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Lagarde ne meurt pas et …. Ne nous rendra rien…


La future, mais encore présumée, directrice du FMI, Christine Lagarde sera rémunérée quelques cinq cents mille euros par an, soit un million six cents mille ex-francs belges par mois. Je ne sais pas ce que cela vous fait… Moi, personnellement, cela me dérange. Une dame, dont on dit qu’elle n’est pas un foudre de guerre (elle le serait que cela ne changerait rien à l’affaire) va toucher un plantureux salaire pour expliquer à quelques nations en difficulté, peut-être nous demain, qu’il faut se serrer la ceinture pour lui complaire. Le FMI, dont chacun sait que le contrôle « démocratique » échappe aux citoyens me semble représentatif d’une certaine arrogance, d’une certaine indécence. Le traitement de sa présidente en est un parfait symbole. L’arrière-petit-neveu de Jules Ferry est plus modeste. Il se contente de 4.500 euros pour ne pas donner ses cours dans une université. Cela lui permet de vaguement présider un comité quelconque et de faire des « ménages » en accompagnant tous frais payés (avec une dringuelle en plus) des croisiéristes pour leur distiller sa haute sagesse. Le temps libre qui lui reste est consacré à l’écriture d’ouvrages rémunérateurs à défaut d’intérêt. Pendant ce temps, leurs amis politiques fustigent les bénéficiaires du revenu de solidarité active[1]. Ces pauvres gens seraient d’effroyables profiteurs de la solidarité.

Ces exemples sont bien français, mais caractéristiques d’une classe sociale que l’on retrouve à travers le monde. Que leur importe que la situation des moins nantis puisse difficilement leur être imputée. L’exemple de la Grèce est magnifique en ce sens. Chacun veut imposer aux Grecs une cure d’amaigrissement des plus sévères. Pourtant, la crise grecque trouve pour partie son origine dans les relations qu’a eues la Grèce avec une grande banque américaine. Dans un premier temps, « Goldman Sachs  a aidé la Grèce, contre une rémunération de 300 millions de dollars, dans des opérations de « comptabilité créative » destinées à camoufler une partie de sa dette [2]». Dans un second temps, elle prend, en secret, des positions contre la Grèce et l’euro. Les conseilleurs ne sont généralement pas les payeurs, mais peuvent être par contre les prédateurs. Les choses auraient été certainement différentes si la spéculation ne s’en était pas mêlée. Pourtant, personne n’a demandé des comptes à la banque d’affaires américaine, mais tout le monde en demande aux citoyens grecs.

Faut-il s’étonner alors de lire dans un journal bien pensant  un article qui regrette que la Belgique soit moins considérée comme une terre d’accueil que l’Inde ou la Chine pour les investisseurs. L’Inde, la plus grande démocratie du monde où l’on ne se gène pas pour spolier de leurs terres de petits paysans (quitte à flinguer les récalcitrants) et la Chine dont les exploits démocratiques mériteraient les félicitations des défenseurs de la liberté sont donc pour nos journalistes économiques un exemple à suivre. Mais il y a longtemps que l’on sait que le capitalisme peut se concevoir dans l’oppression et la dictature. Tant que l’on consomme, même si c’est à coups de fouet.

Ces gens ont une vision du monde bien primitive. Sous des déguisements élégants et raffinés, ils ne sont finalement pas bien éloignés des « bêtes féroces ». Mais ces dernières exercent leur art avec parcimonie, parfois certes avec une certaine cruauté, mais jamais en essayant de l’emballer dans de la « philosophie ».

Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.

[1] Le revenu de solidarité active (RSA ou rSa1) est une allocation destinée en France à garantir à ses bénéficiaires, qu’ils soient ou non en capacité de travailler, un revenu minimum, avec en contrepartie une obligation de chercher un travail ou de définir et suivre un projet professionnel visant à améliorer sa situation financière.

[2]http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2010/02/goldman-sachs-contre-tout-contre-la-gr%C3%A8ce.html

 

Réagissez

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…

    • Il faut

      A toutes les malédictions qui frappent la Grèce oubliée des Dieux, il faut ajouter celle d’avoir vu émerger aux législatives du 6 mai un parti néo-nazi, qui a très vite donné sa pleine mesure. D’abord, les journalistes ont été contraints de se lever quand le chef de cette clique est arrivé à la conférence de presse – ceux qui ont refusé étaient exclus de la salle. Ensuite, on l’a interrogé sur la manière dont il aborderait la question de l’immigration si son parti entrait au Gouvernement. Réponse : « Je vous laisse imaginer… » C’est parfaitement clair, dans son obscurité même…