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Editeurs belges (2): Quadrature


C’est en 2005 qu’un groupe de copains, tous profs, décident de lancer une maison d’édition exclusivement consacrée à la nouvelle francophone. Ainsi naît Quadrature qui possède son siège à Louvain-la-Neuve et publie quatre à cinq recueils par an, entre les premiers frimas automnaux et les derniers feux de l’hiver (hum hum). Ces bouquins étroits sont en majorité signés par des femmes (intéressant sujet d’étude), d’où, peut-être, une sensibilité particulière. L’un de ses responsables, devenu son porte-parole, est Patrick Dupuis, lui-même nouvelliste – il a publié l’an dernier un recueil chez Luce Wilquin, Nuageux à serein.

Pour qu’un manuscrit soit édité, il faut qu’il obtienne l’assentiment de cinq des sept membres qui composent le «comité de lecture». L’un d’eux accompagne alors l’heureux élu jusqu’à la parution de l’ouvrage. Présents que dans une douzaine de librairies à Bruxelles et en Wallonie, les livres (dont le coût avoisine 15 euros) peuvent être commandés via n’importe quelle librairie et par Internet, Quadrature prenant en charge les frais de port.
Pour démarrer, l’équipe a investi deux mille euros et demandé un texte à une trentaine d’auteurs belges. Dix-huit ont répondu, dont Vincent Engel, Caroline Lamarche, Colette Nys-Mazure, Thierry Bellefroid, Geneviève Bergé et Jacques Mercier, donnant naissance à Cercles, tiré à trois cent exemplaires. Après Race de salauds de Liliane Schraûwen et L’Enfer est à nous de Kenan Görgün (qui publie également chez Luce Wilquin et Fayard), une Française, Emmanuelle Urien, qui avait trouvé l’adresse sur Internet, a envoyé Toute humanité mise à art. Elle a depuis signé un autre recueil ainsi qu’un roman chez Gallimard. Avant tout cela, elle avait déjà publié des textes courts chez L’Etre minuscule, Court noir, et sans sucre, réédité en début d’année par Quadrature. Par son écriture envoûtante, l’auteure emporte le lecteur dans un monde imaginaire peuplé de Mélanie Bix «retenue à la vie par un fil inutile», du père Leloup dont le jardin ressemble à un camp militaire, de Tonio le taxi «le plus rapide de la planète», d’Amélie, sculptrice pour qui souffrance et création sont liées ou de Jeanne et sa peur des fantômes.
Les quatre autres recueils sortis cette année sont l’œuvre de deux Belges et de deux Françaises, à l’image de la proportion du catalogue de la maison. Dans Et je fais quoi, moi, maintenant?, Jacqueline Daussain évoque des moments charnières de l’existence, dans Arts ménagers, Isabelle Renaud met en scène des éléments du quotidien, dans Haut les filles!, Calouan montre des femmes sous leurs multiples facettes et, avec A l’ombre de la fête, Marie France Versailles s’introduit dans l’intimité de familles et de couples pour dire que, décidément, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Tout cela est fort schématique car il est difficile de résumer un recueil de nouvelles. On peut seulement dire que celles-ci traduisent toutes un certain mal-être dans notre monde actuel, une difficulté à s’accorder avec la société proposée. En d’autres mots, ces livres méritent d’être lus. Normal: c’est sur cette exigence que Quadrature a bâti sa réputation et assure sa crédibilité.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…