La BD en état de guerre (2): Amère patrie
Amère patrie, Blier et Lax, Dupuis/Aire Libre, 2 tomes, 56 et 60 p., 15,50 € chaque.
La Première Guerre mondiale, ses tranchées et ses poilus, et les tragédies humaines qui en découlent sont depuis quelques années l’objet d’un réel intérêt de la part de la bande dessinée. Amère patrie, le diptyque dessiné par Blier sur un scénario de Lax (l’un des tous grands auteurs BD actuels qui a effleuré le sujet dans le récent Pain d’alouette), fait partie de ce qui se fait de mieux.
Deux jeunes hommes vivant aux antipodes l’un de l’autre à l’aube du XXe siècle. Jean, fils de paysans d’un village de la Haute-Loire, roi du braconnage, et Ousmane, qui pêche avec son pélican là où le fleuve Sénégal se jette dans le Pacifique, sont tous les deux Français. Ou réputés tels. C’est à ce titre qu’ils s’engagent l’un et l’autre en 1914. Le premier pour fuir la misère, le second aussi. Ils se croiseront dans les tranchées, mais très brièvement, sans avoir le temps de se connaître. Et puis, ils suivront chacun leur propre destin.
Entretemps, nous aurons pu lire des pages magnifiques sur leurs enfances respectives, l’un et l’autre victimes d’une condition sociale, humaine, sociologique à laquelle ils ne pourront jamais réellement échapper. Même si un amour puisant va lier Jean et la fille de l’ingénieur de la compagnie minière étudiante à Paris. Entretemps, nous les auront suivi l’un et l’autre dans l’horreur des combats où les hommes sont réduit à de la chair à canon, une guerre absurde avec son lot de pauvres types fusillés «pour l’exemple».
Le dessin est splendide, terriblement sensible dans son classicisme, et le scénario d’une grande intelligence, cerne admirablement la France du premier quart du XXe siècle. Et même au-delà. Un double album qui fait honneur à la BD.
