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Indémodable Gil Jourdan


Le Hutois jourdanMaurice Tillieux (1921-1978) est le « quatrième homme » de l’âge d’or de la BD franco-belge (selon le terme usité, en fait plus belge que française) qui correspond peu ou prou aux trente glorieuses, soit du lendemain de la guerre au milieu des années 1970.  Moins connu du grand public que Goscinny (Astérix, Lucky Luke, etc.), Greg (Achille Talon, Comanche, Bernard Prince and co) ou Jean-Michel Charlier (Blueberry, Barbe-Bleue…) – ces deux derniers étant Belges, l’un né à Ixelles, l’autre à Liège -, trois scénaristes sans lesquels la bande dessinée ne serait pas ce qu’elle a été et est devenue, il a néanmoins laissé une empreinte indélébile sur son art.

S’il a travaillé avec différents dessinateurs – Will pour Tif et Tondu, Piroton pour Jess Long, Francis pour Marc Lebut, Roba pour La Ribambelle, signant même quelques scénarios de Natacha ou Yoko Tsuno -, il a surtout mené seul pluieurs séries, principalement policières et pleine d’humour, comme Félix et Gil Jourdan, et même une franchement humoristique, César et Ernestine. Pourtant, son chef d’oeuvre incontesté, Gil Jourdan, aurait pu ne jamais voir le jour.

En 1949, Tillieux crée Felix dans le magazine Héroïc-Album. Ce journaliste à lunettes forme un trio avec Allume-Gaz, représentant de ces ustenciles, et Cabarez, inspecteur de la police chilienne. Or en 1956, Héroïc-Album disparaît et le dessinateur passe chez Spirou où, ne pouvant reprendre son héros, il en crée un nouveau qui en est largement inspiré, Gil Jourdan. On retrouve également un trio où le personnage, devenu détective, est entourré de de  Libellule, un ancien truand roi du gag à deux balles, et de Crouton, un inspecteur français passablement acariâtre, auxquels s’ajoute Queue-de-Cerise, la très finaude secrétaire de Gil.

De 1985 à 1989, Dupuis a réuni dans six intégrales l’ensemble des enquêtes du détective (les seize albums parus plus des courtes histoires et des contes), enrichies d’aventures mettant en scène d’autres créations de Tillieux, Bob Slide et Marc Jaguar – ensemble complété par deux volumes consacrés à César et Ernestine. Aujourd’hui, le même éditeur relance, dans de nouveaux albums, cette Intégrale prévue en quatre volumes. Le premier, qui vient de paraître, reprend les quatre premiers épisodes:  Libéllule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La Voiture immergée et Les Cargos du crépuscule. Pour la petite histoire, comme le rappelle Jean-Louis Bocquet dans son introduction, « cocaïne » est devenu « popaïne » à cause de la censuire française – alors que l’éditeur est belge et que cet épisode, comme le précédent, ont été interdits en France jusqu’en 1971 pour « irrespect envers la police »!

Ceux qui connaissent la série, par exemple parce qu’ils l’ont dévorée enfant ou adolescent, la retrouveront avec un bonheur joliment nostalgique – car la BD est d’abord une affaire d’enfance, mais c’est un autre débat. Les autres découvriront l’une des merveilles du 9e art, par l’intelligence des scénarios, la cocasserie des personnages et la finesse des dialogues.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…