Facebook

En passant par Avignon (2) : la malicieuse mécanique Perec


Le Festival Off, ce sont, exactement, 1143 spectacles présentés dans plus de cent salles différentes, une majorité intra-muros mais certaines également situées dans des villes proches d’Avignon (Cavaillon par exemple). Pendant trois semaines, la ville devient une immense aire promotionnelle aux murs, grilles, poteaux recouverts de dizaines d’affiches de ces spectacles, ainsi qu’un immense théâtre à ciel ouvert où se produisent des artistes de rue devant des foules admiratives. Et vous ne pouvez avancer sans que des mains aimables, souvent jeunes, glissent dans les vôtres un flyer (soit un tract petit format sur papier glacé) présentant l’une de ces créations. Avec parfois, à la clé, un petit commentaire humoristique ou informatif. Pour être présents, ces petites compagnies se sont le plus souvent endettées avec l’espoir de contrats futurs pour rentrer dans leur frais. On a envie de tout voir alors que, paraît-il, la qualité est très inégale. Je me suis aventuré au Théâtre La Luna où était présenté L’Augmentation de Georges Perec, une production du Théâtre de la Boderie établi en Basse-Normandie.
La trame tient en une ligne: un employé d’une grosse société s’en va demander une augmentation à son chef de bureau. Seulement, ce n’est pas si simple, l’auteur de La Disparition, grand amateur des contraintes littéraires (il a écrit le plus long palindrome en langue française), joue à la fois sur la répétition (un peu à la manière des Exercices de style de Queneau) et sur l’alternative (hypothèse positive ou négative). Ou bien le chef est là, où bien il n’est pas là. S’il n’est pas là, ou bien vous attendez son retour dans le couloir, ou bien vous aller discuter avec sa secrétaire, Mlle Yolande. Ou bien celle-ci est dans son bureau, ou bien il n’y est pas. Si elle est dans son bureau, ou bien elle est de bonne humeur, ou bien non. Si, en revanche, le chef de bureau est dans son bureau, ou bien il vous dit d’entrer ou bien il ne dit rien. S’il vous dit d’entrer, ou bien il vous offre une chaise, ou bien il ne le fait pas. Et ainsi de suite. On va à chaque fois un peu plus loin en recommençant toujours du début, avec des variations dans les termes.
Tant la mise en scène (de Marie Martin-Guyonnet) que le jeu ont parfaitement compris et intégré la riche et subtile mécanique de Perec. Dans un décor abstrait et coloré occupé par trois chaises, un bureau et une photocopieuse pris dans un mouvement perpétuel, deux hommes et une femme incarnent de manière stylisée les différents personnages qui jamais ne communiquent entre eux mis qui, tour à tour, prennent un charge le texte écrit à la deuxième personne du pluriel. L’équipe parvient ainsi à traduire avec finesse et subtilité l’esprit farceur et malicieux, mais également grinçant et corrosif (et terriblement d’actualité, hélas), de l’un des écrivains français majeurs du XXe siècle. Si cette pièce passe dans votre région, n’hésitez donc pas à aller la voir.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…