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Le nom des choses


Ça y est, un responsable quelconque l’a annoncé : Zaventem va changer de nom. Attention, pas la commune de Zaventem dont le conseil communal nouvellement élu aurait trouvé plus attrayant d’opter pour Vliegtuigenberg ou Boeingbusland ; l’aéroport seulement. Seulement, mais sans lequel Zaventem ne serait qu’une paisible commune de la périphérie bruxelloise, heureuse de n’avoir à subir que les tracas des autoroutes et les bêlements bucoliques des embouteillages.
Or donc, “Bruxelles-Brussel National” est mort, vive “Brussels Airport” ! Tout va changer ! Tout ? Quoi, le quidam ne devra plus marcher quarante minutes à travers des couloirs d’hôpitaux pour aller attendre une heure devant une porte d’embarquement aussi séduisante que le volet du crématorium ? Des vahinés nous attendront avec des colliers de fleurs et l’on nous servira des verres de punch à l’atterrissage ? Nenni. Alors quoi, juste un coup d’annonce, un lifting à la noix ? Non plus. C’est plus subtil et plus grave sans doute.
“Brussels Airport”, en anglais, nous rappelle que cet aéroport n’est plus sous le contrôle de l’Etat national. Des financiers australiens en attendent un bon “return” et, dans la foulée, le “responsable” précité a annoncé l’intention des autorités portuaires d’augmenter les vols et les destinations, pour faire de Brussels Airport le grand aéroport international que mérite la capitale de l’Europe. Autre manière de dire que les décisions de la justice belge, qu’elles soient exprimées en français ou en néerlandais, ne concernent pas les propriétaires de l’aéroport. Pas plus que ne les concernent les associations de riverains et leurs insupportables jérémiades – les bureaux de la direction de Brussels Airport bénéficient de la meilleure insonorisation qui soit, celle qui ne laisse entrer aucune critique.
“Brussels Airport”, ça sent bon son extra-territorialité. Ce ne sont plus seulement les avions qui décollent en survolant Bruxelles et les zones surpeuplées ; c’est tout l’aéroport. Et dans la foulée, même notre Ministre pourrait changer de nom : Uitland.
Cela dit, ce nom va poser un problème : Charleroi s’appelle depuis longtemps “Brussels South” ; Ostende pourrait prendre le nom de “Brussels North”. Zaventem devrait préciser : “Brussels Central Airport”. Et pour Liège ? Il nous reste “Luxembourg” ou “Schumann” – ou “Chapelle”, l’aéroport où l’on irait prier pour qu’aucun accident ne survienne sur une zone habitée. Et grâce aux compagnies lowcost, on pourra bientôt prendre l’avion omnibus. En comptant une demie heure par escale, il faudra autant de temps pour remplir l’avion et les poches de leurs propriétaires que pour aller à Casablanca. Avec la Sabena, vous y seriez déjà (en faillite) ; avec Brussels Airport, vous y êtes encore.

Réagissez

    • Il faut

      En lisant ces quelques lignes de No Exit, traduction d’un article de Philip Gourevitch dans le New Yorker du 12 décembre 2011 (chez Allia) : « L’automne dernier, il a inauguré une exposition d’art moderne. Occasion pour lui de se montrer en homme du peuple, qui apporte l’art des élites au citoyen. Or, après avoir contemplé un carré orange d’Yves Klein, il a dit : Cà, c’est plusieurs millions ». Puis il a demandé : « Léger, c’est cher ? Klein, plus que Léger ? Moins que Matisse ? » Ses remarques ont provoqué les railleries consternées de la presse », il ne faut pas être grand clerc pour savoir de qui il s’agit, et de quelle « représidentialisation » ratée on parle…  

    • Il faut

      Il aurait fallu dire un mot de l’absurde prétention de DSK à demander réparation à son accusatrice (et à hauteur d’un million de dollars) pour « perte d’emploi » et « détresse émotionnelle ». Mais les choses vraiment sérieuses s’engagent désormais dans la zone euro. Tandis que les épargnants grecs retirent leur argent des banques, l’UE s’apprête à en exclure le pays (on appelle cela le « Greexit »), exactement comme si un quidam se voyait signifier sur l’écran d’un distributeur que son crédit est épuisé et que la machine va avaler sa carte. Preuve définitive que les mesures d’austérité pour les seuls bas revenus ne fonctionnent pas…

    • Il faut

      S’il faut revenir, dans cette série, à la politique belge, ce serait pour en repartir tout aussi vite, à la lumière (?) des récentes saillies de Philippe Moureaux, l’historien qui réintroduit le Docteur ès désinformation Goebbels dans le paysage, aux pugilats du même avec Didier Reynders, dérapant en direct sur la route menant de l’Afghanistan à la Wallonie. A ce compte, Molenbeek mérite mieux que d’être l’épicentre de ce monde plein de raccourcis…