Climats
Que serait la vie d’un pays sans météorologie ? Que serait la vie d’une chronique sans coups de chaud et coups de froid ? Que serait la politique sans le vent, le vent qu’on prend, le vent qui tourne, le vent qui vous rend girouette, le vent qu’il faut sentir tourner, le vent qu’on rêve d’avoir en poupe dans les sondages, que serait le pouvoir sans avoir à lutter contre vents et marées ?
Il y eut le sommet de Copenhague dont le but était un accord pour empêcher la terre de prendre deux degrés de plus. A peine réunis, les grands et les petits de ce monde obtinrent -20°C à Strasbourg et un énorme blizzard sur Washington. La température était bien montée en flèche dans les rues où les manifestants voulaient faire plus et mieux pour sauver la planète. La police danoise leur administra sans état d’âme une sérieuse douche froide.
Tout le monde avait la Nature à la bouche désormais. Toujours à l’affût d’une bonne cause – c’est à dire la plus éloignée possible des misères toutes bêtes toutes simples des Français – le président mit tout son poids dans la bataille. Il avait nommé à son gouvernement le meilleur d’entre eux, Borloo, pour remplacer « le meilleur d’entre nous » Juppé, à l’Ecologie. Tout ce beau monde avait découvert tardivement la noble cause et chacun dans son style y faisait assaut. Sarkozy, ce fut bien sûr comme d’habitude en coup de vent.
Quand le barnum du climat allait faire un bide (et la nature a horreur du bide), il débarqua et tança le monde. Il fit mine de prendre un coup de sang, il prit les accents de Cassandre, il fit assaut de grandes phrases et de petits tics, il dramatisa, il menaça, les peuples du monde tremblaient.
Mais cela ne marchait pas comme ça. En tout cas pour la France. Il ne suffisait pas de mettre le nouveau gourou volant, Arthus Bertrand avec son ton de prophète fatigué, en page d’ouverture du site internet de l’Elysée, pour emporter l’adhésion. Les Français, eux, s’intéressaient à la France vue du fiel ; les premiers sondages commençaient à montrer une vague qui montait contre le débat sur l’identité française. La moitié du peuple et Juppé, déjà nommé, cela allait commencer à bouger, peut-être. Le plus odieux dans tout cela, était sans doute l’innocent Besson qui ne se savait pas encore fusible, ébloui par la moindre parole venue de son maître, bon politique cynique, qui l’usait jusqu’à la corde pour faire le sale boulot. Il n’hésitait ni à faire procès à ceux qui le comparaient à Laval, ni à sanctionner la policière de faction qui ne l’avait pas reconnu ni donc salué à l’entrée de son propre ministère. Lui qui avait reconnu la pratique du délit de sale gueule par sa police voulait donc aussi lutter contre le délit de pas de gueule ? C’était un drôle qui ne faisait plus rire.
Heureusement il y eut Carla Bruni pour donner un peu d’espoir : elle indiqua non sans courage, et une ingénuité qui la rangeait toujours dans les rangs de la gauche, qu’un seul quinquennat serait pour elle amplement suffisant. Le Palais entendit-il le vent qui disait « pour nous aussi » ?
Heureusement, il y eut enfin un père Noël inattendu en la personne d’Eric Cantona ; aujourd’hui, la star du foot agissait à sa manière en faveur des mal logés (« Elle, lui et les autres », un livre de photos pour la Fondation Abbé Pierre). Quand on lui demanda ce qu’il fallait faire pour aider les autres, il répondit qu’il fallait d’abord s’occuper de soi-même, et se contenter de ne pas s’abrutir, de ne pas s’avilir. Une parole qui ne devrait pas s’envoler.
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