Un très discret centenaire

Le centenaire de la mort de Léopold II, en 2009, n’a pas, c’est le moins qu’on puisse dire, été célébré en grande pompe sous nos latitudes. Visiblement, quelques mécanismes en pilotage automatique n’ont pas été activés. C’en était même devenu suspect : on cherchait en vain les hommages de la Nation à ce monarque d’une grande inventivité dans le déshonneur, à qui il faut reconnaître un sens des affaires particulièrement poussé et à qui, grâce à ses dons particuliers de pilleur, le pays doit une part considérable de sa richesse. Bien entendu, le Titan Urbaniste a, pour sa part, été quelque peu mis en avant : celui qui a littéralement dirigé avec des architectes de renom les travaux d’embellissement (payés sur sa cassette personnelle, donc pas maigre) de Bruxelles a toujours ses partisans. Mais quasiment rien sur le Congo. Curieux oubli, succédant à tant de glose ! Qu’est-ce à dire ? Y aurait-il eu dans toute cette aventure quelque chose de honteux, sur quoi il valait mieux ne plus s’étendre ? (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 8

Le jour même (jeudi 28 janvier) de la première à Gand, De Standaard consacre une page entière (la dernière) de son édition nationale au spectacle. Rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Le Soir, cet article, plutôt que d’en donner une grille de lecture ou de répondre à la question de son titre («Zijn er nog Belgen ? – Y a-t-il encore des Belges ?») s’attache à faire parler les acteurs et la metteure en scène, soulignant ainsi, par l’observation et la description de scènes de répétitions, certains aspects de la méthode de travail de Frédérique. Kija, qui a fui la Bosnie, n’est pas convaincue que les problèmes, ici, trouveront toujours une solution, comme cela a été le cas jusqu’ici, car «dans mon pays aussi, tout a commencé dans les média ». Milo, d’origine serbe, est plus direct : «Les problèmes commencent quand les gens vous demandent d’où vous venez…». (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 7

Jeudi soir, lors de la générale de Mons, tout est encore aléatoire. Marie-Jeanne est partie trois jours auparavant : la séquence des deux commères qu’elle formait avec Carla, qui revenait plusieurs fois dans le spectacle, doit être abandonnée – une variante avec Carla et Maman Marie, testée pour l’occasion pour achever le spectacle s’avèrera infructueuse. Ewoud apporte son énergie au rôle du meneur de jeu, pour remplacer Walid lors de la première ; Jean-Pierre, qui prend le relais de Marie-Jeanne, apporte sa stature. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 6


J’assiste à deux nouvelles repétitions, samedi 16 et dimanche 17 janvier, à Mons. Nous avons embarqué Ewout, comédien et metteur en scène qui remplacera le gantois walid pour la première représentation, vendredi prochain. Je montre à tous l’entretien de Frédérique dans Victoire, le supplément hebdomadaire du Soir, où elle déclare notamment : «Objectif : décloisonnement ! Cela dit, lors des premières improvisations, je n’ai pas senti de conflit majeur, mais bien une réponse commune : la peur de perdre son emploi, de manquer, de tomber malade… (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 5

Dans la voiture qui nous mène à Mons, vendredi 8 janvier, Frédérique me confie qu’il y a, à ce stade (outre les doutes sur la pertinence et le contenu du projet) trois problèmes non résolus pour que le spectacle prenne véritablement forme : a. certains acteurs (Walid, Karla, Jo, les deux Mamas) n’ont pas encore leur personnage et ne se détachent pas du choeur ; b. elle me dit avoir tendance, soit à écourter une scène si elle ne fonctionne pas, soit à saturer l’espace par plusieurs scènes à la fois, ce qui permet certes d’atténuer le fait que l’une d’entre elles ne fonctionne pas mais, en revanche, risque de provoquer un encombrement pour le spectateur et de diluer son attention ; c. il faut absolument éviter le pathétique dès qu’on parle de la Belgique, car cela induit aussitôt une sorte de nostalgie qui n’est pas de mise dans Belga Bordeelo. A cet égard, dès notre arrivée au Manège, nous tenons à rectifier les termes du communiqué de presse, qui nous paraissait trop centré sur la revendication de l’unité du pays, ce qui n’est pas à proprement parler l’essence du spectacle. (Lire la suite…)

Vite, avant que tout cela se vérifie !

