L’Italie est un pays laïc.
Mais la direction du Lycée Vittorino Da Feltre rejette sa demande de retirer les crucifix des classes de cours. La mère de Sami, Soile, introduit alors un recours auprès du tribunal administratif régional, qui confirme la décision de l’établissement scolaire. La Cour Constitutionnelle fait de même. C’est la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui tranche. Le 3 novembre 2009. (Lire la suite…)

Bref retour aux fondamentaux

La Cour d’Appel de Milan a rendu, ce 27 octobre 2009, un arrêt important pour l’avenir juridico-politique de Silvio Berlusconi. Elle a en effet confirmé la condamnation à 4 ans et 6 mois de l’avocat d’affaire David Mills, reconnu coupable de faux témoignages pour assurer l’impunité du premier ministre italien dans deux procès pénaux. Or, depuis que la loi d’immunité empêchant M. Berlusconi d’être poursuivi tant que durent ses mandats politiques a été déclarée anticonstitutionnelle, celui-ci redevient un justiciable comme un autre. Ou presque. Car même si les procès le concernant devaient reprendre, comme prévu à l’agenda judiciaire, dans le courant de ce mois de novembre, ils seraient plus que probablement frappés de prescription. (Lire la suite…)