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BHV : vivement les soldes (le retour) !


Il y a presque 5 ans déjà, j’écrivais dans les colonnes du Soir : « BHV, vivement les soldes ! » En cette année anniversaire (les 175 ans de la Belgique, les 25 des institutions fédérées), je m’étais amusé de ce que les couloirs du métro parisien, à travers une publicité, offrent une déclinaison insolite à ce qui était en train de devenir un des problèmes majeurs de notre petit pays.
Du grand magasin parisien à la kermesse belge, BHV permet en français quelques jeux de mots bilingues significatifs, grâce au « h » central – une lettre, une hache. Pour les francophones, à rebours de l’acronyme, c’est bien VHB : Vlanderen hache la Belgique. Et l’inverse semble prévaloir pour les néerlandophones. Brader un pays ou solder une querelle, il faut trancher…

Sauf que, cinq ans plus tard, on n’a toujours rien tranché. À cause de ce dossier, nous avons été sans véritable gouvernement fédéral pendant des mois – et certains ont dit que l’on n’avait pas senti la différence. Usant de toutes les procédures démocratiques prévues par la loi et la Constitution, tous ceux qui, en Flandre comme en Wallonie et à Bruxelles, ne voulaient pas qu’on aborde ce problème, ont réussi à reporter de mois en mois la patate chaude. Aujourd’hui, c’est le tour de la région germanophone de passer les plats. Dans six autres mois, la région bruxelloise jouera son joker, avant de voir si, du côté d’une quelconque Cour internationale, il n’y a pas un atout à jouer.
Je dois vous avouer que, lorsque je suis à l’étranger, je suis un peu gêné de devoir donner des explications sur cet imbroglio. D’un côté, les défis que l’humanité doit aborder aujourd’hui réduisent ce dossier à une ridicule querelle de sales gosses dans une cour de maternelle ; de l’autre, un différend de cet acabit aurait suffi, en d’autres régions du monde, à déclencher une guerre civile sanglante.
Pour poursuivre dans les aveux, je vous dirais encore que je n’y comprends pas grand-chose. Qu’en outre, étant né à Bruxelles et vivant dans le Brabant, je me sens culturellement plus proche de la Flandre que de la Wallonie, ce qui ne m’empêche pas de travailler, comme écrivain, avec les uns et les autres. Avec d’autres – la plupart dans le monde culturel, en Flandre comme en Wallonie –, je pense que la fédéralisation d’un aussi petit pays est une ânerie coûteuse.

Mais c’est une réalité et il est peu probable que l’on fasse jamais marche arrière. Soyons donc réalistes et pragmatiques ! Il ne sert à rien, sans doute, de rappeler que BHV était une pierre d’un important accord antérieur, que l’on avait juré de ne pas modifier. En politique – comme ailleurs – les « jamais » signifient : « pas maintenant mais plus tard ». Et une saine gestion politique impose de réviser les évidences et de renégocier ce qui, hier, était non négociable. C’est ainsi que les paix se construisent, laborieusement, alors que les conflits se bâtissent sur les refus de négocier.

Puisqu’à l’évidence, il semble qu’il faille réformer l’arrondissement BHV, il n’est sans doute pas très judicieux de continuer à botter en touche grâce à des «trucs» de procédure. L’imagination dont nos politiques savent faire preuve pour, par exemple, permettre au roi de ne pas assumer ses devoirs constitutionnels quand il a des problèmes de conscience, cette imagination dont ils se font une fierté devrait être au service de la résolution de ce mauvais dossier. Des idées, il y en a : Philippe Moreau, qui n’est pas le moins imaginatif ni le moins provocateur, suggérait, en 2005 déjà, que la Flandre intègre et vienne en aide aux communautés francophones installées au sein de la région flamande ; on a aussi parlé d’une circonscription nationale pour les élections fédérales, ce qui serait assez logique… Mais le débat n’est pas véritablement porté par une imagination constructive et concertée, prête à bouleverser les habitudes.

Sans doute faudrait-il aussi faire entendre enfin que le problème linguistique est, du moins aujourd’hui, un faux problème. Qu’il y a, derrière cet alibi, d’autres enjeux. Des médiocres : permettre à des petits politiciens d’être le premier dans leur village plutôt que le second à Rome ; des majeurs : inventer de nouvelles façons de vivre ensemble.

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2 réactions sur “BHV : vivement les soldes (le retour) !”

  1. Luc De Vriese dit :

    Geachte Heer Engel,
    J’ai lu votre article dans De Standaard de ce jour.
    Je suis à vrai dire assez déçu du fait que vous écriviez un article sur BHV et qu’en même temps vous avouiez ne rien en comprendre et ne pas pouvoir expliquer à l’étranger de quoi il s’agit (mais je respecte votre franchise).
    Je vous donne le conseil de prendre une demie heure de temps et de lire sur Wikipedia (en Néerlandais) l’essentiel sur BHV (il suffit de mettre les lettres BHV dans la case de recherche).

