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Jungle fever


Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), d’Apichatpong Weerasethakul.

Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Boonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il traverse la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie. De cette première vie, Oncle Boonmee ne se souvient de rien, s’il était animal ou végétal, homme ou femme ; mais il sait à présent qu’il est prêt à aborder la mort avec apaisement.

Oncle Boonmee est un film qui ne ressemble à aucun autre – si ce n’est aux films précédents du Thailandais fraîchement palmé. Le prix cannois offre une publicité inédite : c’est l’occasion idéale de découvrir le cinéma atypique d’un grand cinéaste, qui semble ici atteindre une certaine plénitude artistique. Il nous entraîne dans une balade filmique à des années lumières des sentiers déjà parcourus. Si l’on accueille ce film avec curiosité et goût de la découverte, le voyage est une expérience fascinante, enrichissante, apaisante.

Si du moins on s’est laissé embarquer, il nous reste après la projection beaucoup d’images en tête, plusieurs scènes de toute beauté. L’évasion du buffle, l’apparition des fantômes, la princesse et le poisson-chat, l’exploration de la grotte, l’hommage appuyé à La Jetée… Weerasethakul, avec une lenteur sereine et jamais ennuyeuse, démontre une maîtrise de « l’image-temps » qui force l’admiration. Oncle Boonmee est donc traversé par plusieurs moments sublimes, mais le tout est supérieur à la somme de ses parties. Les plus cinéphiles apprécieront également à quel point le film séduit par son rapport intime avec le cinéma. Une réserve, tout de même, sur les cinq dernières minutes, où le film perd quelque peu, à force de déconcerter, son pouvoir d’ensorcellement. La fin n’a pas, à mes yeux, le charisme de ce qui a précédé.

La séance ne demeure pas moins merveilleuse. Oncle Boonmee, objet filmique sans décodeur, en laissera certainement sur le carreau. Mais on ne peut que conseiller cette balade pleine de mystères et d’enchantements.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…