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Goerges Flipo récidive


La commissaire n’a point l’esprit club, Georges Flipo, Paris, La Table Ronde, 286 pages, 18 €

L’aventure éditoriale de Georges Flipo prouve au moins une chose: il n’est jamais trop tard pour devenir un (bon) romancier. Cet ancien publicitaire s’est d’abord découvert un talent de nouvelliste, publiant coup sur coup au milieu des années 2000, après avoir remporté quelques concours de nouvelles, deux enthousiasmants recueils, La Diablada et L’Etage de Dieu. C’est avec un égal bonheur qu’il a ensuite écrit deux romans très spirituels, Le Vertige des Auteurs et Le film va faire un malheur, entrecoupés par d’autres textes courts réunis dans Qui comme Ulysse. Et l’an dernier, il s’est engagé sur une voie romanesque qui lui sied à merveille, le polar humoristique ou fantaisie policière, avec La Commissaire n’aime point les vers (surtout ceux de Baudelaire). C’est au cœur d’un tout autre décor, celui évidemment paradisiaque d’un club de vacances, que l’on retrouve aujourd’hui son héroïne dans La Commissaire n’a point l’Esprit Club.
Déjà, son personnage! Sur un terrain où pullulent les policiers, détectives privés et autres journalistes plus ou moins fringants, souvent las et fatigués, revenus de tout, et d’abord de la vie (et des femmes) – autant de personnages, il faut l’avouer, souvent interchangeables -, voici une petite grosse teigneuse qui rêve d’enfin se trouver un «mec» et qu’il est impossible de confondre avec nulle autre. La première fois, elle s’est abouchée avec un jeune policier tout à fait sympathique mais quelque peu maladroit qu’elle a fini par prendre en affection. Dès lors, lorsqu’il a été question d’aller enquêter incognito à l’Esprit Club, sur l’île de Rhodes, elle s’est vue reformer ce tandem gagnant. Raté! C’est un autre «bleu», à peine moins charmant et tout aussi gaffeur, qui va l’accompagner dans ce lieu qu’elle déteste d’emblée (et à priori) – contrairement à son jeune accompagnateur.
Se faisant passer pour une scénariste auprès des Cocos et des Kikis (les GO), des Etoilas (les stagiaires et autochtones) et des Chéris et Chéries (les GM), elle doit tenter de comprendre par qui et pourquoi le chef du village, le bien nommé King, s’est fait trucider – comment? elle le sait: suspendu à un haut mât, il a été bastonné par quelques vacanciers égrillards et avinés qui s’imaginaient se déchaîner sur un pantin. L’enquête part comme il se doit dans tous les sens, quand elle veut bien démarrer, la commissaire ronchonne détestant à la fois l’endroit où elle se trouve, le type de distractions proposées – même si elle consent à quelques étirements dans la piscine – et même la population qui s’y grouille, ce qui ne simplifie pas la prise de contacts. Au contraire de son adjoint, fan de karaoké, de jeux divers et d’autres sorties en boîtes, devenu ainsi la coqueluche du camp.
C’est très très drôle. L’auteur possède un humour pince sans rire, anglais pourrait-on dire, qui fait merveille. Il n’a pas son pareil pour camper les situations parfois incongrues et croquer ses personnages, surtout son héroïne qu’il regarde se dépêtrer dans son quotidien avec une infinie tendresse. Et derrière tout cela, il y a une vraie intrigue et son lot de suspects et de fausses pistes, et, à l’arrivée un coupable et un mobile. D’Agatha Christie, dont il a dû être un lecteur assidu, Georges Flipo a gardé le sens du mystère, l’habile construction, tout en apportant son regard malicieux et réjoui. Longue vie à la commissaire!

Réagissez

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…

    • Il faut

      Après avoir soufflé un grand coup en direction de Paris dimanche soir, il faudra à nouveau retenir sa respiration, cette fois pour une durée indéterminée, auvu du résultat des législatives en Grèce. Les deux partis (Pasok et Nouvelle Démocratie) qui ont approuvé les ukases de la Troika ont perdu, au bénéfice de partis (de la Gauche radicale aux néo-nazis) condamnant les mesures d’austérité sur les salaires et les retraites. L’UE, comme prévu, menace de ne plus verser l’aide promise : et pourtant, dans un sens comme dans l’autre, ce n’est pas un retour à la case zéro…