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Chroniques d’été : « Nous sommes en guerre »


Une série de chroniques construites  sur des propos recueillis ces derniers mois.

« Nous sommes en guerre ! » Voilà ce qu’assenait dernièrement un vieil ami lors d’une réunion dégustative. Interloqués qu’ils étaient les convives, surpris la fourchette à la bouche ou le verre aux lèvres.
- En guerre contre quoi ? a demandé un premier.
- Encore contre une pollution quelconque ? » a poursuivi un second.Il est exact que ce pote est de tous les combats, contre les OGM, contre les ondes, contre les centrales nucléaires, contre par principe presque… Cependant, il ne parlait pas de ce genre de guerre. Il parlait d’une « vraie » guerre, pour autant qu’il y en ait de fausses. Il en fût de drôles, c’est vrai. Une vraie guerre menée par la Belgique (et quelques autres) en Afghanistan.
Mais entonnait le chœur des convives, « Nous ne sommes pas en guerre.
- Mais qu’est-ce d’autre quand on envoie des avions pour lâcher des bombinettes sur la tête des gens, répondit notre vieil ami (guère plus âgé que moi). Un tir aux pipes à la foire du Midi ?
- Mais c’est pour lutter contre le terrorisme, lâcha un gars qui depuis le début essayait d’avoir l’air intelligent. C’est une opération de police contre des terroristes.
- Et puis, ces talibans ont des mœurs affreuses à l’égard des femmes » échotait sa voisine.
Alors une petite voix se leva « Croyez-vous sincèrement que nous sommes là pour les mœurs affreuses de ces religions ? Avec nos ploucs, nous serions alors partout, et aussi chez nous, pour combattre ces habitudes d’un autre âge. Si c’est pour combattre le terrorisme, nous devrions courir le monde pour éradiquer ce mal… selon le point de vue où l’on se place. N’y aurait-il pas des motifs plus géostratégiques ou simplement économiques ? Ne vient-on pas de dire que l’Afghanistan serait assis sur un trésor de minerais ? Pourquoi y trouve-t-on tant d’investisseurs indiens et chinois? C’est bien une guerre, mais sans doute, sans beaucoup de bonne raisons. »
- « Mais n’apportons-nous pas la démocratie ? » questionna alors un bien pensant.
- « Démocratie, mon cul » répondit clairement et fortement le compagnon de la petite voix.
Mon vieil ami reprit son discours interrompu « Si demain, des Afghans, que l’on estime si peu réfugiés et bien légitimement expulsables parce que l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, si demain, donc, ils se mettaient à faire la guerre ici, que diriez-vous ? Que ce n’est pas de jeu ? Que le terrain des affrontements est là-bas, pas ici. Quelle c…. ! «
- C’est une idiotie, repris la petite voix, de croire que la violence s’éradique de cette manière. Il y a peu d’exemples où un pouvoir est venu à bout de ces insurrections, surtout un pouvoir corrompu.
- Alors, faut-il laisser tout faire ? N’a-t-on pas un devoir d’ingérence ?  s’indigna un fidèle de Kouchner.
- Ingérence et intérêt commencent avec les mêmes lettres, répondit mon vieil ami. D’ailleurs, de quel droit pouvons-nous considérer ces Talibans comme plus dangereux pour la planète que les dirigeants de BP, de Monsanto ou nous-mêmes ? Les Tuvaluans, les Gilbertins ou les Inuits seraient sans doute en droit de nous demander des comptes sur nos comportements violents ?
- Je suis désolée. Je ne vois pas en quoi je suis violente, s’indigna une péronnelle.
- Deux ou trois voyages en avions pour te faire rôtir les miches te rendent aussi coupable qu’un terroriste endurci… et tes poubelles seront un facteur aggravant ».
- Mais je les trie.
- La belle affaire, avant de trier, il t’a fallu piller ! »
« N’exagérez donc pas. Nous ne sommes pas des pilleurs, recommença un des premiers contradicteurs. Et pour revenir aux Talibans, leur mode de vie n’est guère sympathique.
- J’en conviens, leurs mœurs sont par trop rétrogrades. Mais sont-elles à ce point si éloignées de certains fondamentalismes chrétiens. Ils ont plus de ressemblances avec Sarah Pallin que j’en ai avec elle. La différence réside plus dans leur mode de vie et là, c’est certainement Sarah Pallin qui est la plus dangereuse. »
Pendant ces échanges, je regardais dans mon verre de vin la couleur du sang perdu.

Propos recueilli par Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…