L’histoire vraie de Silvio B., Francesca P. et Nicole M.

Il se dit que lorsque Francesca B. prit connaissance de la composition des listes électorales pour les prochaines élections régionales, elle hurla son mécontentement d’une manière telle que l’immense colonne de Marc Aurèle, trônant à l’entrée de Palazzo Chigi, la somptueuse résidence professionnelle de Silvio B., tressaillit sur son socle de marbre blanc. Le petit personnel, dit-on, massé derrière une immense porte de chêne s’écria d’une voix médusée : Quel spectacle ! (Lire la suite…)

Un humain doué de raison

Ce n’était pas la peine d’essayer de leur faire peur. Ce n’était pas la peine de leur faire la leçon, la morale, tout en en tirant renommée et profits de prises de positions soi disant écologiques : les habitants du Beau pays étaient plus futés que cela. Face aux catastrophistes de la fonte des glaces, aux obsédés de la couche d’ozone, aux frileux de l’effet de serre, aux détraqués du dérèglement climatique, face aux sergents recruteurs de l’armée des sombres qui prédisaient la fin du monde et n’acceptaient de faire du vélo en ville qu’en période électorale et quand il faisait beau, quelques voix commençaient à se faire entendre. (Lire la suite…)

Quand le président Ahmadinejad s’ennuie

Quand le président Ahmadinejad s’ennuie, il réunit la presse comme dimanche dernier et déclare que la présence d’Israël au Moyen Orient, « ne serait-ce qu’un centimètre du sol de la région » est « source de menaces, de crises et de guerres ». Autrement dit, il est temps de « balayer l’état sioniste bien loin ». Ca tombe bien, on aura des missiles dans pas longtemps. Ma femme est déjà en train de faire mijoter la casserole. Hochements de tête satisfaits de ses invités, les chefs des mouvements Hamas, du Jihad islamique et du Front populaire pour la libération de la Palestine-Commandement général (ne pas oublier d’ajouter Commandement général, svp sinon on ne s’y retrouve plus). (Lire la suite…)

Pour une dialogique traversière

Cher Vincent,

Cette fois-ci, c’est à un exercice de voltige blogologique un peu périlleux que je te convie.
Il se fait que je viens de découvrir, en kiosque, le « Magazine littéraire du Maroc », d’un contenu époustouflant, presque sans égal au rayon des revues de langue française interrogeant les enjeux de la littérature.
Le jour même (avant-hier), je m’adressais au signataire de l’éditorial, Abdesselam Cheddadi, qui me répondait hier. (Lire la suite…)

Carrefour, le « top employeur »

Connaissez-vous, Monsieur Lars Olofson ? Pas vraiment, sans doute ! Et bien Monsieur Lars Olofson est le directeur générale du Groupe Carrefour International. Jusqu’ici il n’a pas voulu répondre aux demandes d’interview  concernant les 1672 licenciements programmés chez Carrefour Belgique. Mais vous pouvez faire la connaissance du DG en vous rendant sur le site du groupe Carrefour.com. Et c’est très instructif. D’abord parce que vous pourrez voir et écouter un entretien de Lars Olofson interrogé par son service de communication sur le bilan 2009 du groupe. Un entretien réalisé quelques jours avant l’annonce des licenciements en Belgique. (Lire la suite…)

Pour le Canada, contre les USA

© P. Pellizzari. Vancouver 2010, entrée de l'équipe du Canada pour le match contre les USA (qualifications)

On a déjà beaucoup parlé de ce sujet, mais les jeux olympiques sont un bel exemple et un moment intéressant pour se poser la question de la nationalité. (Lire la suite…)

Nic et ses amis

« Une des fraudes les plus colossales dans l’histoire de notre pays. » Moins de dix jours après le scandale sur l’attribution des fonds destinés à la reconstruction des zones frappées par le tremblement de terre des Abruzzes (voir mon article), c’est en ces termes que le parquet de Rome a qualifié la nouvelle affaire politico-judiciaire qui défraye la chronique transalpine.

