Facebook

BPMQT


L’autre jour, la police française de la route a arrêté un Belge de 44 ans qui, au volant de sa Ferrari, se rendait de Genève à Luxembourg en roulant à 245 kilomètres à l’heure.  J’imagine que cette mise à l’arrêt aura des conséquences judiciaires.  Je les espère sévères, mais, dans ce domaine, rien n’est vraiment sûr.

J’essaye de mettre mon cerveau à la place de celui de cet homme, trader de profession, membre d’une espèce nuisible entre toutes.  Cette appartenance ne doit pas être sans influence sur la mentalité de notre contrevenant, mais elle ne peut expliquer tout.  Evidemment, l’idéologie de la bagnole atteint tout un chacun, la preuve en est fournie par les chauffeurs de taxis qui, émules de Schumacher, dévalent à tombeau ouvert mon avenue uccloise.  Mais, quand on possède une Ferrari ayant coûté deux cent mille euros, elle trouve un terrain plus favorable encore.

Sentiment de puissance sur le marché de l’argent, cet objet stérile que l’on contraint à faire des petits à l’espérance de vie incertaine, sentiment de puissance au volant du bolide dont ces jeux d’argent ont permis l’acquisition.  Sur les autoroutes ordinaires, où les limitations de vitesse, je le constate régulièrement, ne sont jamais respectées, avec les fréquentes conséquences dramatiques que l’on sait, on a affaire en l’occurrence aux multiples représentants de l’espèce PMQT (plus malin que toi).  Plus malin, parce qu’il ou elle sait bien, lui ou elle, qu’avec un peu d’audace, tant que le gendarme n’est pas visible, et de virtuosité au volant, qualité qu’il ou elle revendique à priori, on peut se passer de respecter les limitations que des ignares ou des crétins veulent imposer dans des passages qui ne sont dangereux qu’à leurs yeux.  Une bagnole, c’est fait pour rouler vite, non ?  Tout conducteur est nécessairement pressé.  Le chauffeur devient chauffard, et tant pis pour les pauvres jobards dans mon genre qui croient en la pertinence des limitations !

Rouler à du 245 à l’heure, c’est vous faire accéder à la catégorie supérieure du BPMQT (beaucoup plus malin que toi).  « Place, place », hurle in petto cet avatar du Chat Botté, et peut-être hurle-t-il effectivement, bien à l’abri dans l’habitacle étroit de son obus roulant.  « Place, place », je suis tout-puissant, je conduis une Ferrari de deux cent mille euros, cassez-vous, minables en Mégane, en Golf ou même en BMW !  Je suis hors d’atteinte, j’écrase tout le monde, et d’abord par mon arrogance.  Le BPMQT, en effet, est avant tout un arrogant, type en voie de rapide expansion.  Pour moi, le seul antidote que j’imagine est une impitoyable répression, mais les arrogants ont pour se prémunir des moyens dont le MMQL (moins malin que lui) ne dispose pas.

Une question se pose dans la foulée : pourquoi construit-on des bolides de ce genre et pourquoi les vend-on au premier venu qui peut en allonger le prix (et qui n’est évidemment pas le premier venu en termes financiers) ?  Par ce biais se renforce l’idéologie de la voiture  (le peu reluisant M. Ecclestone en est le représentant attitré), dont la nocivité n’est pas à démontrer.  Toutes les palinodies en faveur d’un événement aussi dérisoire qu’un Grand Prix de F1 n’y changeront rien : la bagnole tue, il serait temps de l’imprimer en grand et gras sur les automobiles, à l’instar de ce qui se fait sur les paquets de cigarettes.  Et en plus grand et gras encore sur celles des traders hyper arrogants qui se croient d’une autre essence (sic !) que le commun des mortels.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…