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L’air du soupçon


Le problème était le même pour les deux frères ennemis. On ne pouvait pas prouver qu’on n’avait pas fait quelque chose. Villepin ne pouvait pas prouver qu’il n’était intervenu d’aucune façon, ni active ni passive, dans le dossier Clearstream pour accrocher une casserole à Sarkozy. De même aujourd’hui, le Château ne pouvait pas prouver qu’il n’avait pas demandé au Parquet d’interjeter appel pour renvoyer Villepin devant ses juges et ainsi l’amener exsangue à la présidentielle suivante, au cas où il voudrait toujours se présenter… On avait d’abord comme d’habitude envoyé un second couteau, Lefebvre en l’espèce, pour jurer ses grands dieux de la non-intervention de l’Elysée. L’effet du faux-jeton fut si désastreux que tout le monde dut s’y coller, jusqu’à la Garde des Sceaux qui, à son tour, mit son crédit dans la balance.

Mais tel était la limite du pouvoir du Lider Minimo : il faisait si peur à ses amis – alors que ses ennemis ne le craignaient plus tant – que leur parole était toujours entachée. N’avait–on pas vu récemment ministres et barons défendre l’indéfendable, l’accession du jeune prince Jean à un illégitime fauteuil de la Défense ?

La France, après une période de déprime, puis d’exaspération, était entrée dans l’ère du soupçon. Les mensonges, elle était habituée, ils étaient consubstantiels à la bonne gouvernance. Celui qui s’avisait de dire la vérité en politique était exécuté comme disait la chanson ou au moins taxé de naïveté, méprisé puis éjecté. Mais le soupçon, c’était plus sérieux, car il était le meilleur carburant de l’abstention pour les élections à venir. A quoi bon voter pour ces gens qui se déchiraient et faisaient du pouvoir non pas le moyen de gérer le Beau Pays, mais celui de gérer leur carrière ? L’étape suivante était bien connue : elle poussait le bon peuple direct dans les bras des populistes.

Eh bien, c’était à ne pas croire ! Même cette race-là avait disparu du PPF (paysage politique français). Pas de Peron à l’horizon encore qu’on avait bien vu une Peronnette pointer le bout de son nez, pas de Poujade, pas même un bâtard genre général Boulanger. Où était passé Le Pen, où était passé le Tapie, bref, où était la relève ?

En tout cas, on ne pouvait guère plus compter sur le président pour enflammer les foules. Bien sûr il avait fait de l’audience pour son show télévisé, mais la raison en était simple : les Français avaient adoré voir Raminagrobis devenu par miracle stratégique un bon gros matou qui faisait la chattemite et patte de velours. Quoi ? Il avait sur un plateau un « échantillon » de Français (très) moyens et il n’en avait pas croqué un seul ? Quoi ? Il avait pour l’interroger un spécimen de journaliste très pressée qui avait lu ses questions sans reprendre souffle pour toute interview, et il ne s’était pas énervé ? Les souris commençaient à danser dans le royaume. A tort. Le tueur allait se réveiller. L’affaire Villepin n’en était que le premier signe.

Jusqu’à mardi prochain.

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Réagissez

    • Il faut

      Si Marine Le Pen ne réunit pas les 500 signatures nécessaires à sa candidature à la Présidentielle, tant mieux ! En 2002, Chirac avait donné des instructions pour que le père les obtienne et puisse concourir : on a vu les conséquences le 21 avril. Il faut récuser l’argument selon lequel « je suis contre vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les défendre » : car eux, ne demandent qu’à se débarrasser de nous…

    • Il faut

      Rien ne dit que le sémillant Wade, qui brigue un troisième mandat présidentiel alors que la Constitution du pays ne l’autorise à en accomplir que deux, ne postulera pas, le moment venu, pour un quatrième. Il ne faut pas décourager les vocations, fût-ce à 85 ans (déclarés) comme lui ; d’ailleurs, il y a trop de jeunes au Sénégal…

    • Est-il politiquement correct de se dire que

      des gens à la rue par ce froid n’est pas acceptable. Maggie ne joue pas les enchanteresses. Peter refuse que les bus de l’armée servent aux transports, concurrence avec de Lijn oblige. Et les bien-pensants estiment que « les bobos gauchos » … doivent prendre « en charge, chez eux et à leurs frais, quelques réfugiés économiques ». Triste pays, tristes sires. Personnellement, je préférerais que mes impôts leur servent à quelque chose, plutôt qu’à financer les intérêts notionnels et particuliers de certaines entreprises.