Facebook

France : le refus de cette société-là


Il y a belle lurette que la France n’avait plus connu une telle mobilisation sociale. Mardi dernier, les syndicats ont non seulement réussi leur quatrième journée d’action contre la réforme des retraites, et cela dans l’unité – ce qui est rare –, mais le mouvement s’est à la fois élargi et radicalisé. La prochaine journée d’action aura lieu samedi et d’ici là des grèves sporadiques et reconductibles maintiendront sans doute la pression. Cette mobilisation est étonnante et sans doute pleine de significations au-delà même de ses objectifs annoncés. Car, après tout, les dirigeants syndicaux comme les manifestants de base savent que le gouvernement ne cédera pas sur sa réforme, sur la fin de la retraite à 60 ans  et  l’allongement du temps de travail. Nicolas Sarkozy a fait de cette réforme particulièrement injuste puisqu’elle touche les plus faibles et ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt, une question de principe dont il n’entend pas discuter avec les organisations syndicales. Le sénat a déjà adopté les principaux articles de la réforme et l’Assemblée nationale entérinera le tout d’ici la fin du mois, moyennant peut-être quelques modifications de détails. La partie pourrait sembler jouée et pourtant la mobilisation ne fléchit pas, la colère des travailleurs non plus. C’est sans doute qu’au-delà de cette conquête sociale emblématique qui avait véritablement marqué le retour au pouvoir de la gauche en 1981, autre chose est en jeu. C’est le refus de plus en plus affirmé de cette société marquée par la crise, les inégalités, les privilèges, la dictature de l’argent, cette société incarnée par Nicolas Sarkozy et son entourage. Les cortèges protestataires témoignent de ce rejet par les slogans mais aussi la diversité de ses participants : retraités, travailleurs du privé et du public, chômeurs de toutes générations. Et l’entrée en lice des lycéens, particulièrement inquiets pour leur avenir donne une dimension supplémentaire à ce refus du système dominant. « Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère. On n’en veut pas de cette société-là » criaient les milliers de jeunes lycéens qui ont rejoint les cortèges syndicaux. On verra samedi,  ce qu’il en sera de cette mobilisation là, comme des autres. C’est un signe qui souvent ne trompe pas. Reste une autre inconnue, dont tous les acteurs de la lutte sociale, sont  bien conscients : comment lui donner une traduction politique. Et, pour celle-là, personne ne possède de réponse.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…