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Faisons-nous du sur place ? (2)


Je parlais dans ma précédente chronique Faisons-nous du sur place ? (1) de Home, le 1.500 tonnes de CO² de monsieur Arthus-Bertrand.

Pour les passages que j’en ai vu, le photographe a réussi à rendre belles des choses affreuses. Il a touché le monde, lisait-on dans la presse. Une nouvelle prise de conscience écologique. Un film porte-drapeau. Nos concitoyens sont-ils à ce point obtus qu’il faille filmer une cuvette pour qu’ils se rendent compte qu’ils vont à selle. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles pour se rendre compte de la m…. que nous laissons, ne serait-ce que sur les accotements de nos routes. Peut-être faut-il cela à une population qui pense que la protection de l’environnement s’arrête au tri des déchets (qu’il eût fallu ne pas produire).

Il a touché le monde, lisait-on dans la presse. Mais celui qui touche du monde, c’est aussi et surtout son sponsor, Pinault Printemps Redoute, qui se refait une virginité verte à bon compte sans rien réellement changer. Il y a une quinzaine de jours, le « Canard Enchainé » reprenait dans un article quelques exemples tirés de l’empire Pinault : les gadgets énergivores d’une FNAC de moins en moins proches de ses salariés, les fauteuils chinois et néanmoins pollués de Conforama, le service 24 heures Chrono (polluant) montre en main de la Redoute. Dans le film, il eût été intéressant d’insister auprès du public que ses habitudes de consommation sont une des causes de la situation actuelle. Qu’il faut être prévoyant pour ne pas devoir commander son string ou son bermuda en express. Qu’un nouveau GSM tous les six mois ne rend pas moins solitaire et qu’un canapé pollué au dyméthylfumarate laisse des traces au fessier. Mais avec un sponsor pareil, c’était mission impossible, même vue du ciel. Ce n’est pas parce que l’on peint en vert le béton du parking  qu’il en devient une prairie fleurie et ce n’est pas parce que des pelouses entourent les hangars que l’on a fait un geste pour la biodiversité. Inutile de se cacher derrière des formules de compensation de CO², qui ne sont, dans bien des cas, que des cache-misères.

Pierre Titeux, d’Inter-Environnement Wallonie, reprenait dans une récente chronique[1] les propos tenus lors du débat précédent la projection du film : « le journaliste interpelle Arthus-Bertrand sur la morale implicite de son film. En gros, cela donne : « On ne peut pas conclure sans évoquer le message que vous portez suite aux constats alarmants que vous dressez de l’état de la Planète, à savoir la nécessité de la décroissance… » S’en suit une réponse argumentée sur base des éléments classiques : l’impact de notre production sur la Planète conjugué aux besoins croissants et légitimes des pays en développement impose que les sociétés les plus riches revoient leur standard de vie ; on peut vivre bien et même mieux en consommant moins ; etc. etc. Pour François-Henri Pinault, milliardaire français héritier du groupe Printemps-Pinault-Redoute (19760 millions de chiffres d’affaires en 2007) et accessoirement producteur-mécène du film venu chaperonner sa danseuse sur le plateau, le propos dépasse les limites de l’économiquement correct. Il se saisit donc immédiatement de la bombe pour la désamorcer : «Aucune société humaine n’a jamais évolué en revenant en arrière. Il n’est pas question de consommer moins, mais de consommer autrement.»

Le retour en arrière, à l’éclairage à la chandelle, au char à bœufs et à l’odeur corporelle, tant de poncifs pour Pinault, simple commerçant, et ses commensaux. L’histoire montre que   « l’évolution » d’une société semble pourtant souvent la conduire à la déchéance, à la disparition. Certes,  d’autres sociétés se sont bâties sur les ruines de leurs devancières. Mais peut-on croire raisonnablement que sur les nôtres, d’autres humains pourront encore construire quelque chose ?

Peut-être, monsieur Pinault, que « revenir en arrière » quelque peu, avec les enseignements acquis, permettrait à tous un nouveau départ ? C’est ce que font les gens raisonnables quand ils se sont fourvoyés sur un chemin qui semble bien sans issue, si ce n’est vers un grand saut. Mais êtes-vous raisonnables, vous et vos compères ?  Vous semblez plutôt partisans du toujours plus d’à peu près la même chose.  Expliquer, par exemple, à vos clients que le 24 heures chrono est un concept rétrograde pour les gens sans imagination, que le client moderne se délecte de l’attente comme un philosophe chinois doit bien entendu être impossible.

Dix ans pour changer ! Au train où veulent aller Monsieur Pinault et la plupart d’entre nous, c’est sûr que nous raterons la correspondance.

Denis MARION.


[1] http://www.iewonline.be/spip.php?article3104

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    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…