Ou bien… Ou bien…

Dans La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt imagine ce qu’aurait pu devenir Hitler s’il n’avait pas été recalé aux beaux-arts. Dans Smoking / No Smoking, Alain Resnais, adaptant une pièce de l’Anglais Peter Ayckbourn, proposent six fins différentes à partir d’un point de départ commun selon que telle ou telle chose se produise ou non. Viennent de paraître chez Glénat deux très bonnes bandes dessinées reposant sur le même principe, L’alternative et Destins. (Lire la suite…)

Magnifiques leçons de vie

Socrate Jésus Bouddha, Frédéric Lenoir, Editions Audiolib, 5h, 19 €. Lu par Laurent Jacquet.

L’historien des religions Frédéric Lenoir, également directeur du Monde des Religions et romancier, a récemment consacré un ouvrage limpide et passionnant à Socrate, Jésus, Bouddha, aujourd’hui mis en voix par Laurent Jacquet dans un album de la collection Audiolib. «Qui sont-ils?» et «Que nous disent-ils?» sont les deux vastes questions auxquelles il répond avec une rare intelligence. (Lire la suite…)

Eloge du noir et blanc

A la fin des années 1970, le mensuel (A Suivre) a voulu rompre avec la norme de l’album couleur de 48 planches en publiant de longs et ambitieux romans graphiques noir et blanc. Au sommaire de son premier numéro daté de février 1978, exclusivement noir et blanc, figuraient Sokal, F’Murr, Auclair, Cabanes ou Pétillon. Ainsi que, sur près de vingt pages, les premiers chapitres de deux œuvres majeures, Ici Même de Tardi et Forest et Corto Maltese en Sibérie d’Hugo Pratt. (Lire la suite…)

En souvenir de Camus

La France a la fibre commémoratrice (d’autres pays aussi sans doute) et on ne devrait jamais s’en plaindre, c’est à chaque fois l’occasion de remettre en lumière un écrivain et donc de rééditer ses livres ou d’en publier de nouveau à son sujet. Albert Camus, mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960, ne pouvait évidemment pas y échapper (célébration d’ailleurs anticipée par Sarkozy avec l’histoire du transfert de ses cendres au Panthéon). Donc: réédition de romans, essais, pièces, nouvelles mais aussi Carnets. Plus quelques livres hommages et hors-série fort bien faits (notamment ceux de Télérama et du Magazine littéraire). (Lire la suite…)

Bastien Vivès, si jeune et déjà grand

Bastien Vivès, qui aura 26 ans dans quelques jours, crée des bandes dessinées qui ne ressemblent pas aux autres. «Crée», c’est vraiment le mot tant il fait preuve d’inventivité, comme le prouvent les deux albums publiés à quelques mois d’intervalles, Dans mes yeux et Amitiéétroite» (en un seul mot), ses quatre et cinquième dans la collection «djeun» de Casterman, KSTR, après notamment Le Goût du chlore qui l’a véritablement révélé en 2008.

Dans mes yeux est un album exceptionnel, au sens propre du terme, qui fait réellement exception. Et pourtant, l’histoire est bête comme chou: un jeune homme rencontre une jeune fille qui prépare son partiel dans une bibliothèque et en tombe amoureux. Ils mangent dans un snack (chinois), vont chez des copains à elle, il l’attend à la sortie du lycée, ils vont au cinéma voir un film noir et blanc (où ils s’embrassent), il va chez elle (et détaille son appartement), ils vont à une boum, au zoo, dans un autre restaurant (plus chic) et finissent par faire l’amour (même si elle n’est pas très sûre de vouloir). (Lire la suite…)

Typiquement humain (voire canin)

Je l’avoue, je n’avais jamais lu de livres de Jacques A. Bertrand (c’est quoi ce «A»?), bien que ce romancier jouisse d’une petite notoriété grâce à ses romans, justement, il en a écrit une flopée depuis presque vingt ans, et notamment Les sales bêtes, Prix 30 millions d’amis, et J’aime pas les gens, prix Georges-Brassens (dont par ailleurs je ne sais rien). Mais aussi par sa participation à l’émission de France Culture «Les papous dans la tête». C’est donc assez distraitement (et avec retard, le livre est paru en septembre dernier, mais il y en a toujours qu’on oublie, on ne sait pourquoi) que j’ai ouvert Les autres, c’est rien que des sales types – décidemment, ses titres! – et je ne l’ai refermé qu’une fois terminé. (Lire la suite…)

