Facebook

De là-haut à ici-bas


estibalTandis que Sylvain Estibal nous entraîne dans l’espace avec Eternel, Denis Lachaud nous ramène les pieds sur terre dans Prenez l’avion. Retour sur deux enthousiasmants voyages littéraires parus au printemps derniers chez Actes Sud.

C’est par le biais de Théodore Monod que Sylvain Estibal a faits ses premiers pas éditoriaux, signant successivement à la fin des années 1990 un beau-livre sur «l’arpenteur du désert» puis un livre d’entretien avec le vieil homme. Il est resté dans le Sahara en 2003 en faisant d’un aviateur disparu dans les années 1930 au cœur de cette immensité le héros de son premier roman, Le dernier vol du Lancaster, prochainement adapté au cinéma avec Marion Cotillard et Guillaume Canet.

Aujourd’hui, grâce à Eternel, il se propulse dans le temps – en 2046 – et dans l’espace –à quelques centaines de milliers de kilomètres de la terre. Au moment où un astéroïde menace de croiser la route de notre planète, suscitant des réactions contrastées chez ses habitants tout en semblant finalement convenir au très impopulaire président d’un Etat jamais nommé, une mission spatiale revient de la lune. Mais rien ne va plus à bord du vaisseau: ses neuf occupants, qui se jalousent les uns les autres en attendant de savoir lequel d’entre eux sera choisi pour larguer dans l’espace le serveur Eternel contenant toute la mémoire des hommes, meurent les uns après les autres. Servi par des personnages forts et une écriture dense, cet excellent roman mêle subtilement un suspense que n’aurait pas renié Agatha Christie à une réflexion particulièrement pertinente autour de notre devenir, du pouvoir et de la nature humaine.

De retour sur le plancher des vaches avec Prenez l’avion, le nouveau roman de l’auteur de J’apprends l’allemand ou de Le vrai est au coffre. Un retour violent, en réalité, car l’avion du narrateur – un Anglais – s’est écrasé et, de ce crash, il est le seul survivant avec un Français qui lui a sauvé la vie. Une fois remis, Lindsay traverse la Manche pour retrouver son sauveur qui, lui, est toujours dans le coma. Logeant dans son appartement parisien, le jeune homme vient le voir tous les jours, tout en lisant assidûment son blog. Au point de tomber amoureux de cet inconnu, homosexuel comme lui – l’auteur entretenant un temps le doute avec des prénoms comme Camille et Dominique.

Denis Lachaud, plongeant dans le passé de ses deux héros dont il raconte le passé par bribes, a écrit un roman intimiste toujours juste dans la peinture de leurs sentiments et émotions. Si Lindsay n’hésite pas à se confier, la personnalité d’Emmanuel est dévoilée à travers les brefs textes poétiques inscrits sur son blog qui rendent fidèlement compte de son désarroi intérieur et de sa fragilité.

Sylvain Estibal, Eternel, Actes Sud, 229 pages, 18 €

Denis Lachaud, Prenez l’avion, Actes Sud, 219 pages, 18 €

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…