Ange ou démon ?

Le faiseur d’anges, Stefan Brijs, Paris : Héloïse d’Ormesson, 2010. 459 p. 23 €

La littérature belge se porte à merveille ; pour preuve, ce magnifique roman flamand, heureusement traduit en français. L’histoire d’un médecin en guerre contre Dieu, lancé dans des recherches sur le clonage. Le tout dans un minuscule village aux trois frontières, aux confins de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Allemagne, sur le fil ténu d’une éthique dont plus personne ne semble percevoir les contours.
On s’attache à ces êtres pourtant rudes, laids, forts et fragiles à la fois. Des hommes qui jouent au démiurge, des enfants, anges sans aile, jouets dociles de leur humain créateur mais qui, sur le chemin de croix de leur vie, ne rencontre aucune aide divine. (Lire la suite…)

Au-delà des clichés

Albert Camus, solitaire et solidaire, Catherine Camus, Paris : Michel Lafon, 2010. 205 p. 40 €

Difficile d’imaginer ce que Camus aurait pensé des commémorations qui fleurissent aujourd’hui, cinquante ans après sa disparition prématurée et tragique. Ce qui est sûr, c’est qu’il aurait trouvé la question… absurde. Seule comptait pour lui la vie, la lutte et le bonheur qu’elle offrait. (Lire la suite…)

Les histoires d’amour finissent mal

Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik, Paris : Flammarion, 2010. 188 p. 19 €

Evidemment, avec un titre pareil, même si on ne connaît pas le destin de Stefan Zweig, on se dit qu’on ne va pas lire un roman drôle… Mais le destin d’un des plus grands romanciers du XXe siècle méritait à son tour l’hommage d’une fiction. Fidèle à son sujet, Laurent Seksik se livre à l’exercice périlleux de la biographie qui — de la manière dont l’a remarquablement pratiquée Zweig – livre autant sur le personnage choisi que sur l’auteur. (Lire la suite…)

Ou bien… Ou bien…

Dans La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt imagine ce qu’aurait pu devenir Hitler s’il n’avait pas été recalé aux beaux-arts. Dans Smoking / No Smoking, Alain Resnais, adaptant une pièce de l’Anglais Peter Ayckbourn, proposent six fins différentes à partir d’un point de départ commun selon que telle ou telle chose se produise ou non. Viennent de paraître chez Glénat deux très bonnes bandes dessinées reposant sur le même principe, L’alternative et Destins. (Lire la suite…)

Au cœur des ténèbres

Jours de tremblement, François Emmanuel, Paris : Seuil, 2010. 180 p. 16 €

Il y a du Joseph Conrad dans le dernier roman de François Emmanuel, un Conrad qui plongerait dans les ténèbres africains de ce début de XXIe siècle, et non plus aux heures enténébrées de la colonisation. Les Européens pris en otages sur un yacht de plaisance, dans un pays en plein coup d’État, découvrent l’Afrique telle qu’ils ne pensaient pas la visiter – celle des querelles de pouvoir, des guerres fratricides, des relations complexes et parfois sordides avec les anciennes puissances coloniales. (Lire la suite…)

Personnage ambivalent pour roman envoûtant

Sujet ô combien délicat, l’hermaphroditisme est traité avec finesse et bienveillance dans le très joli roman d’Eric Paradisi, Un baiser sous X. On a tous en mémoire le magnifique  Middlesex de Jeffrey Eugenides, on était là dans l’envergure anglo-saxonne avec ces 684 pages de saga polymorphe : récit d’apprentissage, roman épique, comédie. Un texte foisonnant et soutenu.  (Lire la suite…)

Francesca de Rimini

Auteur d’une dizaine d’ouvrages dont Le Dernier des Mozart, Jacques Tournier sort au Seuil un très beau roman sur l’Italie du 13ième siècle, en plein conflit entre Guelfes et Gibelins. Le podestat de Rimini, Malatesta, n’a de cesse d’envahir Ravenne gouverné par le sage Guido Polenta. Ce dernier comprend que le seul moyen d’empêcher la guerre est de conclure un mariage entre les deux familles ennemies. C’est ainsi qu’il offre sa fille, la ravissante Francesca de Rimini, à Giovanni, le fils aîné de Malatesta, un infirme de naissance terriblement brutal. (Lire la suite…)

Jusque là, tout va mal

Les heures souterraines, Delphine de Vigan, Paris : Lattès, 2010. 6 h p. (Audiolib ; lu par Marianne Epin). 15 €

Delphine de Vigan a eu un énorme succès avec No et moi, dont je vous avais parlé avec enthousiasme. Ce roman a d’ailleurs été adapté au cinéma. La voici avec Les heures souterraines, un roman sur le harcèlement au travail. Un roman toujours aussi bien mené. J’ai été moins convaincu, mais il faut croire que je me trompe, car l’accueil a été excellent et il s’est retrouvé dans le dernier carré pour le Prix Goncourt. (Lire la suite…)

Passionnant !