    http://nl.wikipedia.org/wiki/Brussel-Halle-Vilvoorde

    Moi je n’oserais pas écrire un article dans un journal sur un sujet dont je ne connais et ne comprends pas le fonds du problème. Peut-être parce que je suis une personne plutôt rationelle et vous plutôt un artiste?
    En tout cas, je fais l’effort de vous expliquer :
    En 2002 le gouvernement Verhofstadt a modifié la loi de vote en Belgique en introduisant les circonsciptions provinciales.
    En 2003 la cour constitutionnelle (avec une parité entre Francophones et Néerlandophones) a jugé sur la demande d’une série de personnes (entre autres Herman Van Rompuy) et partis politiques que cette loi contenait des dispositions qui entravaient le principe de notre constitution sur l’égalité de tous les Belges. Principe assez fondamental, vous l’avouerez avec moi. En fait, les Francophones à Halle Vilvorde ont obtenu dans cette loi des droits que les Flamands en Wallonie n’ont pas. Et il y a pas mal d’autres inégalités dans cette loi.
    Ni Verhofstadt avant 2007 (terme accordé par la cour constitutionnelle), ni Leterme, ni encore une fois Verhofstadt et finalement ni Herman van Rompuy (jusqu’à ce jour) n’ont réussi à restaurer cette égalité du citoyen dans cette loi.
    Je constate que la classe politique ne réussit pas à modifier une loi qui est en contradiction avec la constitution.
    En tant que juriste, je n’apprécie pas du tout cette situation de blocage.
    Et sur ce point on se comprend.
    Cordialement
    Luc De Vriese
    Aalst

  2. Vincent Engel dit :

    texte français plus bas…

    Geachte Heer De Vriese
    Om te beginnen, zal ik ook om uw clementie smeken voor mijn heel slecht Nederlands. Ik hou zo veel van andere talen spreken, maar het is heel moeilijk een andere taal te schrijven…
    Maar daarvoor, ga ik akkoord met Romain Gary, die zegt dat een schrijver die te veel faciliteit heeft in zijn eigen taal (niet alleen in een Belgische gemeente) zou in een andere taal schrijven.
    Dus…
    Mijn « contract » met De Standaard is : wat de Franstaligen denken over enkele problemen van ons mooi land. En om juist te zijn, ik moet zeggen : over BHV of andere problemen die zeer belangrijk voor Vlaamstaligen zijn, zijn de Franstaligen absoluut waterdicht.
    Ik ben op Wikipedia geweest en ik heb dit artikel in het Vlaams gelezen. Het is heel interessant en ik heb iets geleerd. Ik dank U ook daarvoor. Maar als U op het Frans Wikipedia gaat, wat vindt U over « BHV » ? Bijna niets. En welke Franstalige zou zulk een lang artikel in het Vlaamse (of in het Engelse) lezen over een complex probleem, wanneer zij een vlug en gemakkelijk antwoord van hun politici hebben ?

    Voor mij, wat belangrijk is, is de mogelijkheid om nog samen te leven. Ja, het is normaal dat de Vlamingen willen BHV splitsen. Het zou ook normaal zijn voor mensen zoals ik, die nog van Belgie houden, dat een nationaal verkiezingsarrondissement voor nationaal verkiezing georganiseerd wordt. Als ik het geschreven heb, denk ik dat de taal het echt probleem niet is. Ik weet dat enkele Vlamingen daarmee akkoord gaan, maar er is een spanning daarover, en dat kan ik begrijpen wanneer het niet mogelijk is , of heel moeilijk voor een Vlaamstalige begrepen te worden in Brussel of Wallonië.

    TEXTE FRANÇAIS

    Cher Monsieur,

    Mon accord avec De Standaard consiste à faire connaître au public néerlandophone ce que les francophones pensent de certains sujets qui concernent notre beau pays. Et pour être juste, je dois admettre que, sur BHV et d’autres problèmes qui sont de première importance pour les néerlandophones, les francophones demeurent radicalement imperméables.
    Je suis allé sur le site de Wikipédia et j’ai lu l’article. C’est très intéressant et instructif, et je vous remercie de me l’avoir fait connaître. Mais si vous allez sur la partie francophone du site, que trouvez-vous à l’article « BHV » ? Presque rien. Et quel francophone ira lire un aussi long article en flamand (ou dans n’importe quelle autre langue) sur un sujet aussi complexe, quand il est possible de recevoir, via les politiques, une réponse facile et rapide ?
    Selon moi, ce qui compte c’est la possibilité de vivre encore ensemble. Oui, c’est logique et normal que les Flamands souhaitent la division de BHV. Et ce serait aussi normal, pour ceux qui, comme moi, aiment encore leur pays, qu’un arrondissement national soit institué pour les élections fédérales. Comme je l’ai écrit, je ne pense pas que la langue soit le vrai problème. Je sais que certains Flamands partagent cet avis, mais il y a une tension sur le sujet, et je peux parfaitement le comprendre à partir du moment où il n’est pas possible pour un néerlandophone d’être compris à Bruxelles ou en Wallonie.

    Je ne peux finalement que conseiller à chacun d’aller lire les réactions à mon article sur le site du Standaard. Je ne suis évidemment pas d’accord avec toutes, mais la qualité du débat me semble excellente. Et je pense que les francophones ont tout à gagner à découvrir ce que pensent vraiment leurs voisins…

    http://www.standaard.be/Meningen/Forum/Index.aspx?pageName=detail&forumId=1225831

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…