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Berlusconi, la scène finale


Dans la scène finale du « Caïman », le film de Nanni Moretti, Berlusconi, interprété par le réalisateur lui-même, s’éloigne d’un palais de justice qui est la proie des flammes. Ses partisans lancent des cocktails Molotov contre les juges qui ont osé le faire comparaitre et le condamner. Cette séquence date de 2006 : elle apparaît aujourd’hui comme prémonitoire – au moins symboliquement.  Encore que Berlusconi, avant-même d’être convoqué devant le tribunal de Milan le 6 avril prochain pour prostitution de mineure et abus de pouvoir, menaçait les juges de ses foudres et encourageait ses troupes à manifester. Depuis qu’il a affaire à la justice, c’est-à-dire avant même qu’il n’entre en politique, Silvio Berlusconi s’en est toujours pris aux magistrats taxés  de subversifs ou de communistes. Il n’a eu de cesse de faire voter des lois ad personam qui visaient à le protéger des poursuites judiciaires.  Et aujourd’hui ses partisans parlent de « coup d’état moral » ou de « puritanisme jacobin » pour réfuter les attaques contre les frasques sexuelles du premier ministre en compagnie de mineures. A noter que ce sont les mêmes qui mènent campagne contre l’avortement et qui organisent une journée en faveur de la famille. Berlusconi est passé à travers toutes les affaires de conflits d’intérêts, de corruption, d’évasion fiscale, de liens présumés avec la mafia et la crise qui risque de l’emporter touche finalement à sa vie privée. Ce n’est sans doute pas un hasard pour celui  qui s’est constamment évertué à effacer les frontières entre le public et le privé et qui a traité ce dernier comme le premier : c’est à dire hors la loi. La semaine dernière,  la Rai, aux mains de Berlusconi, a censuré la diffusion de la scène finale du « Caïman » et elle n’a jamais, jusqu’ici,  programmé le film dont elle avait pourtant chèrement acquis les droits. Sans doute parce que, comme le dit Nanni Moretti, « un des devoirs du cinéma est de montrer ce que on ne réussit pas encore à voir ou ce que nous ne réussissons plus à voir ». Moretti qui depuis 17 ans, dans ses films et ses interventions publiques a été un des critiques les plus lucides du berlusconisme ajoute qu’il ne faut s’y tromper : même si Berlusconi a formaté les Italiens notamment grâce à son pouvoir médiatique, beaucoup d’entre eux sont comme lui ou voudraient être comme lui. Alors même si Berlusconi approche peut-être de sa propre scène finale, il restera à faire les comptes avec le modèle qu’il a incarné et imposé.

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Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…