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Collega’s


Connaissez-vous Manu Verreth ? En Flandre, il faisait partie des « bekende Vlamingen ». C’était un acteur renommé, qui fut pendant trente ans directeur du Mechels Miniatuur Tester (à Malines). Mais sa célébrité vient de sa participation au feuilleton De Collega’s (« Les Collègues »), dont la VRT, alors BRT, diffusa trente-sept épisodes en trois ans, à partir de septembre 1978. Il y tenait le rôle de Jomme Dockoc, préposé au classement de première classe, pas très futé, toujours vêtu d’un cache-poussière gris, affecté à un ministère non précisé, dont l’existence quotidienne nous était contée, avec truculence et sens aigu de l’observation.

Je dois n’avoir raté des épisodes que contraint et forcé. Ma femme et moi retrouvions chaque fois avec le même plaisir la petite bande de fonctionnaires, tiraillée entre ses ragots, ses esquisses d’idylles, ses mesquineries, ses idiosyncrasies bureaucratiques. Il y avait le chef de division Philemon Persez, très content d’être chef mais beaucoup moins de devoir prendre des responsabilités, sa secrétaire Mireille Puis, cible de plaisanteries machistes, le sous-chef Bonaventuur Verastenhoven, rêvant de prendre la place du chef, le rédacteur Jean de Pesser, le commis et révolutionnaire en peau de lapin Gilbert van Hie, et l’huissier de première classe Hilaire Baconfoy, considéré comme un « fransquillon ». Il y avait aussi une dame qui passait avec un chariot chargé de boissons et de choses à manger, aux propos hauts en couleurs, dont j’ai oublié le nom. « De Morgen », chez qui j’ai retrouvé les noms des protagonistes, ne le rappelle pas.

On dit que la BRT estima que la série faisait trop « peuple » et décida pour cette raison de la supprimer. Je lui en ai beaucoup voulu de m’avoir privé de ce divertissement qu’au contraire nous trouvions de haute qualité, et sociologiquement – on ne se refait pas ! – très pertinent. Une tranche de vie flamande, en quelque sorte, à chaque livraison : les personnages parlaient un flamand un peu amélioré par rapport à ses dialectes locaux, avec une plaisante pluralité d’accents. Ils suscitaient beaucoup de sympathie, même si le pauvre Jomme Docksoc leur servait souvent de bouc émissaire, avec ses déboires conjugaux et les doutes qu’ils émettaient au sujet de sa paternité.

« De Collega’s » fournissait la preuve qu’on pouvait faire de la télévision populaire de qualité. Le jeu des acteurs était très convaincant, et l’ambiance des bureaux d’un service public pareil à tant d’autres était rendue avec finesse et sens de l’humain. Et les vannes à l’égard de l’huissier qui glissait des mots français à chaque tournant de phrase, tout en évoquant un aspect permanent du vivre-ensemble (samenleving) belge, étaient dépourvus d’aigreur.

Manu Verreth vient de mourir, à l’âge de 69 ans, après avoir lutté contre la maladie. Bien qu’il ait été acteur tout au long de sa vie active, et même au-delà de sa mise à la retraite, il était surtout connu pour avoir interprété le rôle de Jomme Docksoc, figure tragico-comique du monde de la bureaucratie. Il fut un temps où « De Collega’s » était regardé par deux millions de téléspectateurs. Nous en étions, et nous avons la nostalgie du temps où l’on pouvait faire d’excellents spectacles à la télévision, grâce au talent de comédiens comme Manu Verreth, en brodant seulement sur la vie ordinaire des gens.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…