Plus près de toi…

Pascal Verbeken a quasiment mon âge. Il est né à Gand. Il vient de publier un livre, La terre promise (Flamands en Wallonie), où il explique qu’il s’en est fallu de peu pour qu’il soit wallon, et pas flamand ; il aurait suffi que ses grands-parents, à Grammont, suivent le mouvement dominant de migration qui était alors celui des Flamands pauvres vers la Wallonie riche. Raconté comme ça à des jeunes wallons et flamands, cela semblerait surréaliste (un art très belge). Pourquoi pas des Israéliens pacifistes et des Palestiniens ouverts au dialogue ?

De tels Israéliens et Palestiniens existent. Et on peut supputer qu’il y a encore en Belgique quelques citoyens avertis de l’histoire leur « pays » et de son évolution. Comme Pascal Verbeken et Luckas Vander Taelen, lequel a réalisé l’adaptation cinématographique du livre de Verbeken. (Lire la suite…)

Identité belge ?

On sait les controverses que suscite en France le fameux débat, voulu par Nicolas Sarkozy, sur «l’identité nationale». Le Président français a confié à une personnalité aussi discutable qu’Eric Besson les portefeuilles de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale (sans oublier celui du Développement solidaire) ; la confusion des portefeuilles confirme celle qui prévaut à un débat dont les finalités sont avant tout électoralistes et traduisent toute l’ambiguïté de la politique de Sarkozy. (Lire la suite…)

10 décembre 2009 : le jour de Pierre Mertens

© Alain Dewez, Le Soir

© Alain Dewez, Le Soir

Disons-le d’entrée de jeu ; je ne pense pas que Pierre Mertens me considère comme un de ses amis, et pour de bonnes raisons sans doute. Nous n’avons jamais été très proches physiquement, même si nos chemins se sont croisés à plusieurs reprises. (Lire la suite…)

Reste dehors, Albert Camus…

Albert CamusLorsque Meursault, le héros de L’étranger de Camus, arrive à l’hospice où sa mère est morte, le directeur lui apprend que, conformément à un désir que la vieille femme aurait exprimé peu avant son décès, il y aura une cérémonie religieuse. Meursault ne dit rien, bien qu’il sache que sa mère n’avait jamais éprouvé de sentiment religieux. Et s’il ne s’oppose pas à cette décision, c’est parce que sa mère est morte. Son attitude sera toute différente lorsque, en prison, l’aumônier voudra lui faire admettre qu’il croit en Dieu et qu’il espère une autre vie. Là, pour la première fois, Meursault se fâche et s’en prend violemment à cet homme qui veut le ramener dans le giron de la foi. (Lire la suite…)

Les arnaques numériques

J’avais déjà dénoncé dans Victoire les arnaques mises en place par de pseudo éditeurs proposant « à des prix imbattables» aux auteurs de «publier» leurs livres. Nouvelle manière de pratiquer l’édition à compte d’auteurs; ces officines qui ont désormais leur vitrine sur le Web profitent des avancées du numérique pour, encore et toujours, se faire du blé sur le compte des gens qui, de bonne foi, ont envie de diffuser autour d’eux le fruit de leur écriture.

Mais il n’y a pas que pour les auteurs en herbes que les arnaques pullulent. Pour les étudiants et les élèves aussi, comme le démontre, entre autres, le site www.oboulo.com. (Lire la suite…)

Souvenirs de l’époque du Rideau de fer

Je reprends ici un article, publié en néerlandais sur le site de Pierre Therie, Anders Nieuws. Je suis rentré en contact suivi avec lui à la suite de la publication de ma chronique sur BHV dans De Standaard. Depuis, nous échangeons régulièrement… Je remercie Jean Monnoye pour la traduction de ce texte.

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, les médias sont pleins de souvenirs de ce tournant historique. La fin aussi de la Guerre Froide. Les journaux louent les politiciens qui avaient la parole à l’époque. Certains profitent de l’occasion pour témoigner leur sympathie envers le système communiste. (Lire la suite…)

Retour au Musée Hergé

© Musée Hergé

© Musée Hergé


Alain De Kuyssche, qui travaille au Musée Hergé à Louvain-la-Neuve, avait vivement réagi à mon article posté ici à l’occasion de la présentation à la presse du musée – lors de laquelle, pour rappel, il avait été interdit aux journalistes de prendre des photos, celles-ci étant par ailleurs distribuées ensuite par les bons soins des responsables de l’institution.

