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Laurent Joffrin : Media-paranoïa ou narcissisme médiatique ?


Il fallait bien qu’il y en ait un qui s’y colle ! C’est donc Laurent Joffrin. Le directeur de Libération et ex directeur de la rédaction du Nouvel Observateur s’est donc chargé de répondre aux critiques de plus en plus nombreuses et virulentes sur l’évolution des pratiques médiatiques. Pour ce faire, Laurent Joffrin publie au Seuil, « Média-Paranoïa », un petit livre polémique et sans doute un peu vite écrit. Mais soit, la parole est à la défense qui a des arguments à faire valoir. Et il faut donner acte à l’auteur de ce que la critique médiatique est devenue une véritable industrie qui nourrit d’ailleurs les médias eux-mêmes selon un cycle bien connu du marché et qu’elle prend souvent les allures détestables des règlements de comptes ou du complot obsessionnel. Cependant les dérives et les dérapages médiatiques sont une réalité que plus personne ne conteste et qui mérite un débat qui aille au-delà de l’invective. Or, Laurent Joffrin fait un peu ce qu’il reproche à ce qu’il appelle la média-paranoïa : il simplifie les thèses de l’accusation parfois jusqu’à la caricature et adopte une défense plutôt corporatiste du journalisme. Certes l’homme qui occupe de telles fonctions dans la presse française ne peut nier les erreurs commises – et la nécessité de les critiquer et de les corriger- mais il les minimise. Elles sont rares, dit-il, et il suffit, en gros, de respecter les règles fondamentales du métier

(comme le croisement des sources ou la séparation des faits et des commentaires) pour les éviter. De même il balaie d’un revers de la plume les arguments de ceux qui critiquent la dégradation des conditions de travail des journalistes et les méfaits des règles du marché sur l’information. Le manque de temps » des journalistes ou la concurrence exacerbée ? « Une fable » rétorque Joffrin dont on se ne sait s’il faut mettre en cause le parti pris ou l’angélisme.

Et puis il y a une manière sommaire de régler la question en affirmant que les critiques des médias « sont en fait des ennemis des principes démocratiques ». Il fait penser là à ceux qui confondent audimat et suffrage universel. Le directeur de Libération reconnait bien en conclusion que l’indépendance de l’information est un combat et qu’il faut certes réformer les pratiques journalistiques. Mais la sous-estimation systématique de la crise médiatique réduit son propos. Le pourfendeur de la « média paranoïa » n’a pas échappé à la tentation du narcissisme médiatique.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…