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La politique, les noms et les mots


Pour cette dernière chronique de la saison, je reviens, en guise de méditation estivale, à ce qui traverse cet exercice hebdomadaire d’une manière quasi obsessionnelle : à savoir la politique, les mots et les symboles. L’actualité, ici en France le suggère, mais cela vaut pour tous. Dans le brouillage des pistes qui caractérise cette période de crises, l’imposture des mots est essentielle. Voyez la question de  réélection de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne. Obligé de présenter un programme pour espérer sa réélection, Barroso affirme qu’il veut placer au cœur  d’un éventuel nouveau mandat « une économie sociale de marché » faite « de régulation financière accrue, d’environnement, de développement industriel et agricole ». Bref tout ce que lui-même et les gouvernements de l’Union européenne n’ont pas fait durant son premier mandat. Tout cela, nous dit-on, sous la pression  du président français et de la chancelière allemande dont la politique nationale n’a pas plus été inspirée par ses principes. C’est un trait dominant de cette crise générale, la droite joue à fronts renversés, s’empare des mots d’une gauche asphyxiée et prend une posture qui ne correspond en rien à sa véritable politique. C’est ce que la très vieille tradition idéologique italienne appelle le « transformisme » : confisquer les mots et le programme des adversaires pour les priver d’oxygène. Alors l’imposture des mots sert uniquement à exalter une posture politique sans  conséquence, si ce n’est le maintien ou le renforcement de son pouvoir. Comme en politique « dire, c’est aussi faire », les habiles manieurs de mots sont aussi de redoutables joueurs des symboles. Et dans ce registre, Nicolas Sarkozy, n’est pas la moins doué. Inscrire un Mitterrand à son tableau de chasse à l’ouverture n’est pas le moindre de ses exploits. Sur la plan de la politique qu’il mènera, y compris dans le domaine culturel, cela ne changera rien. Mais en termes d’image et de représentation médiatique, c’est fort. Tout cela ne grandit ni la politique, ni les hommes qui l’imposent ou qui l’acceptent avec plus ou moins de délectation narcissique mais cela contribue à la confusion généralisée qui sert évidemment son ordonnateur. Plus que jamais la mesure des mots comme le maniement des symboles exige de nous une vigilance démocratique si nous voulons avoir une chance de maîtriser un tant soit peu notre destin collectif.

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Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…