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En joyeuse compagnie avec Calet


caletEn marge de la littérature française « visible », celle des Malraux, Montherlant, Gide, Mauriac, Céline, Camus, Sartre et autres Drieu, il en existe une autre, entre Proust et le Nouveau Roman, non pas forcément inférieure mais parallèle. Une littérature dont les principaux représentants, les Bove, Guilloux, Gadenne, Guérin, Herbart, Bernard, Dabit, Thomas ou Forton, ont pu connaître une certaine notoriété de leur vivant avant de sombrer dans un semi-oubli au lendemain de leur disparition. Quitte a être « récupéré » par la suite, sans jamais pour autant parvenir à atteindre un très large public.

Tel Henri Calet (1904-1956), auteur de quelques romans largement autobiographiques (La Belle Lurette, Le Tout sur le tout, Le Bouquet, Monsieur Paul, Fièvre des Polders), de très nombreuses chroniques réunies dans plusieurs recueils (Contre l’oubli, Poussières de la route, Jeunesse, De ma lucarne) ou d’une poignée de balades à Paris ou à l’étranger (Les grandes largeurs, Rêver à la Suisse, L’Italie à la paresseuse). Mais qui est-il réellement ce bonhomme discret, tant par son physique passe-partout que par son style modeste, toujours en retrait, l’air de ne rien dire tout en le disant?

« Pour qui me prend-on, à la fin? », feint-il de s’interroger dans l’Avertissement de L’Italie à la presseuse qui vient de raparaître au Dilettante un demi-siècle après sa publication chez Gallimard. Ce « piéton de Paris » (comme se définissait son contemporain Fargue), retranché dans son 14e arrondissement hors duquel il rechigne à se risquer – même s’il a nourri le projet d’écrire un livre sur toutes les rues, avenues et places parisiennes -, s’avoue « comme tout le monde ».

Fausse modestie! En fait, ce Calet-là est un petit cachotier. Né d’un père parisien et d’une mère belge flamande – il a d’ailleurs passé la Première Guerre mondiale à Bruxelles, fréquentant divers écoles et collèges -, de son vrai nom Raymond Barthelmess (patronyme du premier mari de sa mère), il a connu, dans les années 1930, une vie aventureuse mais également, ce qui ne peut que surprendre ceux qui l’ont lu, délinquante. En 1930, il a en effet piqué une somme rondelette dans la caisse de l’entreprise qui l’employait et, après un crochet par la Belgique, s’est enfui en Amérique latine, où, sous passeport nicaraguayen, il a changé d’identité. Il va bouger pas mal jusqu’à sa condamnation par défaut en 1934 à cinq ans d’emprisonnement. A la suite de quoi il s’installe… à Paris. Où il commence à écrire et, grâce à Paulhan, à publier chez Gallimard. Il est « réhabilité » en 1946 par la Cour d’Appel, non sans avoir connu plusieurs histoires d’amour, s’être marié – il aura même un enfant d’une femme qu’il aura quitté pour une autre et qu’il ne reconnaîtra pas – et s’être évadé en 1940. La connaissance de cette vie apporte un éclairage étonnant sur une oeuvre autobiographique habitée de solitude et d’humilité.

Et marquée par un humour permanent et percutant, né de l’observation des êtres et des choses et de sa transposition dans un style extrêmement dépouillé, d’une apaprente évidence mais, comme on sait, fruit d’un vrai travail. Et dont L’Italie à la presseuse en est l’éclatante et la savoureuse expression. Invité comme journaliste à un congrès portant sur le gaz combustible, domaine qui lui est pourant complètement étranger, Calet nous offre l’anti-guide de voyage par excellence. Il n’a rien vu ou presque, de Venise, Padoue ou Rome, mais à passé son temps jouer aux courses de chiens, a traîner dans des quartiers mal famés ou à fréqeunter nombre de bars en buvant des Sartisoda, une boison amère couplée à un concours permettant d’emporter une Fiat 1500 ou une Vespa.

Henri Calet, L’Italie à la paresseuse, Le Dilettante, 187 pages, 17 € environ.

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      http://www.nea.fr/press/2010/2010-03-FR.html