Tout commence presque banalement : Vito Tommasino, entrepreneur romain, dépose plainte au parquet contre Luca Berriola, fonctionnaire. Motif : Depuis de nombreuses années, le dénommé Luca Berriola, carabinier major dans le service antifraude, prêtait de l’argent à Vito Tommasino à un taux usurier, lui demandant par la même occasion d’adresser de fausses factures à des sociétés étrangères dans le but de rapatrier de l’argent sale. Le parquet enquête et découvre le pot au rose : Luca Berriola fait partie d’une association de malfaiteurs qui utilise deux sociétés cotées en bourse, dont une filiale de Telecom Italia, pour frauder le fisc. Le chiffre d’affaire de l’association est faramineux : 2,5 milliards d’euros. (Lire la suite…)

Démasquez Zorro !

Parfois de simples choses vues suffisaient à dire l’état du Beau pays.
Un homme bien mis en extase dans le métro. Un Ipod à fond dans les tympans avec réducteur du bruit venu de l’extérieur. Incommunicabilité. Rater un coup de fil d’amour – il n’entendit ni ne sentit son portable sonner ni vibrer -, alors que tout le wagon, oui. Ne pas entendre non plus le musicien du métro avec ses fausses notes qui jouait le même morceau que celui inondant ses pavillons de riche : une valse de Chopin. Après cette dernière rebuffade, le nouveau misérable fit un pas de plus vers la fin volontaire de sa vie.
Impitoyable était l’affiche. Elle indiquait en très gros caractère sa nouvelle exposition : « Soulages ». Mais son nom venait d’être barré d’un bandeau où on lisait « Derniers jours ». Ça faisait drôle, litote pour c’était sinistre. (Lire la suite…)

Ubu, roi du monde

C’est le Gabon du dictateur Ali Bongo, fils et successeur désigné d’Omar Bongo récemment décédé, qui présidera en mars prochain le Conseil de Sécurité de l’ONU devant décider des sanctions contre l’Iran… Le Gabon d’Ali Bongo, protectorat français dont Total possède le pétrole et Vincent Bolloré – yachtman de Sarkozy – les principaux autres joyaux, dont le port de Libreville ; (Lire la suite…)

28 février 1986, 23 h 21

Le 28 février 1986, à 23 h. 21, le premier ministre suédois, Olof Palme a été abattu au coin de Sveavägen et de Tunnellgatan à Stockholm. Au bout de la rue, il y a une butte au sommet de laquelle on accède par deux escaliers. C’est par là que s’est enfui l’assassin. On ne l’a jamais retrouvé. Le crime impuni laissera autant de cicatrices, d’interrogations, de doutes dans la société suédoise que celui des tueurs du Brabant wallon chez nous. L’homme arrêté par la police et qui a toujours nié sa participation sera acquitté. Comme « notre » bande « des Borains » après un procès d’assises mort-né. Et, comme pour les tueurs du Brabant wallon, on soupçonne l’extrême droite d’être liée au meurtre de Palme. (Lire la suite…)

L’Italie de la corruption

On se croirait dans « Romanzo Criminale », le roman de Giancarlo De Cataldo, porté à l’écran par Michele Placido. La dernière vague de scandales en rassemble tous les ingrédients : fraude fiscale gigantesque, recyclage des fonds de la criminalité organisée où l’on retrouve pêle-mêle maffieux, vieilles connaissances du fascisme subversif, affairistes et hommes politiques corrompus. Et comme toujours dans ces cas-là, la réalité risque de dépasser la fiction. Les affaires qui ont éclaté à Rome cette semaine sont énormes. Les magistrats ont inculpé 56 personnes. Deux sociétés de Teléphonie, la Fastweb et une filiale de Telecom Italie sont soupçonnées d’une fraude fiscale colossale  de 400 millions d’euros et de recyclage d’argent sale pour plus de 2 milliards d’euros. Le tout avec ramification internationale et le concours de la ‘ndrangheta, la maffia calabraise qui aurait récupéré une partie de ces fonds. Une maffia qui, par ailleurs, aurait utilisé cet argent pour organiser l’élection de Nicola di Girolamo, comme sénateur du parti de la liberté de Silvio Berlusconi. (Lire la suite…)

