La patte Stalner
Ce dessin splendide est signé Eric Stalner, l’un des meilleurs dessinateurs actuels mais toujours peu connu hors du monde de la BD, malgré d’excellentes séries réalisées seul ou avec d’autres (notamment son frère Jean-Marc ou le scénariste Pierre Boisserie). Citons Fabien M., La Croix de Cazenac, Blues 46, La Liste 66, Le Fer et le Feu, Le Boche, Le Roman de Malemort, Flor du Luna ou, en cours actuellement, l’ambitieux et déroutant Voyageur. Cette case, témoignant du souci du détail omniprésent chez ce dessinateur réaliste, est issu dese Sentinelles, le premier épisode d’une nouvelle série futuriste chez Glénat, La Zone.
Nous sommes en Grande-Bretagne en 2067. Un tsunami puis une épidémie ont ravagé l’île désormais aux mains de «contaminés» retournés à un état semi-sauvage. Seuls quelques communautés humaines se sont regroupées ci et là. Par exemple dans un bourg du nord de l’Ecosse dont les habitants, manipulés par un révérend vindicatif, ne savent plus ni lire ni écrire. C’est pourquoi ils rejettent Lawrence, jeune homme au contraire nourri de lectures et vivant à l’écart dans une demeure remplie de livres. Parti vers Edimbourg à la suite d’une jeune fille qui lui a volé une ancienne carte de l’île, il remonte vers son passé, et notamment vers ces années passées dans la capitale écossaise auprès d’ un professeur vivant en autarcie avec un millier d’hommes, femmes et enfants dans une vaste bibliothèque.
Cet album est une vraie réussite. L’histoire est de qualité – les sentinelles du titres sont des abeilles dont le héros ne sait s’il doit ou non se réjouir du retour – et le dessin impeccable. Les paysages, principalement, par leurs perspectives, leurs couleurs, leur précision, sont de toute beauté.
Dans une autre série qu’il mène actuellement, Ils étaient dix, chez le jeune éditeur 12bis (qui a aussi réédité toute l’œuvre de Bourgeon), c’est au contraire vers le passé que s’est tourné Eric Stalner. L’histoire commence en octobre 1812 dans Moscou mis à sac et vidé de ses habitants. Une poignée de rescapés, un médecin – le héros de l’aventure – et un blessé, son ami d’enfance, un infirmier, une jeune comtesse, un lieutenant et quelques voltigeurs tentent de rejoindre l’armée napoléonienne. Sur leur route, ils croisent un étrange équipage qui convoie un homme au corps recouvert de bandages. Piégés, ils sont dix à se battre contre le froid, les loups et les cosaques. Après un premier album palpitant, vient de paraître la suite au cours de laquelle les derniers survivants sont vendus par des cosaques à un chef de village pour remplacer ceux qui ont donné leur vie pour le tsar. C’est de la BD de très grande qualité, par la force émotionnelle, par la qualité des textes et dialogues et, bien sûr, par la beauté du dessin. Tant pour peindre la toundra russe que pour donner vie à ses personnages, Stalner possède un coup de crayon magistral.
