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Espace littéraire belge


espace nordSi, après une excellente année 2008, Le Grand Miroir rachété par Luc Pire semble avoir marqué le pas cette année  en nombre de parutions, il en va tout autrement pour Espace Nord également tombé dans le giron de l’éditeur bruxellois. Relancée en grande pompe l’an dernier, cette collection de poche patrimoniale inaugurée chez Labor en 1983 avec Simenon (Le Bourgemestre de Furnes), et qui compte actuellement 292 titres, se veut un reflet de la littérature belge d’hier et d’aujourd’hui. Grâce à elle, nous pouvons nous faire une idée de la richesse et de la diversité de celle-ci, des premières années de notre pays à l’aube du XXIe siècle.Chaque ouvrage est en outre agrémenté d’une préface et d’une « lecture » (et parfois même de photos).

Qui se souvient par exemple du Hennuyer Octave Pirmez (1832-1883), le contemporain de Victor Hugo avec lequel il entretint une correspondance ? Voici réédité, tout juste cent quarante ans après sa première publication, Jours de solitude, journal de voyage (Naples, Florence, Gênes, Hanovre, Aix-la-Chapelle), donc journal intime, magnifiquement écrit car pensé, réfléchi, et dans les appréciations portées sur ces villes, et dans la manière de traduire  l’étonnement et, parfois, l’émerveillement qui en découlent.

A l’autre extrêmité temporelle, on peut découvrir, huit ans après sa parution chez Stock, Portement de ma mère, le texte le plus intime du très exigeant François Emmanuel. Mais pas le plus « facile », le plus évident. Car il faut véritablement entrer dans l’univers littéraire de cet ancien Prix Rossel (La Passion Savinsen), se laisser happer par son stye envoûttant et se glisser entre ses phrases pour pouvoir ainsi en déouvrir l’absolue et subjugante profondeur. Ici, sont donner à lire trente-deux tableaux évoquant le souvenir de celle qui, aujourd’hui, descend « dans l’abîme des morts ».

Chaque livre d’Espace Nord est à lire ou relire. Ils rappellent que nos lettres ne doivent rien aux autres par leur qualité, et notamment aux françaises si proches. Ouvrir les livres de Marie Gevers, par exemple, l’un des fleurons de la collection, dont le si émouvant Vie et mort d’un étang est à nouveau disponible,  c’est réinvestir un espace littéraire d’une pureté et d’une limidité qui a survécu aux modes et aux années. Il faut également citer Le voyage d’hiver de Charles Bertin, disparu en 2002, six ans après avoir été révélé à un large public grâce à La petite Dame en son jardin de Bruges. Ou Les marais, paru en 1942, premier roman de Dominique Rolin arborant vaillamment ses 96 printemps. Ou encore Supra-coronada, suite de textes du poète Jacques Crikillon, et Mon voisin, c’est quelqu’un, subtile mise à nu des mécanismes engendrant le fascisme décrite en 2002 par Vincent Engel sous le nom de son double littéraire Baptiste Morgan.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…