Atlantide

L’Atlantide est-elle autre qu’une triple question jamais posée ?
Sur la scène de l’Atlas, devant l’abîme d’ombre où s’offrent les décombres, malgré moi je grimace.
Rouge est l’écume de la mer des boues déversées par les oueds après le déluge des derniers jours.
On dirait un sang rameuté depuis l’autre rive par les sorcelleries d’Haïti.
Plus loin que l’horizon se cache quelque chose qui est là, devant mes yeux aveugles. Invisible autant que les antipodes. C’est l’Atlantide quotidien. Ce geste, ce mot, ce foulard de femme à chaque instant parlent d’un insondable continent comme d’une musique engloutie. D’où vient-il que mes pas aient pu s’égarer jusqu’ici ? Je veux dire, quelques centaines de mètres en surplomb d’Agadir, face à l’Atlantique, sur ce qui demeure de l’ancienne casbah ravagée par un tremblement de terre il y a – presque jour pour jour – cinquante ans.
Il s’en fallut d’un vaste mouvement de charité internationale, en ce mois de février 1960, pour que les cinquante mille morts fussent rassasiés en vivres, boissons fraîches, vêtements propres, ainsi qu’en bonnes intentions idéologiques…
Surtout, ne pouvait pas être envisagée la question : c’est quoi l’Afrique ? (Lire la suite…)

À propos de toupet et de larmes séchées

Les morts de Buizingen n’étaient pas encore complètement comptés et voici que le pilier de notre VRT nationale exige durant le journal de 8 heures, de manière aggressive et non nuancée, que Inge Vervotte donne les noms des responsables. Comment est-ce possible qu’un journalisme de basse investigation puisse avoir sa chance sur la VRT ? Inge Vervotte, malgré sa colère devant un tel manque de respect et de savoir-vivre, se comporta comme une grande dame. Elle continua à le faire dans toutes les émissions suivantes où les vedettes de Canvas fulminaient encore.  Au diable De Vilder et compagnie, chapeau, petite Inge. Une nouvelle preuve que les gens de petite taille peuvent être grands. (Lire la suite…)

Plus près de toi…

Pascal Verbeken a quasiment mon âge. Il est né à Gand. Il vient de publier un livre, La terre promise (Flamands en Wallonie), où il explique qu’il s’en est fallu de peu pour qu’il soit wallon, et pas flamand ; il aurait suffi que ses grands-parents, à Grammont, suivent le mouvement dominant de migration qui était alors celui des Flamands pauvres vers la Wallonie riche. Raconté comme ça à des jeunes wallons et flamands, cela semblerait surréaliste (un art très belge). Pourquoi pas des Israéliens pacifistes et des Palestiniens ouverts au dialogue ?

De tels Israéliens et Palestiniens existent. Et on peut supputer qu’il y a encore en Belgique quelques citoyens avertis de l’histoire leur « pays » et de son évolution. Comme Pascal Verbeken et Luckas Vander Taelen, lequel a réalisé l’adaptation cinématographique du livre de Verbeken. (Lire la suite…)

Le triomphe de l’énergie pulsionnelle

L’Aquila, dans les Abbruzes, la nuit du 6 au 7 avril 2009, la terre tremble, se lézarde. Bilan : 300 morts, 2000 blessés, 20 000 maisons et immeubles détruits. Une région entière dévastée. Au même moment, à moins de cent kilomètres de là, deux entrepreneurs romains, les sieurs Piscicelli et Gagliardi, rient. Ils rient parce qu’ils savent que plus la terre tremble, plus ils ont de probabilité de s’enrichir. Grâce aux écoutes téléphoniques décidées par le parquet de Florence, voici un extrait de leur conversation de ce matin-là : Piscicelli (P) : Il faut que l’on contacte de suite ceux de la Ferratella, on doit démarrer au quart de tour, c’est pas comme s’il y avait un tremblement de terre par jour (rires) – Gagliardi (G) : T’as raison… – P : Tout de même, pauvres gens… – G : Ok, ça va, ça va… – P : En tout cas, moi, ce matin à trois heures j’étais dans mon lit et je riais, oui, je riais… – G : Oui, moi aussi je riais (rires)… (Lire la suite…)

Indigeste expresso !

