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Chroniques d’été : la facture


En faut-il de l’énergie pour tenir une conversation par trente degrés à l’ombre (…) .  Il n’y a même pas la musique d’une fontaine pour rafraîchir l’atmosphère.  Seuls quelques bruissements troublent le silence. Allongés sous un arbre,  deux hommes et trois femmes …

Le plus âgé, pas trop perturbé par la chaleur :

-          Ainsi, on échange un ingénieur contre un financier.

-          Avec quoi viens-tu ?, l’interroge la plus jeune.

-          Ben oui, Areva… Ils débarquent Lauvergeon[1], une ingénieure des mines !

-          Mais son remplaçant est aussi un ingénieur, si j’ai bien lu.

-          Peut-être, mais c’est la victoire de Proglio[2], président d’EDF, un financier à tous crins. Ne s’est-il pas accroché à Lauvergeon, parce que « ses centrales » trop sûres se vendaient trop chers. Il fallait des centrales au rabais.

Une brunette à bouclette s’étonne alors,

-          Pourquoi se préoccuper d’une affaire franco-française ? Cela ne nous concerne pas.

-          Ne serait-ce que parce que nous avons une ch… de centrales qui se trouvent à nos frontières, parce que les vents dominants viennent de l’ouest, parce que ce ne sont pas quelques centaines de kilomètres qui nous protégeront.

-          Il ne faut quand même pas paniquer, ricane le blondinet. De toute façon, le risque Zéro n’existe pas.

-          Expression à la con, un truisme trop souvent utilisé pour justifier n’importe quoi, s’énerve une rondelette sympathique à tâches de rousseur et visiblement excédée.  Quand tu apprends à rouler à vélo, il est toujours possible que tu chutes, mais les conséquences pour l’humanité seront limitées. Ce n’est pas le cas avec une usine chimique ou une centrale nucléaire.

-          Tout juste, reprend le plus vieux. Mais j’insiste,  cette affaire franco-française nous concerne. Ce sont quand même les Français, avec les Britanniques, qui ont refusé que dans les « stress tests », il soit tenu compte des chutes d’avions, accidentelles ou attentatoires. Selon certaines sources, aucune centrale européenne n’y résisterait. Ce sont eux qui construisent des EPR, plus sûrs que tout, mais dont les travaux de génie civil mériteraient déjà notre attention[3]. Ce sont eux qui veulent investir une masse de pognon dans une filière obsolète[4].

La plus jeune rejoint le plus âgé, dans son raisonnement,

-          Si je te suis bien, et je suis assez d’accord, il nous faut nous interroger sur tout, chez nous, mais ailleurs aussi. Et pas seulement sur le nucléaire.

-          Mais nous passerions notre vie à cela, s’inquiète la brunette, déjà lasse de ses trois mots.

-          Et puis, poursuit le blondinet, réfractaire, que pouvons-nous y faire ?

-          Tout, assène la rondelette, tout, tout. La marche du monde n’est pas et ne doit pas être uniquement entre les mains du Groupe Bilderberg[5], des agences de notation ou des transnationales.  Reste assis sur ton steak et tes enfants te remercieront pour ce que tu as laissé faire.

-          Mais j’ai élu des gens pour me représenter, s’offusque la brunette. Ils sont payés pour cela. Je ne vais pas faire le boulot à leur place.

-          Quand tu reçois une facture, reprend la rondelette, tu la vérifies avant de la payer. Mieux, quand tu demandes un devis, tu l’étudies pour savoir s’il correspond à ce que tu désires. Fais la même chose, sachant que ce sont tes héritiers qui paieront la note.

Propos recueillis à droite et à gauche par Denis Marion, entrepreneur sans but lucratif.


 

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…