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Des plus fins


On connaît ces romans ou ces films qui proposent des fins alternatives, délibérément ou de manière imposée. Par exemple (il y en a sûrement d’autres), le roman de John Fowles, Sarah et le Lieutenant français (transposé à l’écran par Karel Reisz), comprend successivement trois fins différentes à partir d’une même trame de départ ; d’autre part, le pénible Duvivier dut, sous la pression de ses producteurs, tourner une autre fin (Gabin écartant Viviane Romance faisant écran de son corps et se réconciliant au dernier moment avec Vanel) à La Belle Equipe, plus optimiste vu le climat de l’époque (1936 et son Front Populaire, où déjà il ne fallait pas «désespérer Billancourt») – alors que, à l’origine, Gabin abattait Vanel sous l’emprise de la Romance.
Ainsi, le procédé n’est pas neuf. Mais qu’en serait-il de nos jours ?
Qu’on se figure les affres et les tourments d’un romancier contemporain, confronté à un trop-plein de conclusions possibles pour écrire le roman total de ce temps, et qui ne saurait dès lors où donner de la tête pour achever sa somme ; ou qui aurait besoin d’une imagination sans équivalent pour les relier toutes et boucler l’affaire ! Que choisir, en effet, entre toutes ces annonces pesant comme des menaces sur son inspiration et qui, avouons-le, court-circuitent ses plus sombres intuitions : la fin du communisme (du moins dans sa version primaire) ; la fin du capitalisme (celle-ci n’étant pas encore tout à fait au point : mais quelques dérèglements de plus pourraient y suffire bientôt) ; la fin de l’écrit et du livre imprimé ; la fin des journaux (adieu, Camus, et ta «prière du matin» devant le café crème à la terrasse du Flore) ; la fin de la Belgique (moins probante en termes d’enjeux) ; la fin de la civilisation du pétrole (et des voitures qu’il fait rouler dans toutes les directions) ; la fin de la planète (on s’en souviendra !) ; la fin des idéologies ; la fin du modèle occidental et de son intenable mode de consommation actuel ; la fonte des glaciers et de leur permafrost ; la fin des forêts (médiocrement compensée, on l’a vu, par la disparition du support papier) ; la fin des campagnes, vu l’inéluctable extension des villes ; la fin des villes, étouffant sous le nombre et l’afflux des exilés ; et peut-être même la fin du Progrès, voire celle des Temps eux-mêmes ? La liste n’est pas close. A vrai dire, il n’y a guère que l’Histoire qui réchappe à cette gigantesque évaporation de tous les repères existants…
Tout cela est évidemment la preuve que rien n’est jamais définitivement acquis ; et accessoirement, que ces dernières générations (en gros, tous ceux qui sont nés à partir de la seconde moitié des années 50) auront véritablement dû composer avec des éléments contraires. On peut même dire que l’époque aura été bien plus complaisante, dans le registre des destructions, que ses artistes soi-disant masochistes, et qui, dans ces conditions, ne sauraient être qualifiés que des catastrophistes au rabais.
Il leur reste, à ces créateurs, à résister à la tentation de la futilité et du divertissement qui, eux, ne sauraient jamais avoir de fin, et qui, pour des raisons évidentes de diversion, sont d’ores et déjà les principales productions de ces années-ci.

Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.