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Giraudeau & Cailleaux, le goût du large et des embruns


Les longues traversées, Bernard Giraudeau et Christian Cailleaux, Dupuis/Aire Libre, 80 pages, 15,95 €

Acteur populaire, Bernard Giraudeau s’était découvert des talents d’écriture au début des années 2000, encouragé et soutenu par l’éditrice Anne-Marie Métailié. En 2008, il a adapté en BD avec le dessinateur Christian Cailleaux l’un de ses livres, Les Marins à l’ancre, sous le titre R97 : les hommes à terre (Casterman). Les deux hommes ont ensuite retravaillé ensemble sur un scénario original, Les longues traversées, que Giraudeau a eu le temps de terminer avant de mourir le 17 juillet 2010. L’album posthume qui vient de paraître rappelle le goût pour les voyages et le besoin d’ailleurs nourrissant l’enfant de La Rochelle qui, engagé à 16 ans comme marin mécanicien à bord du Jeanne d’Arc, fit deux fois le tour du monde.
« Ce qui a présidé à notre rencontre, se souvient Christian Cailleaux, ce sont les voyages, l’Afrique, et particulièrement Saint-Louis du Sénégal où je me suis attardé au point d’y louer pendant six mois une maison et d’y écrire l’un de mes albums. Au moment où j’ai terminé la trilogie Les Imposteurs, j’ai eu envie de travailler avec quelqu’un, mais pas avec un scénariste de bande dessinée. Comme j’avais en tête les images de son film Les Caprices d’un fleuve, j’ai pensé à lui, sans savoir qu’il écrivait. Je lui ai envoyé mes bouquins et nous nous sommes retrouvés au Festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Ce fut une vraie rencontre. Nous nous sommes accordés sur Les Marins à l’ancre, livre empreint de souvenirs.»
«Nous sommes devenus amis et nous avons rêvé à d’autres projets. Tout en sachant qu’ils ne se feraient pas car, même s’il était discret sur le sujet, sa maladie était déjà là. Pour ce deuxième album, il avait envie de parler des femmes aventureuses du XIXe siècle. Nous nous sommes inspirés de l’une de ses nouvelles qui se passe à Lisbonne, ville où nous avions fait escale lorsque nous voyagions sur le Jeanne d’Arc et où nous avions passé de bons moments.»
Les longues traversées
est un album magnifique qui alterne plusieurs époques et différents destins. Ancien marin en fuite de La Rochelle et de douleurs d’enfance mal cicatrisées, Théo rencontre à Lisbonne, ce «port de tous les rêves», Diego, Portugais d’Angola mécano sur un cargo, lui aussi en deuil d’une femme aimée jadis. Il écrit sur une jeune portugaise de la fin du XIXe siècle, Inès de Florès, devenue une hors-la-loi des mers pour venger la mort de son mari sous la torture au Brésil. Portés par un texte assumant parfaitement sa dimension littéraire, ces deux temps se mélangent sous le trait très élégant et subtilement dépouillé de Cailleaux. Un belle invitation et la rêverie et à la réflexion.

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…