Gentiment, M. De Kuyssche m’a invité à visiter les lieux, avec mon fils, ce que nous fîmes à l’occasion du congé de Toussaint – non que j’étais prêt à donner à Hergé le bon Dieu sans confession ou à la prendre pour un saint ! (Lire la suite…)

BHV : vivement les soldes (le retour) !

Il y a presque 5 ans déjà, j’écrivais dans les colonnes du Soir : « BHV, vivement les soldes ! » En cette année anniversaire (les 175 ans de la Belgique, les 25 des institutions fédérées), je m’étais amusé de ce que les couloirs du métro parisien, à travers une publicité, offrent une déclinaison insolite à ce qui était en train de devenir un des problèmes majeurs de notre petit pays.
Du grand magasin parisien à la kermesse belge, BHV permet en français quelques jeux de mots bilingues significatifs, grâce au « h » central – une lettre, une hache. Pour les francophones, à rebours de l’acronyme, c’est bien VHB : Vlanderen hache la Belgique. Et l’inverse semble prévaloir pour les néerlandophones. Brader un pays ou solder une querelle, il faut trancher… (Lire la suite…)

Un retour bruyant

Il y a une chose à laquelle je n’ai jamais cru : la parole d’une certaine catégorie de personnes. Non, pas les politiques. Enfin, oui, les politiques aussi, mais ça, tout le monde ou presque est dans mon cas. Et puis, il faut reconnaître que la plupart respectent au moins une parole fondamentale, qu’ils ont proférée un jour, parfois dans le secret de leur miroir : « je veux être élu ».
Je veux parler des sportifs. Attention, j’admire les sportifs. Dire le contraire aujourd’hui équivaudrait d’ailleurs à s’exclure automatiquement de la société. Comme l’analysent parfaitement Carolie Eliacheff et Daniel Soulez Larivière dans Le temps des victimes (Albin Michel), pour être célèbres à présent il faut être soit victime, soit sportif. Je ne veux pas devenir une victime ; je ne dirai donc pas de mal des sportifs. Sauf pour dire qu’ils parlent mal… Surtout elle… (Lire la suite…)

Vingt heures par semaine, Madame la Ministre ?

Je reproduis ici, avec l’autorisation de son auteur, la superbe carte blanche que Frank Andriat a adressée à Madame Simonet, Ministre de l’enseignement. Cette carte blanche a été publiée dans Le Soir du 24 septembre. On ne peut mieux exprimer le malaise que suscitent les mesures d’économie avancées par le gouvernement de la Communauté française. Après avoir fait de l’enseignement une priorité dans leur déclaration gouvernementale, les partenaires de l’Olivier font ce qu’ont fait presque tous les gouvernements : saboter l’enseignement en contribuant à la dévalorisation et au découragement des enseignants. (Lire la suite…)

Le meilleur ami de l’Homme

CalimeroFrançois Fillon est vraiment le meilleur ami de l’Homme. S’indignant de ce que M. de Villepin osât s’indigner que son Maître et Président eût parlé de lui comme «coupable» et non comme «accusé présumé innocent», le Premier Ministre de Nicoland et Sarkozie a répondu : «dans cette affaire, il y a une victime principale, le président de la République. Et on ne doit pas transformer les victimes en coupables.»
Il a tout à fait raison. Toute la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy a surfé sur la vague de la victimisation. Ce n’était plus Sarko, c’était Caliméro. Trop injuste…

Parce qu’aujourd’hui, comme le rappellent à merveille Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière dans leur essai Le temps des victimes, il y a deux manières pour faire parler de soi : être sportif ou être victime. Nicolas Sarkozy est sans doute le premier à avoir réussi cette remarquable synthèse : il a fait de l’auto-victimisation un sport de haut niveau, et il a décoché la médaille d’or. Personne ne l’aime, c’est pour ça que les Français l’adorent. Tout le monde veut sa perte, grâce à quoi il triomphe.
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La simplicité volontaire

