Facebook

Blanc comme neige


Ce n’est pas un hasard de l’histoire si l’an 2010 s’ouvre sous la neige. Il ne faut pas confondre les plaisirs de l’hiver et l’angoisse de la page blanche. Mais comment ne pas trouver à la météo une fichue allure de symbole ? Et même de signal. D’autant que pour le plus grand bonheur des automobilistes, sous la neige, les feux ont la même couleur et tous les chats sont gris.
Page blanche donc en ce début de décennie. Il y a ceux que ça excite et ceux qui en ont peur. Ceux qui trouvent que la route manque de sel et font déjà la glissade. Les pessimistes qui, à l’instar de Georges Simenon, prétendent que « la neige était sale » pour y lire comme dans le marc de café des lendemains qui déchantent. Il y a les tristes qui gémissent « Tombe la neige, tu ne viendras pas ce soir ». Les découragés qui font une croix sur la vie, quel que soit le temps. Qu’il pleuve ou fasse soleil, Madeleine ne viendra pas. Le dernier tram s’en va. On doit fermer chez Eugène.
Il y a ceux qui ont des doutes, qui se demandent, transis de froid, en grattant chaque matin le pare-brise de leur bagnole, les pieds dans leurs bottes fourrés, ce qu’attend ce fameux réchauffement climatique pour montrer enfin le bout de son nez. Ceux qui ricanent en entendant les cris d’alarme des écolos, eux qui promettent de sauver la planète de la calcination mais sont incapables de surveiller au bout de la rue la petite rivière qui traverse Bruxelles pour l’empêcher de se transformer en égout quand elle passe la frontière linguistique.
Mais il y a les perce-neige, qui gardent le sourire imperturbable sous la tempête. Ceux qui entendent les fleurs de couleurs pousser sous le grand blanc. Ils nous promettent les fauves repeints de rose, panthères ou flamants. Bref, la vie en rose. Le billet vert plus vert. L’or plus noir. Et la mer plus bleue. Mais les amers en doutent. On nous a déjà fait le coup, rappellent-ils. Combien de fois nous a-t-on promis la lune ? On nous a vendu le modèle rouge. Les Russes n’en sont pas encore remis. Le modèle bleu, on sort d’en prendre, merci. Comme le modèle vert couleur de l’islamisme radical.
Pourquoi pas plutôt le modèle blanc, celui que chacun fabrique selon son envie, tel un bonhomme de neige ?

PS/ bel exemple de modèle pétardant de couleurs, le nouveau film de Jaco Van Dormael, Mr Nobody. La fantaisie et l’imagination au service d’une histoire magnifique mêlant hier et demain, émotion, humour et suspens. Pour certains, un nouveau cinéma est né avec le 3 D. Pour d’autres, c’est Mr Nobody qui ouvre une nouvelle façon de regarder le cinéma.

Mots-clefs :

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…