Artemis Fowl, Eoin Colfer, Paris : Gallimard, 2010. 5 h. p. (Ecoutez lire ; lu par Jean-Paul Borde et autres). 24 €

Le monde de la magie, des elfes et autres trols, est très à la mode. Après Harry Potter, on se dit qu’il est difficile de renouveler le genre. Pourtant… L’histoire d’Artemis Fowl est un petit bijou dans ce genre. D’abord, parce que le personnage central, Artemis, s’il a douze ans comme Harry, n’est pas un bon. Que du contraire : surdoué, certes, mais aussi voleur (c’est génétique) et kidnappeur de fée dans le but d’obtenir les secrets du Peuple et son or. (Lire la suite…)

Souvenirs doux amers

La mer noire, Kéthévane Davrichewy, Paris : Sabine Wespieser, 2010. 214 p. 20 €

Dans son appartement parisien, une vieille femme attend toute sa famille, trois générations, pour son anniversaire. Les souvenirs aussi sont invités, et même s’ils ne le sont pas, ils sont du genre à s’imposer. Souvenirs de la Géorgie d’avant l’arrivée soviétique, souvenirs d’exil. Souvenirs d’un amour de jeunesse, une étoile filante qui, à plusieurs reprises, a retraversé le ciel de sa vie. Et qu’elle attend ce soir, pour une dernière apparition, sans savoir si elle le souhaite ou le redoute. (Lire la suite…)

Magnifiques leçons de vie

Socrate Jésus Bouddha, Frédéric Lenoir, Editions Audiolib, 5h, 19 €. Lu par Laurent Jacquet.

L’historien des religions Frédéric Lenoir, également directeur du Monde des Religions et romancier, a récemment consacré un ouvrage limpide et passionnant à Socrate, Jésus, Bouddha, aujourd’hui mis en voix par Laurent Jacquet dans un album de la collection Audiolib. «Qui sont-ils?» et «Que nous disent-ils?» sont les deux vastes questions auxquelles il répond avec une rare intelligence. (Lire la suite…)

Au coeur des ténèbres

Jours de tremblement, François Emmanuel, Paris : Seuil, 2010. 180 p. 16 €

Il y a du Joseph Conrad dans le dernier roman de François Emmanuel, un Conrad qui plongerait dans les ténèbres africains de ce début de XXIe siècle, et non plus aux heures enténébrées de la colonisation. Les Européens pris en otages sur un yacht de plaisance, dans un pays en plein coup d’État, découvrent l’Afrique telle qu’ils ne pensaient pas la visiter – celle des querelles de pouvoir, des guerres fratricides, des relations complexes et parfois sordides avec les anciennes puissances coloniales. (Lire la suite…)

Eloge du noir et blanc

A la fin des années 1970, le mensuel (A Suivre) a voulu rompre avec la norme de l’album couleur de 48 planches en publiant de longs et ambitieux romans graphiques noir et blanc. Au sommaire de son premier numéro daté de février 1978, exclusivement noir et blanc, figuraient Sokal, F’Murr, Auclair, Cabanes ou Pétillon. Ainsi que, sur près de vingt pages, les premiers chapitres de deux œuvres majeures, Ici Même de Tardi et Forest et Corto Maltese en Sibérie d’Hugo Pratt. (Lire la suite…)

Nos proches si lointains (en poche)

L’homme barbelé, Béatrice Fontanel, Paris : LGF, 2010. 294 p. (Le livre de poche). 6 €

Comment écrire un roman sur un homme aussi antipathique, aussi dur envers les siens que ce Ferdinand, héros en 14-18 et mort à Mathausen en 1944 ? Mission apparemment impossible à laquelle s’attelle pourtant la narratrice, à travers une enquête méticuleuse auprès des enfants de Ferdinand – enfants devenus vieillards –, et sur les lieux des guerres menées par ce disparu toujours si lourdement présent, ce “monstre familier” qu’il faudrait comprendre à défaut de pouvoir l’aimer. Un homme prêt à tout pour ses camarades, pour des inconnus ; prêt à rien, sinon la haine, pour sa famille. Un fou de guerre que les combats et les ensevelissements de copains morts ont vidé de son âme. Ferdinand, plus fidèle aux morts qu’aux vivants. (Lire la suite…)