« La simplicité est l’habit de la perfection. », a écrit Wladimir Wolf-Gozin.
Qu’est-ce que ça veut dire ? Et d’abord, c’est qui, ce type ? Avec un nom comme ça, on ferait bien de réfléchir à deux fois avant de parler de simplicité, vous ne trouvez pas ?
Rien de tel que la simplicité, me disait récemment le comte Aldo-Ladislas-Raymond-Marie de la Poudrière du Mont Joli en rentrant sa Rolls dans la cour de son château. Il venait de revendre sa Bentley, c’est vous dire combien il est simple, et il envisageait de louer pour un prix modique à sa bonne son petit appartement de 240 mètres carrés sur la promenade des Anglais. Laquelle est devenue, selon ses propres mots, beaucoup trop populaire, ce qui, sans doute, est le contraire de la vraie simplicité, quoi, non ? (Lire la suite…)

Le poids des photos

ADAM_Usine_ptUsine occupée. 46 portraits de travailleurs de Royal Boch, Daniel Adam et Véronique Vercheval, L’image et l’écrit.

C’est Franco Dragone qui m’a vraiment fait découvrir La Louvière. Au-delà de la magie exubérante de ses spectacles à Vegas, j’ai pris conscience de la fragilité d’une région à laquelle il reste indéfectiblement attaché, envers et contre tout.
Le groupe Dragone sera-t-il le dernier à résister à la déroute de cette ville, jadis si riche industriellement et culturellement ? On peut le croire en feuilletant la presse, qui titre trop souvent sur des fermetures d’entreprises parfois vieilles d’un siècle. Comme ce fut le cas pour Royal Boch. Mais à côté de ces titres, il faut aussi aller à la rencontre des hommes et des femmes qui sont directement concernés par ces faillites. (Lire la suite…)

Musée Hergé: gogos en stock

La presse a parfois des attitudes surprenantes… Elle s’était rendue en masse à l’inauguration du musée Hergé à Louvain-la-Neuve et fut outrée d’apprendre qu’aucune image ne pourrait être prise à l’intérieur du musée. Cela n’a pas empêché journaux et journalistes d’en parler dans leurs éditions du lendemain. Pour dénoncer ce scandale, certes, mais du coup parler néanmoins du musée et de son inauguration.
Devant une telle attitude, la meilleure réponse n’aurait-elle pas été le silence ? Pas d’image, pas d’information. Les hériters d’Hergé, qui négocient au prix fort l’utilisation de tous les produits dérivés (s’ils pouvaient faire payer pour l’utilisation des lettres qui composent le nom de leur manne céleste, ils le feraient certainement), ne pourraient qu’être sensibles à ce noble marchandage, lequel ferait hurler le capitaine Haddock. Eux qui seraient prêts à poursuivre en justice les gamins africains qui fabriquent avec des matériaux de fortune (pas la même fortune…) des figurines de Tintin, se seraient ainsi vu rappeler qu’à radin, radin et demi. (Lire la suite…)

Donfut jura mais un peu tard

Après l’affaire Agusta, on avait légiféré pour limiter et contrôler drastiquement les dépenses des campagnes électorales. C’est l’excuse que certains (journalistes et politiques) avancent aujourd’hui pour expliquer combien la campagne est morne et plane…
Après l’affaire Donfut, le parlement wallon a légiféré en hâte pour interdire aux futurs ministres d’avoir une autre source de revenus. Sera-ce l’excuse, demain, pour expliquer pourquoi seuls les plus mauvais accepteront encore d’être ministre ? (Lire la suite…)

Avant qu’on se résigne

Je viens de vérifier : j’ai consacré ma première chronique à Zaventem en septembre 2004. Cinq ans, et le Brabant toujours perdant. On s’étonne… Des responsables wallons toujours aussi peu convaincus de l’intérêt qu’ils ont à défendre des concitoyens trop nantis à leurs yeux, des responsables flamands trop soucieux de flatter leur électorat amateur de barbecue et de terrains pas chers dans les zones anciennement survolées par les avions, un gouvernement qui a pris l’habitude de ne pas tenir compte des décisions de justice, lesquelles se contredisent parfois. Et en attendant, au-dessus de nos têtes, des avions toujours plus nombreux, toujours plus bas, toujours plus dangereux.
Mon ami Denis Marion, dont vous retrouvez les chroniques ici, se bat depuis toujours. D’autres associations, comme l’AWACCS aussi. Mais il est évident que le gouvernement table sur la résignation. Il y a tellement d’autres chats à fouetter, non ? On ne va pas s’em… pour des broutilles à l’heure où les crises, les vraies, se multiplient ! (Lire la suite…)