Nous vivions une dictature. Faite sur mesure pour celui qui nous dirigeait. La dictature du chrono. Soit faire rentrer le maximum de paroles et d’actions dans un minimum de temps. Haïti, premier voyage d’un président français, parfait. Mais c’était du concentré : quatre heures et demi chrono sur place, charité, tour en hélicoptère (les Français survolaient très bien les catastrophes, ils avaient déjà été les premiers au-dessus du 11 Septembre), et discours compris. Les habitants du Beau pays s’étaient habitués. Leur président ne faisait que des voyages express, confondant la diplomatie avec les guerres éclair ; autant l’audace foudroyante payait dans celles-ci, autant l’agitation était contre productive dans celle-là.

Cette dictature avait des complices, au premier rang desquels les journalistes. A la radio, il n’était pas rare d’entendre  à la fin d’une interview (Lire la suite…)

Ne dites pas à ma mère que je travaille dans un service public

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Difficile pourtant de ne pas songer avec un peu de regret à l’époque où le service public obéissait à d’autres lois qu’à celles du « marché » (lequel n’a paraît-il rien de commun avec le marché du Midi, sinon on n’en serait probablement pas là). Gestion parfois approximative, lourdeur, bureaucratie, nominations politiques, ce ne sont pas ces maux qui ont usé administrations et « parastataux » (Lire la suite…)

Cita Verte, un exemple ? (2)

Il est de coutume de célébrer dans nos sociétés l’esprit d’équipe. Ce n’est pas pour rien que le « fouteballe » a autant de succès. Et une équipe gouvernementale, ce n’est pas autre chose qu’une équipe qui tend à vouloir marquer des buts, en favorisant le jeu, mais c’est toujours au dernier, celui qui a le ballon et qui est devant le « goal » d’envoyer au fond des filets. Là, il est seul, devant sa décision.

Cette métaphore « fouteballistique » en fera pleurer plus d’un par son indigence (Lire la suite…)

Hommage à un résistant

Je voudrais vous parler de résistance. Mieux : d’un résistant : Gerardo Vacana, poète, essayiste et traducteur, homme de cœur et de convictions, même s’il est probable que son nom ne vous dise rien. Pour le rencontrer, vous devriez en effet vous rendre sur ses terres, rouges et ensoleillées de janvier en décembre, vous perdre dans son potager, son ami et confident, tendre le regard bien au-delà des étendues de pieds de vigne, de figuiers, de chênes et d’oliveraies. C’est probablement là, confiant ses peines à un compagnon de basse-cour, farfouillant dans un sentier abrupt et herbeux que vous le trouveriez. Et sans doute ne croiriez-vous pas que notre homme est un héros, un héros des temps modernes. (Lire la suite…)

Direction du Sous-Équipement

Les plus grandes révolutions ne se lisaient plus sous les pas des chevaux, dans le sang des caniveaux ou sur le front des barricades. Elles étaient insidieuses et leurs soldats envahissaient nos têtes puis le Beau pays sans un coup de feu ni une protestation. Et d’ailleurs, qui avait parlé finalement de ce décret, à part quelques journaux trop occupés de leur survie entre leur « version papier » et leur site internet ?
Matricule : JO N° 2009-1393. Objet : disparition de la Direction du livre et de la lecture, fondue dans un ensemble plus large, la Direction générale des médias et des industries culturelles. Ces mots n’avaient l’air de rien et pourtant ils anticipaient un avenir : où les livres ne seraient plus qu’électroniques et les journaux informatiques. (Lire la suite…)