Etre homosexuel sous Mussolini

Dans l’Italie fasciste, les homosexuels ont subi des persécutions et, dès 1928, certains d’entre eux furent confinés sur des îles du sud de l’Italie. Si, au début, n’étaient concernés que ceux «coupables» de méfaits, dix ans plus tard, la mesure s’étendit à tout «suspect», sur simple dénonciation. C’est l’histoire de l’un d’entre eux que raconte une bande dessinée italienne, En Italie, il n’y a que des vrais hommes, traduite chez Dargaud. (Lire la suite…)

Quelques nouvelles d’Eric Faye

Bon, d’accord, le titre cette chronique est un peu facile, le recueil s’appelle en effet Quelques nouvelles de l’homme. Mais peu importe, il faut sans hésiter parler de cet écrivain dont l’œuvre se décline sous forme de romans, nouvelles et textes autobiographiques, qui est aussi un spécialiste d’Ismaël Kadaré et qui nous donne régulièrement de ses nouvelles tout en restant encore trop peu connu, donc lu. (Lire la suite…)

Sacrément BD!

Il y a quelques années, Paul Herman a créé chez Glénat, où il est éditeur et attaché de presse pour le Benelux, une collection intitulée Carrément BD et sacrément gonflée! Des albums au format carré, au dos toilé et jouant résolument la carte «auteur». Et s’aventurant parfois très loin sur le terrain scénarique et graphique, quitte à déstabiliser le lecteur. Viennent de paraître deux reflets de cette richesse au sein d’une niche tout à fait unique dans le 9ème art, Koryu d’Edo de Dimitri Piot et l’adaptation d’une nouvelle fantastique de Charles Nodier, Smarra, par Patrick Mallet. (Lire la suite…)

Au temps de Marguerite Donnadieu

Existe-t-il des romans inédits de Marguerite Duras du temps où elle s’appelait encore Donnadieu et, plus largement, des années de guerre? C’est la question qui intéresse actuellement tous les durassophiles, et notamment Dominique Noguez qui l’a bien connue et fait le point sur l’état de la situation dans une contribution reprenant pour partie une conférence donnée en 2007 et qui ouvre son livre, Duras toujours, recueil composé de sept autres textes publié chez Actes Sud. (Lire la suite…)

Au quartier de Monsieur Tavares

Qu’est-ce qu’O Bairro? Un quartier. Mais attention, pas celui d’une ville ou d’une quelconque localité. Il n’a rien de physique. Le Bairro est un quartier purement littéraire imaginé par l’écrivain portugais (né en 1970), Gonçalo M. Tavares. «Un lieu où l’on tente de résister à l’entrée de la barbarie.» Bien. Mais qui l’habite? Des individus qui ont pour patronyme Valéry, Kraus, Calvino, Walser, Brecht, Breton ou Sallinger. Qui possèdent donc des accointances avec des personnages dont nous avons entendu parler. Sans leur prénom. On les appelle tout simplement «Monsieur». (Lire la suite…)

Du grand Lax

Christian Lax est l’un des maîtres de la bande dessinée actuelle. Auteur dans les années 1990 d’albums puissants réalisés chez Aire Libre avec le scénariste Frank Giroud (Les Oubliés d’Annam, La Fille aux ibis, Azrayen’), il poursuit son chemin seul ou avec d’autres dessinateurs ou scénaristes. Tandis que Dupuis réédite Sarane et l’intégrale du Choucas, ce drôle de privé pris dans des enquêtes aussi tordues que tordantes, Futuropolis publie Pain d’alouette, un album magistral présenté comme la suite du mémorable Aigle sans orteils. (Lire la suite…)

Quartiers de Paris

Le Paris qui nous fait rêver, nous qui n’y habitons pas, c’est celui des films, romans, chansons, bandes dessinées ou photos qui l’ont mythifié, le Paris de Doisneau, Prévert, Piaf, Tardi, Balzac et de tant d’autres (par exemple le trop peu connu Baptiste-Marey). C’est aussi celui porté par l’Histoire, la Commune, Mai 68 et tous ces événements charriant des noms de rues, places, monuments qui ont nourri notre imaginaire. Philippe Mellot l’a bien compris et, dans de beaux albums publiés chez Omnibus alliant photos et commentaires, plonge dans le passé de certains quartiers emblématiques en les dévoilant rue après rue. Après Montmartre l’an dernier, il arpente le Quartier latin. (Lire la suite…)

Des bulles dans le débat sociétal

De temps en temps, la bande dessinée aborde des sujets de société, tels la prison, l’immigration, l’écologie, les violences conjugales, la drogue, etc., ou politiques, souvent sous le mode de la caricature comme dernièrement avec Sarkozy, Ségolène Royal ou Bush, pour rappeler que le 9ème art a aussi les deux pieds dans son époque. Les OGM et le sida sont ainsi au centre de deux albums récents. (Lire la suite…)