Ou pas ! Car je ne compte nullement profiter de ce début d’année pour m’ériger en devin. Il me semble néanmoins que, la période aidant (qui favorise sans doute une certaine léthargie de l’esprit, et ainsi entraîne celui-ci dans de coupables facilités), il n’est pas incongru de s’interroger un peu sur l’avenir proche. Je suis prêt à ce que l’on m’oppose un bilan tout différent en fin d’exercice, tout en précisant qu’il ne s’agit pas ici de dire mes préférences, qui sont parfois toutes autres. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 4

Du point de vue de la préparation du spectacle, nous sommes maintenant dans la ligne droite opposée. Dans une course de fond, au dernier tour de piste, c’est le moment où, après avoir consolidé les acquis de départ, on adopte une trajectoire propre et bien en ligne, et où l’on se fie à la régularité des foulées pour prendre l’élan nécessaire à l’accélération en fin de parcours. Question de souffle et question de rythme mêlées ! Mais, dans la création au théâtre, les choses ne peuvent qu’être moins linéaires et moins limpides : le temps risque de manquer, les acteurs sont à revoir ou à tenir, la matière est trop abondante, il y a des doutes sur ce que l’on veut dire exactement, le problème récurrent de trouver l’émotion n’a pas encore trouvé sa solution, la faculté d’entraîner la mise en scène du côté du «bordeelo» et ainsi, de rester fidèle au titre du spectacle, n’est pas assurée. Bref, on se rend compte que, à rebours de la piste des athlètes, notre ligne droite est en pente. (Lire la suite…)

Soudain, comme…

Clipboard 20 Depuis quelques années, comme (j’imagine) tout écrivain consciencieux, je tiens des carnets : j’en suis au sixième. Pourtant, ce n’est pas le lieu où je note des idées pour des écrits futurs, et il n’y a dans les miens que fort peu de considérations intimes. A vrai dire, ils sont surtout composés de citations ou d’articles et d’images glanés ici et là dans des journaux. Au fond, c’est une sorte de portrait de l’époque, et peut-être un genre d’autoportrait par le choix des éléments que j’y consigne. (Lire la suite…)

Muurwerk — d’un séjour en novembre

<i>Auferstanden aus Ruiner</i>, Harald Hauswald

Auferstanden aus Ruiner, Harald Hauswald

Au regard de l’Histoire, le territoire de Berlin est un lourd tapis qui pèse sur un plancher et le fait ployer.
Au vingtième siècle, c’était la ville historique par excellence : le terrain même sur lequel tous les conflits (politiques certes, mais aussi idéologiques et culturels) se sont accumulés en une gigantesque collision, l’un découlant immanquablement de l’autre, et disséminant leurs figures et leurs actes à tous les horizons. La carte de la ville est constellée de ces multiples indices, comme si la mémoire, sur ce plan-là, se montrait infaillible et devait tout retenir : la proclamation de la République de Weimar ; la révolution spartakiste et les assassinats de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg ; le Berlin des années 20, hyperinflation et création artistique sans limites mêlées, les cafés littéraires, les cabarets de George Grosz et de Lola Lola, le théâtre de Max Reinhardt, (Lire la suite…)

Le régional de l’épate

DaerdenSommes-nous à ce point dépourvus de bouffons, qu’il faudrait nous encombrer, comme d’une titubante breloque en sautoir, d’un Michel Daerden ? On dira que celui-là est Ministre (appelons-le socialiste) et que, à ce titre, il aurait, comme certaines communes de ce pays – mais dans un sens bien particulier – un statut spécial et un traitement adapté à celui-ci : à savoir que, par ses frasques continuelles et son penchant à l’exhibitionnisme sans retenue, il dénaturerait la fonction qu’il exerce, et qu’il faudrait donc s’offusquer ou se lamenter de cette atteinte avinée aux mœurs politiques. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 3

BELGABORDEELO_pt
Discussion au téléphone avec Frédérique, après ses premières répétitions avec le groupe de Gand (du 4 au 6 décembre), auxquelles je n’ai pu assister. C’est l’occasion de préciser les axes et les options de Belga Bordeelo, ce qui n’est pas de refus.

