Facebook

La Belgique à l’index


N’ayant pas d’autres chats à fouetter, la Commission européenne s’est avisée que notre système d’indexation des salaires devrait être réformé. Il paraît que les (maigres) augmentations de salaires résultant de la hausse de l’indice doivent davantage refléter les développements de la productivité du travail et de la compétitivité (je cite le communiqué glorieusement anonyme de la commission car quel fonctionnaire oserait signer ce charabia et puis faire face à sa petite famille en rentrant du bureau ?)

Traduit en langue belge, cela signifie : si votre entreprise ne fait pas de plantureux bénéfices et qu’en plus vous ne vous défoncez pas pour que votre patron s’offre de super bonus en fin d’année, oubliez que le prix du sucre, des pâtes et du pain a encore augmenté. Votre salaire est bloqué jusqu’à ce que les Chinois, dans un grand geste de bonté, décident de se retirer du marché et de ne plus envoyer leurs saloperies à prix bridés dans nos grandes surfaces.

Les Chinois ? Oui. C’est la faute aux Chinois si nous vous conseillons de couper les salaires de vos travailleurs, affirme la Commission. Tout ça, précise le technocrate letton ou finnois de service vient de ce que « la Belgique est spécialisée dans les produits à faible contenu technologique, soumis à une forte concurrence des pays à bas salaires. »

Faible contenu technologique, kèzaco ? Ca veut dire qu’on fait le zouave ? Et la Wallonie et son plan Marshall, dédié aux « pôles de compétitivité », à la recherche, aux nouvelles « technologies de l’environnement » ? Et la Flandre, ses start-up et sa Sillicone Valley, c’est aussi faire le zouave ? Et nos footballeurs que le monde nous envie ? Et le Standard qu’on s’arrache à coups de millions ? Et nos créateurs qui s’illustrent partout dans le monde ? Les auteurs de Loft qui réalisent un remake à Hollywood, Luc Taymans à la Biennale de Venise, Weyergans à l’Académie française, les frères Dardenne, Jaco Van Dormael, Marion Hansel, Cécile de France ou Benoit Poelvoorde, nos créateurs de mode, nos chorégraphes appelés du monde entier, tous ces artistes sont-ils aussi « soumis à la forte concurrence des bas salaires » ? Et c’est pour ça que les salaires de nos travailleurs doivent être bloqués ? Et l’index gelé ?

Vous savez où vous pouvez vous le mettre votre index ? Sur votre tempe et puis tourner dans un sens puis dans l’autre.

Pendant que la Grèce, l’Espagne, l’Irlande et le Portugal s’enfonçaient dans la mouise, que faisait l’Europe ? Quelles mesures a-t-elle prises pour prévenir ces crises, pour consolider l’euro, pour sauver l’économie de ses états membres ? Maintenant que la Belgique est donnée en exemple pour sa croissance, ces mêmes technocrates vont nous expliquer pourquoi nos travailleurs doivent se couper les vivres ?

Ce n’est pas à l’index qu’on pense, mais à un autre doigt, le majeur.

 

Réagissez

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…