L'âme du Graal

couvertureLe maître et le violoncelle, Anne Tallec, Paris : Lattès, 2009. 301 p. 20 €

Aucun instrument n’est aussi magique et envoûtant que le violoncelle. Masculin et féminin, le plus proche de la voix humaine, parfait de forme… sans parler de son histoire et de celle des luthiers de légende – Stradivarius, Guarneri, Vuillaume – et des insondables secrets d’un art aussi mystérieux que l’alchimie.
“Le maître et le violoncelle” est l’histoire troublante et passionnante de Thomas, un luthier vosgien installé à Mirecourt, cité des Vuillaume. Il est l’héritier de ces secrets, et déterminé à faire surgir de ses doigts l’instrument parfait, absolu. Chantier d’un instrument enchanté. Pour cela, Thomas est prêt à tout : le meilleur comme le pire. Prêt à forcer les êtres, prêt à souffrir et faire souffrir, prêt à se faire haïr de ceux qu’il voudrait, en vain, aimer. Et la question demeure : qu’est-ce qu’un violoncelle ? Une boîte de bois ou un être vivant ? De toute manière, il ne vit que lorsque le luthier l’abandonne et que, comme le chantait Léo Ferré, il prend son sexe de l’archet qui le touche.

La critique est difficile

untitledPoint de côté, Josyane Savigneau, Paris : Stock, 2008. 254 p. 18 €

Jusqu’à ma mort, je pense, j’en voudrais à ce professeur de néerlandais qui, alors qu’il était titulaire de la classe de 5e, m’avait dit à Noël que, quoi que je fasse, je doublerais mon année. Il était de ceux qui pensaient que je ne finirais jamais mes études secondaires. C’était compter sans mon père, qui avait sur cette question une tout autre opinion. J’ai donc présenté le jury central et l’ai réussi un an plus tard. De retour au collège pour annoncer cette petite victoire, le sinistre individu a eu le culot de me dire : « Tu vois, c’est grâce à moi. » (Lire la suite…)

Nos proches si lointains

fontanel_homme_ptL’homme barbelé, Béatrice Fontanel, Paris : Grasset, 2009. 294 p. 18 €

Comment écrire un roman sur un homme aussi antipathique, aussi dur envers les siens que ce Ferdinand, héros en 14-18 et mort à Mauthausen en 1944 ? Mission apparemment impossible à laquelle s’attelle pourtant la narratrice, à travers une enquête méticuleuse auprès des enfants de Ferdinand – enfants devenus vieillards –, et sur les lieux des guerres menées par ce disparu toujours si lourdement présent, ce “monstre familier” qu’il faudrait comprendre à défaut de pouvoir l’aimer. Un homme prêt à tout pour ses camarades, pour des inconnus ; prêt à rien, sinon la haine, pour sa famille. Un fou de guerre que les combats et les ensevelissements de copains morts ont vidé de son âme. Ferdinand, plus fidèle aux morts qu’aux vivants. (Lire la suite…)

De naissance en renaissance

exe lettres d'amour 2Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils, Lydia Flem, Paris : Seuil, 2009. 171 p. (La librairie du XXIe siècle). 14 €

Curieux et touchant livre que celui-ci. Lydia Flem raconte le moment où une mère voit ses enfants partir, devenir adultes. L’occasion de revenir sur la vingtaine d’années passées, les liens tissés, les réussites, les erreurs. Cette grande banalité des rapports parents-enfants, à chacun unique.
Entre récit et essai, elle touche à tous les aspects de cette relation et de cet événement particulier qu’est la séparation. Le cas particulier s’estompe : c’est nous tous qui sommes concernés. Nous qui avons été enfants, sommes devenus parents. (Lire la suite…)