Des poches de luxe

murakamiJe ne sais pas si Haruki Murakami, considéré partout dans le monde comme Japonais sauf dans son pays qui le juge trop «américanisé», est l’un des plus grands écrivains mondiaux actuels mais, indubitablement, Kafka sur le rivages, traduit en français en 2006, est une œuvre vertigineuse qui ne laisse pas son lecteur intact. Eh bien justement, ce roman fait partie des six éditions cartonnées avec jaquette publiées dans la collection de poche 10/18 en cette fin d’année. (Lire la suite…)

Une vie vouée à la littérature

L’écrivain aime les livres, on ne peut en douter en contemplant la vaste pièce qui lui sert de bureau dans l’appartement qu’il occupe au onzième étage d’un immeuble bruxellois. Des centaines d’ouvrages tapissent les murs, recouvrent les tables, chaises et fauteuils, et il faut en enjamber des piles pour atteindre la petite table ronde recouverte de papiers et de notes d’où l’on aperçoit, à travers la baie vitrée, le bâtiment circulaire de Glaverbel. C’est là que Pierre Mertens passe ses journées à écrire, hier le texte d’une conférence sur Pavese, aujourd’hui une étude sur Calvino, demain une intervention sur Kafka, Pasolini ou Lowry. Toujours à la main. Car l’ordinateur n’a pas trouvé sa place dans cet antre voué au culte de l’écrit. «Il ne se passe pas une semaine sans que l’on s’étonne de cette incongruité, s’amuse-t-il, affable et souriant. Mais ça ne me manque pas, je ne sais pas ce que j’en ferais.» (Lire la suite…)

Monsieur Schmitt fait du cinéma

oscar 1Le plus étonnant, et tout à fait enthousiasmant, c’est justement cela: qu’Oscar et la dame rose soit vraiment du cinéma. Le deuxième film d’Eric-Emmanuel Schmitt, après Odette Toulemonde qui possédait déjà de belles envolées poétiques (au sens propre puisque Catherine Frot volait réellement lorsqu’elle était emportée par un livre de son idole), multiplie en effet les moments purement cinématographiques qui n’ont rien à voir ni avec la littérature ni avec le théâtre, domaines où s’illustre depuis le début des années 1990 le Lyonnais devenu citoyen belge. (Lire la suite…)

La chanson de Zelda et Fanny

cd audioEn 2007, le roman de Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France), remportait le Prix Goncourt, non sans surprise car triomphant de deux grands livres, A l’abri de rien d’Olivier Adam et Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel. Soit la vie de Scott et Zelda Fitzgerald, racontée avec empathie et sensibilité de leur rencontre en 1918 à la mort de Zelda trente ans plus tard dans l’incendie de l’hôpital psychiatrique où elle était internée depuis plusieurs années. (Lire la suite…)

Et vous trouvez ça drôle ? Oui

toppferL’humour est né avec la bande dessinée: Monsieur Jabot (illu) ou le Docteur Festus du Suisse Töpffer dans les années 1830-40, The Yellow Kid et The Katzenjammer Kids (Pim Pam Poum) aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, suivis par Little Nemo, Popeye ou Bicot. Et en France, au début du XXe, Bécassine, Les Pieds Nickelés, Bibi Fricotin ou Zig et Puce. Il a bien sûr constamment évolué, notamment grâce aux revues adultes apparues au cours des décennies 1960-70 – Pilote, Hara-Kiri, Charlie Hebdo, L’Echo des Savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial... C’est de là que sont issus quelques-uns parmi ses meilleurs représentants qui n’hésitent pas à flirter avec le non-sens. (Lire la suite…)

Geluck dans de nouvelles bulles

scott geluck Non, ce n’est pas pour vous parler du Chat que je consacre ce billet à son créateur – même si vient de sortir un nouveau best-of du célèbre félidé, Le Top du Chat – mais pour vous conseiller la lecture d’Alerte sur Fangataufa, le premier tome d’une nouvelle série BD dont il signe le scénario, Les aventures de Scott Leblanc (Casterman). Ce qui frappe d’emblée, avant même de plonger dans l’histoire elle-même, c’est le dessin très «Ligne claire» de Devig (Christophe de Viguerie). Une ligne claire extrêmement dépouillée, comme celle d’Hergé mais plus encore celle de ceux qu’il a inspirés, Joost Swarte (inventeur du terme, je crois), Ted Benoît ou Yves Chaland, et dont l’apparente simplicité et la franche lisibilité conviennent parfaitement à l’histoire racontée, riche d’un humour évidemment décalé. (Lire la suite…)