Extraordinaire Jam à Gand!!!!
Vendredi 9 juillet 2010, Gand le festival, sa chaleur caniculaire, son énorme chapiteau de trois mille personnes. Une affiche de toute grande qualité: Chick Coréa au piano, Kenny Garrett au sax, Chris Mc Bride à la contrebasse et un monument de la batterie à savoir Roy Haynes ( 85 ans au compteur). Un concert qui a répondu, à nos attentes grâce aux brillantes passes d’armes entre Kenny et Chris; un Chic Coréa parfait mais pour une fois assez discret, et enfin « papy Haynes ‘ qui régule, bat la mesure de ses balais et distille de temps en temps un solo, entraînant un regret chez tous les spectateurs: celui ne pas l’avoir entendu ou vu lorsqu’il avait 40 ans. Donc on disait un belle prestation comme il est convenu d’en attendre d’une telle équipe de pros.
Et puis vint le final et les applaudissements du public. Et là est-ce par un coup de baguette magique, coup de tonnerre , chaleur ou envie de vivre, mais soudainement Roy Haynes est apparu comme le papy du Muppet’s show, comme un diable sortant de sa boite, virevoltant d’humour, de dynamisme, battant le tempo et incitant les autres musiciens à le suivre dans des reprises de James Brown. Spectacle dès lors fantastique de Jam des Jam: Chris Mc Bride se prend pour Mr Dynamite, chante, rappe, danse, nous fait le coup de la sortie de scène avec la cape sur les épaules comme le maître; Kenny Garrett se prend pour Maceo Parker et lance son saxo dans des folies de soûl ++; Chic Coréa danse, joue de la batterie, se met au piano avec les musiciens du groupe précédent. C’était la folie durant une heure. Les spectateurs gantois étaient debout sur les chaises comme à Appolo de New York dans les années septante. Ce fut grand, gai, festif, sans limites, toujours sous la tutelle du ‘vieux Haynes » qui semblait faire un pied de nez à la vie et nous dire qu’il ignorait combien de temps il lui restait mais qu’il comptait bien en profiter et nous en faire profiter.

Du jazz et des fins de soirées comme on en demande encore souvent, bien loin des groupes figés, cérébraux et n’ayons pas peur de le dire prétentieux comme peuvent être certains artistes de jazz ( et autres) qui oublient que le spectacle se fait aussi pour et par le public.
En tous cas, hier Chick et son groupe l’avaient compris. Merci au festival de Gand, à la magie de l’endroit, à ces artistes qui n’ont pas oublié de se prendre pour des enfants, et à James Brown d’avoir un jour chanté ce merveilleux morceau de “Sex Machine”.

Merci pour cet article qui m’a fait vivre en pensée, ne fût-ce qu’un tout petit peu, ce que j’ai raté cette année en n’assistant pas au festival de Gand comme j’en ai l’habitude. Moi qui regrette l’époque des jams (ah je me souviens encore de l’arrivée inattendue de Jacques Pelzer au beau milieu d’un concert de Chet Baker au Melusina à Luxembourg…), combien de fois n’ai-je pas déploré le fait que tout, dans les festivals, était si policé, cloisonné, prévisible – à l’image de l’époque -, et voilà que je lis ce qui s’est passé ce soir-là… C’est certainement ce vieux Haynes (qui va bien plus loin dans son art que beaucoup de batteurs d’aujourd’hui…) qui est à l’origine de ce moment de vraie rencontre…
Mais je me demande si je dois dire merci à quelqu’un qui vient d’attiser mon regret de ne pas avoir été là, moi qui suis presque toujours là, dans les festivals…
(allez, si, si, je suis content de savoir que cela a eu lieu!)
Lucien Putz