En souvenir de Camus

La France a la fibre commémoratrice (d’autres pays aussi sans doute) et on ne devrait jamais s’en plaindre, c’est à chaque fois l’occasion de remettre en lumière un écrivain et donc de rééditer ses livres ou d’en publier de nouveau à son sujet. Albert Camus, mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, ne pouvait évidemment pas y échapper (célébration d’ailleurs anticipée par Sarkozy avec l’histoire du transfert de ses cendres au Panthéon). Donc: réédition de romans, essais, pièces, nouvelles mais aussi Carnets. Plus quelques livres hommages et hors-série fort bien faits (notamment ceux de Télérama et du Magazine littéraire). (Lire la suite…)

Le chroniqueur chroniqué

Avant de décéder en mai 2009, le belge Pol Vandromme a eu le temps de peaufiner Une famille d’écrivains : chroniques buissonnières, essai posthume publié en octobre de la même année. L’ouvrage rassemble plus de quatre-vingt chroniques consacrées à plusieurs grands écrivains. Comment rendre compte, sans le trahir, de l’esprit de celui qui reçut le Grand Prix de la Critique de l’Académie française (1982) et le Prix de la meilleure critique littéraire (1996) ? Lui qui fut salué pour son indépendance d’esprit, et que Bernard Clavel considérait comme « l’un des plus grands critiques de langue française ». (Lire la suite…)

Bastien Vivès, si jeune et déjà grand

Bastien Vivès, qui aura 26 ans dans quelques jours, crée des bandes dessinées qui ne ressemblent pas aux autres. «Crée», c’est vraiment le mot tant il fait preuve d’inventivité, comme le prouvent les deux albums publiés à quelques mois d’intervalles, Dans mes yeux et Amitiéétroite» (en un seul mot), ses quatre et cinquième dans la collection «djeun» de Casterman, KSTR, après notamment Le Goût du chlore qui l’a véritablement révélé en 2008.

Dans mes yeux est un album exceptionnel, au sens propre du terme, qui fait réellement exception. Et pourtant, l’histoire est bête comme chou: un jeune homme rencontre une jeune fille qui prépare son partiel dans une bibliothèque et en tombe amoureux. Ils mangent dans un snack (chinois), vont chez des copains à elle, il l’attend à la sortie du lycée, ils vont au cinéma voir un film noir et blanc (où ils s’embrassent), il va chez elle (et détaille son appartement), ils vont à une boum, au zoo, dans un autre restaurant (plus chic) et finissent par faire l’amour (même si elle n’est pas très sûre de vouloir). (Lire la suite…)

Typiquement humain (voire canin)

Je l’avoue, je n’avais jamais lu de livres de Jacques A. Bertrand (c’est quoi ce «A»?), bien que ce romancier jouisse d’une petite notoriété grâce à ses romans, justement, il en a écrit une flopée depuis presque vingt ans, et notamment Les sales bêtes, Prix 30 millions d’amis, et J’aime pas les gens, prix Georges-Brassens (dont par ailleurs je ne sais rien). Mais aussi par sa participation à l’émission de France Culture «Les papous dans la tête». C’est donc assez distraitement (et avec retard, le livre est paru en septembre dernier, mais il y en a toujours qu’on oublie, on ne sait pourquoi) que j’ai ouvert Les autres, c’est rien que des sales types – décidemment, ses titres! – et je ne l’ai refermé qu’une fois terminé. (Lire la suite…)

Faut qu’ça saigne !

L’arrache-cœur, Boris Vian, Paris : Audiolib, 2009. 6 h. 25′ 18 €. Lu par Fanny Cottençon

Je ne me rappelais pas combien Vian pouvait être cruel ! Dans la foulée de L’écume des jours, je lance l’audition de L’arrache-cœur dans la voiture, avec Arthur… qui réclame rapidement l’arrêt de cette histoire terrible ! (Lire la suite…)

Etre homosexuel sous Mussolini

Dans l’Italie fasciste, les homosexuels ont subi des persécutions et, dès 1928, certains d’entre eux furent confinés sur des îles du sud de l’Italie. Si, au début, n’étaient concernés que ceux «coupables» de méfaits, dix ans plus tard, la mesure s’étendit à tout «suspect», sur simple dénonciation. C’est l’histoire de l’un d’entre eux que raconte une bande dessinée italienne, En Italie, il n’y a que des vrais hommes, traduite chez Dargaud. (Lire la suite…)