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Je songeais à Julos


Je ne songeais à pas grand-chose, sinon à moi, dans les bois épais de l’adolescence où les monstres sont derrière tous les arbres et, pire encore, au plus profond de nous. C’était l’heure des dernières braises, déjà froides, de mai 1968. Le livre de la paix de Bernard Benson n’était pas encore une pièce rare qui faisait sourire, on glosait sur don Elder Camara et Carlos Castaneda m’offrait, à travers ses essais, des plaisirs hallucinogènes d’autant plus intenses qu’aucune autre substance n’en était responsable, sinon l’imagination.
Je ne songeais pas à Rose non plus, car je n’en connaissais pas. Celle d’alors s’appelait…, soit, n’y pensons plus. Mais j’écoutais Julos. Julos et quelques autres folkeux, flamands essentiellement, De Snaar et Rum, à l’heure où Leterme, peut-être, écoutait Aznavour en cachette. Julos qui, alors, connaissait son heure de gloire, jusqu’à Paris, madame, Paris qui découvrait, avec le ravissement si particulier des Parisiens, la belgitude enchantée. Si particulier, le ravissement, et si éphémère. Bien sûr, je n’écoutais pas toutes les chansons de Julos, mais certaines étaient mes références, et une surtout : « La Siera ». « Lettre à Kissinger » aussi. C’est par lui que j’ai appris l’existence de Jara. Une initiation politique et poétique.
Et dans ma bibliothèque, deux livres de Julos : Mon terroir c’est la galaxie, et Écrit pour vous. Des livres touchants, étonnants, pleins de textes et d’images, délirant, dérivant, déclinant le monde, l’homme, la femme. Les peurs, les joies, les questions. Et des réponses qui ne répondent pas aux questions. Sur papier recyclé, évidemment, même si Julos précise que « ce n’est pas parce qu’on écrit sur du papier recyclé que les textes sont bons ». Des livres qui ont bien vieilli, qu’il est doux de reprendre, de feuilleter.

Vivre c’est toujours improviser
toujours même au moment critique
et tenter d’être complice
même avec ce dernier spectateur
irrémédiable
la mort.

Un livre écrit par un hétérotextuel qui s’étonne d’être le seul homme à être né de sa mère, le jour de sa naissance, à cet endroit précis du monde. Des textes jetés au hasard des vents liseurs par un homme qui vit, qui souffre et se redresse.
Presque trente ans plus tard (Mon terroir date de 1981), Julos est toujours là, sur sa terre de Tourinnes-la-Grosse, où il a fondé le front de libération des arbres fruitiers. Ses livres n’étaient plus disponibles, car leurs heureux détenteurs refusent farouchement de s’en défaire, et son éditeur… allez savoir. Mais le mal est réparé : dans Espace Nord, la collection du patrimoine, Julos s’est fait un petit nid, au fond d’un terroir, dans la galaxie des auteurs de chez nous qui comptent. Pas les pieds de leurs poèmes sur le bout de leurs doigts, lesquels auteurs, disait Léo Ferré, ne sont pas des poètes, mais des dactylographes. Alors, songez à Julos. Ça vous fera du bien.

Une réaction sur “Je songeais à Julos”

  1. [...] déjà dit ailleurs toute l’affection que j’avais pour Julos Beaucarne. Et voilà que sort un magnifique [...]

Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.