Quoique partant du «conflit» que l’on sait, le principe du spectacle est, de manière aussi non paradoxale que possible, de s’extirper de la «problématique belge » et de tendre vers la requalification des existences mises en scène, tant individuelles qu’au sein du groupe. La raison en est simple : la matière est ingrate, et le thème en tant que tel n’a pas une grande profondeur et pourrait facilement se réduire à un jeu de massacre. (Lire la suite…)

Tu n’as rien vu à Renaix

Van_Looy_Rik2J’ai rencontré surtout une fois Pierre Mertens, à l’époque de la publication d’Une paix royale, ou plutôt du procès qui lui avait été intenté par la Princesse Lilian (il faudrait s’interroger sur la propension des auteurs francophones belges à envisager la réalité de ce pays par le seul prisme de la monarchie, comme Patrick Roegiers encore récemment : mais ce n’est pas le débat…). Apparemment fatigué des questions (toujours les mêmes, j’imagine) sur cette polémique retentissante, il a cependant paru soulagé en entendant la mienne, qui parlait de tout autre chose. (Lire la suite…)

Belga Bordeelo, 2

BELGABORDEELO_ptPosons que le processus de création de Belga Bordeelo est désormais lancé. Depuis la première livraison de ce journal, nous avons, Frédérique (Lecomte, la metteur en scène), Christine (Mobers, la scénographe) et moi opéré une sélection plus resserrée des stimuli à suggérer aux comédiens pour leurs improvisations, visionné Au feu les pompiers de Forman et une partie du Playtime de Jacques Tati pour les costumes et la conception des décors, et répondu à un entretien pour la presse régionale (Le Soir, édition de Mons). Celui-ci ne donne qu’une vision très plate du projet : Frédérique met souvent en avant «l’ironie de la catastrophe » qui va traverser le spectacle ; à quoi j’ajouterais que celui-ci ne saurait se résumer ou se réduire à la simple question de la belgitude : il s’agit bien de mettre en scène la réalité d’un conflit, et l’essence du spectacle n’aboutira pas à organiser une réconciliation finale. L’affiche et le flyer, chacun pourvu d’une présentation du spectacle dans les deux langues, sont quasiment prêts. (Lire la suite…)

Fin de Copenhague

Ainsi, nous serions arrivés à l’heure H de la seconde S du moment M où, si j’en crois des sources concordantes, on entre, par-delà la conscience du fait, dans les enjeux réels et véritables de l’avenir. Le Ministre français de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, les définit en ces termes : «Va-t-on vers une humanité de la mesure et du respect, ou traite-t-on le respect comme une valeur individuelle mais pas collective ?». D’autres, moins férus de beau style à la française ou simplement plus directs, affirment que le monde, littéralement, «joue sa tête» au Danemark (j’ignore si un pèlerinage sur les remparts du Château d’Elseneur est prévu pour les participants). Il serait donc plutôt opportun d’éviter l’échec lors de la Conférence de Copenhague, du 7 au 18 décembre, réunie sous l’égide de l’ONU et de sa Convention cadre sur le changement climatique, et qui doit préparer l’après Protocole de Kyoto, qui prend fin en 2012. Cela dit, quel genre de succès peut-on attendre d’un tel sommet ? (Lire la suite…)

Un rêve (et aussi un cauchemar)

DCB, mai 68La perspective d’un second tour à la présidentielle de 2012 entre Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn Bendit a de quoi faire saliver.

Il est vrai qu’on pourrait y voir la preuve définitive que la génération des leaders de mai 68, non contente d’occuper en permanence l’espace médiatique depuis lors, aurait véritablement renoncé à ses fulgurances de l’époque et endossé, comme les autres, ce qu’elle exécrait alors avec tant de virulence (pour faire court, assurer sa présence dans les Conseils d’Administration plutôt que dans les Conseils ouvriers). (Lire la suite…)

Belga Bordeelo : présentation

Belga BordeeloJe me propose de tenir pour quelque temps une chronique de la préparation et des représentations d’un spectacle qui sera à l’affiche en janvier 2010, à Mons et à Gand.

Le projet Belga Bordeelo n’est pas réellement une adaptation de D’outre-Belgique, le livre que j’ai publié en août 2007. Mais il en reprend le motif majeur : la fin de la Belgique. Je ferai la dramaturgie de ce spectacle.

Celui-ci misera sur une approche différente de la problématique belge et, du coup, se confrontera directement à la réalité de son présent et au présent de sa réalité. (Lire la suite…)

Agenda ouvert

La dernière (mais non la moindre) ruade de Sarkozy jette la lumière la plus crue sur la réelle dimension du personnage – en insistant plus que de raison sur son intuition historique, il ne parvient à mettre en avant que son caractère d’histrion – et, plus sérieusement, sur le traitement dont il fait l’objet, notamment dans la presse.
Il a donc affirmé, sur sa page Facebook, avoir été présent, dans la nuit du 9 novembre 1989, et avoir participé à l’ouverture du Mur (en y apportant le coup décisif, qui sait ?) : (Lire la suite…)

Des plus fins

On connaît ces romans ou ces films qui proposent des fins alternatives, délibérément ou de manière imposée. Par exemple (il y en a sûrement d’autres), le roman de John Fowles, Sarah et le Lieutenant français (transposé à l’écran par Karel Reisz), comprend successivement trois fins différentes à partir d’une même trame de départ ; d’autre part, le pénible Duvivier dut, sous la pression de ses producteurs, tourner une autre fin (Gabin écartant Viviane Romance faisant écran de son corps et se réconciliant au dernier moment avec Vanel) à La Belle Equipe, plus optimiste vu le climat de l’époque (1936 et son Front Populaire, où déjà il ne fallait pas «désespérer Billancourt») – alors que, à l’origine, Gabin abattait Vanel sous l’emprise de la Romance. (Lire la suite…)

La donfution des sentiments

Maintenant que le gros (n’y voir aucun jugement de valeur sur le physique du personnage) est passé, il est bon de revenir un instant sur quelques aspects d’une saga récente. On en connaît la trame : en mars 2009, un Ministre (appelons-le socialiste) a dû démissionner, parce qu’il était en même temps consultant rémunéré d’une Intercommunale du Hainaut liée au secteur de l’énergie. L’évidence du conflit d’intérêts ne lui sautant pas aux yeux, une polémique bien placée se chargea de l’instruire. Il négocia pourtant et obtint (en bon expert) des «indemnités de sortie » d’un an de cette IGH, à hauteur de 141.000 euros. Quoique placé en ordre utile, il s’engagea à ne pas siéger s’il était élu aux régionales de juin – et, en effet, il a bien été élu. Juste le temps de ne pas se faire oublier, et le voici revenu à la Présidence de cette aimable instance gazière, en dépit des proclamations de «bonne gouvernance» de son parti et de ses partenaires à l’Elysette, et passant outre sans mollir aux clameurs de la foule déchaînée. (Lire la suite…)

Une page blanche bien remplie

«Finalement, quel est le problème en Belgique ?… », me demandait un soir, sur le toit d’un immeuble bruxellois, un ami, établi depuis longtemps et quelque peu interloqué par l’évolution récente du pays. Cette question ! Mon interlocuteur éprouvait-il de l’humeur à l’idée de ne pouvoir épuiser le sujet (car la discussion, élargie aux dimensions d’un groupe attablé, s’était déjà fort développée avant son exclamation) ? Ou de l’agacement, voire de l’angoisse, à sentir que quelque chose lui avait peut-être échappé dans les derniers événements qui secouaient son pays d’accueil ? Fallait-il entendre dans ce «finalement» l’expression d’un certain désarroi ? Je lui ai fourni quelques bribes de réponse, qu’il a écoutées avec une courtoisie toute orientale : mais je crains qu’elles ne l’aient pas convaincu. Car Mustapha est originaire du Liban, un pays composé, comme on sait, de diverses communautés, que plusieurs guerres civiles ont ravagé depuis son indépendance de 1943, et qui est régulièrement soumis aux conflits par procuration ou à la tutelle étouffante de ses puissants voisins. (Lire la suite…)